Page:Delly - Dans les ruines, ed 1978 (orig 1903).djvu/98

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âme meurtrie. Ces heures passées à Ker-Neven étaient une vivifiante étape dans sa route pénible.

Éclairée dans les voies spirituelles, profondément mûrie par la souffrance et la solitude, Alix de Regbrenz était apte à diriger cette enfant au cœur pur, privée d’affection humaine, mais uniquement désireuse de l’amour divin. Tandis que miss Elson travaillait au jardin ou dans une salle voisine en surveillant les jeux des enfants, ces deux âmes si belles, éprises du même idéal, avançaient vers les hauts sommets de la perfection en s’entretenant des austères leçons de la croix… La croix !… Déjà elle meurtrissait les jeunes épaules d’Alix et, bien qu’elle eût à peine dix-sept ans, la jeune fille connaissait les lourdes, les terribles responsabilités d’âmes. Pour fortifier sa faiblesse, Dieu lui accordait ce guide tendre et clairvoyant, cette parente, naguère ignorée, devenue aujourd’hui sa confidente.

Et néanmoins, dans ces entretiens intimes, jamais un mot n’était venu mettre Alix sur la voie du mystère qui la préoccupait toujours, quoi qu’elle fît pour échapper à cette pensée. Quelle avait été la cause exacte de la fuite de sa mère, de cette douleur qui l’avait accompagnée jusqu’à la tombe ?… Mlle de Regbrenz parlait volontiers de l’enfance de sa cousine, de ses premières années de jeunesse, mais elle ne soulevait pas le voile jeté sur les scènes dont Bred’Languest avait été le théâtre à l’époque du mariage de Gaétane… Cependant Alix pressentait qu’elle connaissait toute la vérité et un mot vint, ce jour même, la confirmer dans cette persuasion.

Mlle de Regbrenz, ayant remarqué, dès l’abord, la physionomie recueillie, doucement pensive du petit garçon, lui dit en l’embrassant :

— Vous êtes bien heureux, aujourd’hui, cher Gaétan ?