Page:Dickens - Dombey et fils, 1881, tome 2.djvu/183

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Le major n’en sait certainement rien, et d’ailleurs, cela ne l’inquiète guère. Le major, qui a étouffé et dormi toute l’après-midi, va dîner tard à son club ; il s’assied, le nez sur sa carafe de madère, et entreprend un modeste jeune homme, à la figure rubiconde, assis à une table voisine, qui voudrait bien se lever pour s’en aller, mais en vain, il est cloué sur sa chaise. Le major lui désopile la rate par une foule d’anecdotes dont lui, Bagstock, monsieur, a été le héros au mariage de M. Dombey ; et il lui en raconte de belles sur le cousin Feenix, un ami diablement comme il faut du vieux Joe. Pendant ce temps-là, le cousin Feenix, qui devrait être à l’hôtel et dans son lit, se trouve à une table de jeu où l’ont conduit, bien malgré lui probablement, ses jambes obstinées.

La nuit, comme un géant, descend dans l’église qu’elle remplit depuis les dalles jusqu’au faîte, elle y règne pendant de longues et silencieuses heures. La pâle aurore revient encore une fois regarder à travers les vitraux ; puis, laissant la place au jour, elle voit la nuit se réfugier sous les voûtes, la suit, la chasse du séjour souterrain et se cache parmi les morts. Les timides souris se blottissent les unes contre les autres, quand elles entendent claquer les grandes portes. M. Sownds et Mme Miff reprennent leurs occupations journalières, dans lesquelles il n’y a pas plus de solution de continuité que dans un anneau de mariage. Les voilà encore qui entrent dans l’édifice.

Derechef, le chapeau à trois cornes et le chapeau de Mme Miff se laissent apercevoir au fond de la nef, à l’heure de la célébration des mariages ; derechef « aussi cet homme prend cette femme, et cette femme prend cet homme » avec la solennelle formule. « À partir de ce jour, ils seront unis pour vivre ensemble, pour le bien comme pour le mal, dans la richesse comme dans la pauvreté, qu’ils soient malades ou bien portants, ils devront s’aimer et se chérir jusqu’à ce que la mort vienne les séparer. »

Telles sont les paroles que M. Carker se répète à lui-même en faisant à cheval son entrée dans la ville, la bouche fendue jusqu’aux deux oreilles, et dirigeant sa monture avec délicatesse par les rues les plus propres.