Page:Delly - Dans les ruines, ed 1978 (orig 1903).djvu/77

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des prodiges de ruse et de perfidie à cette malheureuse créature… Ma pauvre petite fille, voilà une conversation bien décourageante, mais, au-dessus de ces fanges morales, par-delà toutes ces menaces, nous trouvons notre Dieu. Lui ne nous abandonnera jamais et avec Lui, Alix, vous ne craindrez rien.

Elle attira à elle la tête de la jeune fille et baisa le front qui s’offrait à ses lèvres.

— Oh ! ma cousine, si je pouvais demeurer près de vous ! murmura Alix.

— Combien je le voudrais, enfant !… Mais ce n’est pas la volonté de Dieu et vous avez là-bas votre tâche, tâche lourde et sublime, ma petite Alix. Ah ! si vous pouviez faire jaillir un peu de lumière dans ces ténèbres ! Si vous pouviez, Alix…

Elle s’interrompit et fixa longuement son regard sur le joli visage penché vers elle. Il semblait que, derrière ces yeux bleus, graves et doux, elle cherchât à scruter l’âme, à connaître les énergies et les élans de sacrifice dont était capable cette enfant au regard profond.

— Oui, vous avez peut-être une grande mission à remplir. Ces vieillards si près de la tombe et privés de la foi, hélas !… le malheureux Even en qui l’étincelle demeure toujours, je veux l’espérer… Ma petite Alix, Dieu donne de ces missions aux âmes de jeunes filles, à celles qui l’aiment sans réserve.

— Oh ! ma cousine, que puis-je ?… Je ne suis qu’une enfant ! s’écria Alix avec effroi.

Instantanément, elle revoyait le visage sarcastique et mauvais du comte Hervé, les yeux durs d’Even, le pauvre regard sans intelligence de Mme de Regbrenz. C’étaient ceux-là — ces êtres déchus à des points de vue différents — qu’elle, l’enfant inexpérimentée, devrait tenter de sauver !… À quoi songeait donc Alix de Regbrenz ?…

Celle-ci devinait toutes les pensées qui se formu-