Page:Dickens - La Petite Dorrit - Tome 2.djvu/50

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— Pensez-vous, papa, demanda la petite Dorrit avec timidité et hésitation, qu’il y ait des raisons pour m’empêcher de faire cette visite ?

— Vraiment, répliqua le père, je ne… hem !… quelle est l’opinion de Mme Général ? »

Mme Général déclara que, n’ayant pas l’honneur de connaître la dame et le monsieur en question, l’article en question n’était pas de ceux à qui elle pût administrer une couche de son vernis. Elle devait donc se contenter de remarquer que, d’après le grand principe adopté par les vernisseurs de bon ton, cela dépendait beaucoup du rang des personnes qui pouvaient présenter la dame étrangère à une famille occupant dans le temple social une niche aussi distinguée que la famille Dorrit.

À cette remarque, le visage de M. Dorrit se rembrunit. Imputant cette présentation à un individu indiscret, du nom de Clennam, dont il conservait un souvenir assez vague pour l’avoir connu avant de passer de l’état de chrysalide à celui de papillon, il allait défendre en dernier ressort tout rapport avec les Gowan, lorsque Édouard Dorrit daigna prendre part à la conversation. Le lorgnon à l’œil, il commença ainsi :

« Dites donc… vous autres ! allez-vous-en, hein ! »

C’était une façon polie de faire entendre à deux laquais qui faisaient circuler les plats, qu’on se dispenserait volontiers de leurs services pour le moment.

Les laquais ayant obéi à cet ordre, Édouard Dorrit continua en ces termes :

« Peut-être est-il bon pour votre gouverne de vous apprendre que ces Gowan, et on ne peut guère me soupçonner d’être très-bien disposé envers eux, surtout envers le mari, sont liés avec des gens de la plus haute volée, pour peu que cela fasse quelque chose à l’affaire.

— À mon avis, remarqua l’aimable vernisseuse, cela fait énormément. Si ce jeune couple est vraiment en relation avec des personnes d’importance et de distinction…

— Quant à cela, interrompit Édouard Dorrit, vous pourrez en juger vous-même. Vous connaissez, au moins de réputation, le fameux Merdle ?

— Le grand Merdle ! s’écria Mme Général.

Le Merdle, pour tout dire, répliqua Édouard Dorrit. Il est de leurs amis. Mme Gowan… la douairière, la mère de cet individu qui s’est montré si poli envers moi, est une amie intime de Mme Merdle, et je sais que nos ex-compagnons de voyage sont reçus chez elle.

— Dans ce cas, on ne saurait trouver une meilleure garantie, dit Mme Général à M. Dorrit, en levant ses mains gantées, et en s’inclinant comme pour rendre hommage à quelque veau d’or dont elle aurait eu là l’image visible devant elle.

— Je demanderai à mon fils… par pure curiosité… dit M. Dor-