Page:Delly - Dans les ruines, ed 1978 (orig 1903).djvu/78

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laient dans l’esprit de la jeune fille… Ses doigts cherchèrent à son côté le rosaire qui ne la quittait jamais et saisirent la croix d’ivoire. Doucement, avec une tendresse inexprimable, elle prit la main de sa cousine.

— De vous seule, enfant, rien n’est possible. Vous n’êtes, comme tout être humain, qu’un petit fétu de paille livré au souffle du vent. Mais Lui, mon enfant… Lui, votre Maître et le mien !… Ah ! voici votre aide, votre secours ! De Sa croix, Il vous montre ces âmes, Il vous crie de l’aider, de vous sacrifier s’il le faut pour les sauver…

» Oui, je prononce ce mot de sacrifice, car je ne me suis pas trompée en devinant en vous un cœur dévoué sans réserve à notre bien-aimé Sauveur, n’est-ce pas, Alix ?

— Oui, ma cousine, je n’ai qu’un désir : appartenir à jamais à mon Jésus, répondit simplement la jeune fille.

Une expression de bonheur surnaturel éclairait ses grandes prunelles bleues… Alix de Regbrenz eut un radieux sourire en pressant fortement la petite main frémissante.

— Béni soit Dieu, chère enfant !… Mais ce choix de notre Maître comporte d’austères obligations, car, de ces privilégiés de son Cœur, il fait souvent des victimes pour le salut des âmes, ma petite Alix…

— Je le sais, ma cousine, et je Lui appartiens, dit gravement Alix en baisant la petite croix que lui abandonnait Mlle de Regbrenz.

Un long moment, elles demeurèrent silencieuses. Dès la première heure, ces deux âmes également religieuses se comprenaient sans paroles… Mais Alix eut un petit sursaut en entendant sonner quatre heures et se leva avec vivacité.