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réunies par le vice-roi, et la difficulté d’en faire venir d’Europe suggérèrent l’idée de fonder une école de médecine en Égypte. Ce projet fut aussitôt exécuté ; on plaça l’école dans un village nommé Abou-Zabel, et Clot-Bey en fut l’organisateur et le directeur. Tout alla bien jusqu’à ce qu’on arrivât à parler d’anatomie. Cette science est en abomination aux Arabes, parce que le Coran défend de toucher aux corps morts. Clot-Bey dut s’engager personnellement à ne jamais permettre qu’on disséquât des cadavres humains dans l’école d’Abou-Zabel ; on ne devait employer pour les leçons que des figures de cire. Cependant le professeur commença son cours sur un squelette humain venu d’Europe. Comme c’était le squelette d’un chien de chrétien, on ne se scandalisa pas trop. Mais les élèves ne pouvant faire de progrès véritables sans le secours d’une grande variété de spécimens, Clot-Bey leur dit un jour : « Il y a dans le cimetière voisin une masse d’ossements abandonnés aux hyènes et aux chacals, serait-ce un sacrilège que de les recueillir et de vous en servir pour vos travaux ? » D’une commune voix, les élèves déclarèrent que non, et dès lors ils n’eurent plus de scrupule d’étudier l’ostéologie sur des restes humains.

Mais le plus difficile était encore à faire. Il s’agissait d’arriver à l’anatomie fraîche. Le hasard favorisa le professeur. Il mourait à l’hôpital beaucoup de nègres non circoncis. On se prévalut de cette circonstance pour oser les livrer au scalpel. Dans les premiers moments les élèves témoignèrent un dégoût invincible, mais peu à peu ils la surmontèrent et l’anatomie fraîche fut définitivement inaugurée à l’école d’Abou-Zabel.

Cependant les ulémas murmuraient, un orage allait éclater. Clot-Bey le prévint. Il se rendit auprès des chefs, entra en discussion avec eux et tâcha de leur faire comprendre qu’il était impossible d’étudier la médecine sans étudier l’anatomie et que, pour étudier l’anatomie, il fallait faire usage de cadavres. Il parvint à porter la convic-