Page:Dickens - La Petite Dorrit - Tome 1.djvu/385

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pour lui en demander l’explication) qu’elle ne put que remuer les lèvres en réponse, mais sans parvenir à articuler une syllabe.

« À propos ! s’écria Pancks, vous vous rappelez que j’ai promis de vous apprendre ce qu’il y avait derrière votre petite main… Et vous l’apprendrez, ma chérie… N’est-ce pas, mademoiselle Dorrit ? »

Il s’était interrompu tout à coup. Où diantre avait-il pris les innombrables petits fourchons dont les pointes noires surgirent soudain sur sa tête, comme ces myriades de baguettes que lance le bouquet d’un feu d’artifice ? c’est là un mystère à jamais impénétrable.

« Mais on finirait par s’apercevoir de mon absence, répéta-t-il, et je ne voudrais pas qu’on s’en aperçût. Monsieur Clennam, vous et moi, nous avons conclu un marché. Je vous ai dit que je ne manquerais pas à mes engagements. Vous verrez que je sais tenir une promesse, si vous voulez bien sortir un instant avec moi. Mademoiselle Dorrit, je vous souhaite le bonsoir ; mademoiselle Dorrit, Je vous souhaite bien du bonheur. »

Après avoir donné à la jeune fille une double et rapide poignée de main, il descendit l’escalier en ronflant plus fort que jamais. Arthur mit tant de hâte à le suivre qu’il faillit le renverser sur le dernier palier et le faire dégringoler dans la cour.

« Qu’est-ce qu’il y a, au nom du ciel ! demanda Clennam lorsqu’ils se furent tous les deux élancés dehors.

— Attendez un instant… Mon ami M. Rugg… Permettez-moi de vous le présenter. »

Ce fut ainsi qu’il présenta à Clennam un autre personnage sans chapeau, également armé d’un cigare, également entouré d’une atmosphère d’ale et de tabac, lequel, bien que son agitation fût loin d’approcher de celle de Pancks, eût paru digne de Bedlam sans le voisinage du petit fou furieux de remorqueur qui, par contraste, en faisait un homme grave et sensé.

« Monsieur Clennam, M. Rugg, dit Pancks. Attendez un instant. Venez à la pompe. »

Ils se dirigèrent vers la pompe. M. Pancks mettant immédiatement la tête sous le goulot, pria M. Rugg de pomper vigoureusement. M. Rugg ayant obéi sans hésiter, M. Pancks se releva reniflant et pouffant (non sans raison cette fois) et s’essuya avec son mouchoir.

« Ça m’a fait du bien, ça m’a éclairé les idées, s’écria-t-il tout haletant en s’adressant à Clennam qui le contemplait d’un air étonné. Mais, ma parole d’honneur, quand on sait ce que nous savons et qu’on entend le père de Mlle Dorrit faire les discours que nous venons d’écouter ; quand on sait ce que nous savons et qu’on voit Mlle Dorrit logée dans une pareille chambre et vêtue d’une pareille robe, il y a de quoi…. Donnez-moi votre dos, monsieur Rugg… Un peu plus haut, s’il vous plaît… Là, nous y sommes ! »

À cette heure, dans la cour de cette prison, à l’ombre de la nuit