Page:Delly - Dans les ruines, ed 1978 (orig 1903).djvu/176

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capable de cela ! murmura Even d’un ton d’effrayante menace.

— Capable ! oh ! cent fois, monsieur Even ! s’écria Mathurine avec un accent haineux. Je la connais, allez, je l’ai vue à l’œuvre… Si vous voulez sauver l’enfant, ne perdons pas un instant.

— Va chercher une autre lanterne, ordonna-t-il, nous allons suivre les traces. Mais es-tu certaine que Mme Orzal n’est pas ici ?

— Ma foi, non, monsieur, je n’ai pas pensé à y aller voir. Je suis si sûre que c’est elle…

— C’est égal, il faut nous en assurer. Monte à sa chambre, Mathurine, et, en revenant, apporte une seconde lanterne.

Mathurine s’éloigna hâtivement. Le peu de temps qu’elle demeura absente parut interminable à Even et à la pauvre Alix… Quand elle apparut, ils constatèrent avec stupeur sa mine déconfite… vite expliquée par la vue de Georgina qui la suivait.

Un cruel sourire relevait légèrement la lèvre fine de Mme Orzal, et sa voix sarcastique s’écria :

— Je crois vraiment, Even, que cette pauvre Mathurine est complètement folle ! Elle vient me déranger là-haut en demandant si je suis sortie et, lorsque je lui ouvre, au lieu de répondre à mes questions, elle prend un air effaré absolument incompréhensible et se sauve comme un malfaiteur. Y comprends-tu quelque chose ?

Elle semblait avoir totalement oublié la terrible scène de l’après-midi et parlait paisiblement, avec une pointe d’ironie… Even plongea ses yeux sévères dans les prunelles aux lueurs changeantes. Les paupières battirent, mais Georgina soutint audacieusement ce regard scrutateur.

— Qui a emmené Gaétan dans le parc ? demanda Even d’un ton bref.