Page:Dickens - La Petite Dorrit - Tome 1.djvu/334

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au juste), pour le repos d’Arthur, qu’il eût formé cette vigoureuse résolution à laquelle il avait si souvent songé.

Elle interrompit le silence qui durait depuis quelques minutes en demandant à Clennam s’il savait que son père avait songé à faire une nouvelle absence. Arthur répondit qu’il en avait entendu parler. Après un second intervalle de silence, elle l’interrompit de nouveau en ajoutant, avec un peu d’hésitation, que père avait abandonné l’idée de ce voyage.

Clennam pensa tout de suite : « Le mariage doit avoir lieu.

— Monsieur Clennam, continua Chérie avec une hésitation plus timide encore, et parlant si bas qu’il fut obligé de baisser la tête pour l’entendre, je voudrais bien vous donner ma confiance, si vous étiez assez bon pour ne pas la refuser. Voilà déjà longtemps que je le désire, parce que… je sentais que vous deveniez pour nous un ami si dévoué…

— Comment ne serais-je pas fier de l’obtenir tôt ou tard ! Accordez-la moi, sans crainte. Vous pouvez vous fier à moi.

— Je n’ai jamais pu craindre de me fier à vous, répondit-elle, le regardant en face avec des yeux qui respiraient la franchise. Je crois que je vous aurais parlé il y a longtemps ; mais je ne savais comment m’y prendre. Car, même en ce moment, je ne sais pas encore trop de quelle façon je dois débuter.

— M. Gowan doit être bien heureux, dit Arthur. Dieu bénisse sa femme et lui ! »

Elle pleura en essayant de le remercier. Il la rassura, prit la main qui reposait sur son bras avec les roses qui tremblaient toujours, et dégagea les roses qui y restaient encore, pour la porter à ses lèvres. Il lui sembla alors qu’il renonçait sérieusement pour la première fois à la lueur d’espérance qui vacillait encore dans le cœur de Personne ; et, à partir de ce moment, il se considéra comme mort à toute autre espérance de ce genre ; un homme de son âge devait rompre sans retour avec les rêves de la jeunesse.

Il mit les roses sur son cœur, et ils s’avancèrent pendant quelques minutes lentement et silencieusement à l’ombre de l’épais feuillage. Puis Clennam demanda d’un ton de joyeuse bonté si elle n’avait pas autre chose à dire à un ami, son aîné de beaucoup, l’ami de son père. N’avait-elle pas quelque commission à lui confier, quelque service à lui demander ? Ce serait pour lui une satisfaction éternelle de pouvoir contribuer le moins du monde à son bonheur.

Elle allait répondre, lorsqu’elle fut tellement touchée de je ne sais quelle tristesse ou de quelle secrète sympathie que pouvait-ce donc être ?… qu’elle fondit de nouveau en larmes en disant :

« Ô monsieur Clennam ! bon, généreux monsieur Clennam, dites-moi que vous ne m’en voulez pas.

— Moi, vous en vouloir ! vous en vouloir, ma chère enfant ! Non ! »

Après avoir joint les mains sans abandonner le bras d’Arthur et avec un regard confiant, elle prononça quelques paroles entrecoupées pour lui dire qu’elle le remerciait du fond du cœur (ce qui