Page:Dickens - La Petite Dorrit - Tome 2.djvu/49

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Quoi qu’il en soit, il leur faisait une cour très-assidue et il y trouvait évidemment un très-grand plaisir. Au bout de quelques jours, la petite Dorrit assista par hasard à une de ces promenades artistiques du vieillard. Il était si facile de voir combien sa présence ajoutait au plaisir que le vieillard trouvait dans cette inspection que sa nièce l’accompagna fort souvent dons la suite. Le plus grand bonheur dont le vieux musicien se fût montré susceptible depuis sa ruine provenait de ces excursions, où il portait de tableau en tableau un pliant destiné à sa nièce, se tenant, malgré ses remontrances, derrière elle pour lui présenter silencieusement les membres de l’ancienne noblesse vénitienne dont il lui faisait les honneurs.

Le matin en question, vers la fin du déjeuner, l’oncle Frédéric raconta en passant que, la veille en nièce et lui avaient aperçu dans un musée la dame et le monsieur qu’ils avaient rencontrés au sommet du mont Saint-Bernard.

« J’oublie leur nom, dit-il. Mais il est probable que tu t’en souviens, William ? Et toi aussi, Édouard ?

— Moi, j’ai d’assez bonnes raisons pour ne pas l’oublier, répondit le neveu.

— Je crois bien, ajouta Mlle Fanny, qui hocha la tête et lança un coup d’œil à sa sœur. Mois je soupçonne fort qu’on ne nous aurait pas parlé d’eux, si notre oncle n’était pas tombé le nez là-dessus.

— Ma chère, vous employez là une expression assez bizarre, remarqua Mme Général. Ne vaudrait-il pas mieux dire : Si notre oncle ne les avait point mentionnée par inadvertance… ou : n’avait pas fait allusion à ces personnes, par hasard.

— Merci, madame Général, répondit Mlle Fanny ; non, je ne crois pas. Décidément, je préfère la phrase dont je me suis servie. »

C’est de cette façon que Mlle Fanny recevait presque toujours les conseils de Mme Général. Mais elle avait soin de les classer dans sa mémoire pour en profiter à la prochaine occasion.

« J’aurais toujours parlé de notre rencontre avec M. et Mme Gowan, Fanny, dit la petite Dorrit, quand même notre oncle n’en aurait rien dit. Tu sais bien que c’est à peine si je t’ai vue depuis. Je comptais même en parler ce matin au déjeuner, car je désire rendre visite à Mme Gowan et faire connaissance avec elle, pourvu que papa et Mme Général n’y voient aucun inconvénient.

— À la bonne heure, Amy, dit Mlle Fanny, je suis heureuse de te voir enfin exprimer le désir de faire connaissance avec quelqu’un à Venise. Reste à savoir si M. et Mme Gowan sont des personnes dont il soit désirable de faire la connaissance.

— Je n’ai parlé que de Mme Gowan, ma chère Fanny.

— Je sais bien cela, riposta Fanny. Mais, si je ne me trompe, tu ne peux séparer le mari de sa femme sans y être autorisée par un acte du parlement.