Page:Dickens - La Petite Dorrit - Tome 2.djvu/58

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— Ah ! tant mieux, répliqua Fanny, qui semblait faire d’aimables efforts pour modérer l’éclat éblouissant de sa propre supériorité. Je crois qu’elle vous plaira.

— Vous la connaissez beaucoup ?

— À Londres, vous savez, dit Mlle Fanny avec un mouvement libre et ferme de ses jolies épaules, on connaît tout le monde. Nous l’avons rencontrée en route, avant de nous rendre ici, et, à vrai dire, papa a d’abord été irrité contre elle parce qu’elle avait pris un des salons que nos gens avaient retenus pour nous. Mais, naturellement, cela n’a pas eu de suite, et nous sommes redevenus les meilleurs amie du monde. »

Bien que cette visite n’eût pas encore fourni à la petite Dorrit une occasion de causer elle-même avec Mme Gowan, il existait entre elles une entente muette qui suppléait aux paroles. Elle contemplait Chérie avec un intérêt vif et croissant ; le son de sa voix la faisait tressaillir ; rien de ce qui était près d’elle ou autour d’elle, rien de ce qui la concernait ne lui échappait. À une seule exception près elle reconnaissait chez elle, plus vite que partout ailleurs, la moindre trace de chagrin.

« Vous vous êtes toujours bien portée, dit-elle enfin, depuis le soir où nous nous sommes rencontrées ?

— Très-bien, chère. Et vous ?

— Oh ! moi, je me porte toujours bien, répliqua la petite Dorrit avec un peu de timidité. Je… oui, merci. »

Il n’y avait aucun motif pour que la petite Dorrit hésitât et s’arrêtât, si ce n’est que Mme Gowan lui avait touché la main en lui parlant et que leurs yeux s’étaient rencontrés. Quelque chose de craintif et de rêveur dans les grands doux yeux de Chérie avait tout à coup coupé la parole à la petite Dorrit.

« Vous ne savez pas que vous avez captivé mon mari, et que je devrais presque être jalouse de vous ? » reprit Mme Gowan.

La petite Dorrit secoua la tête en rougissant.

« S’il vous répète ce qu’il me dit à moi, il vous dira qu’il ne connaît pas de femme qui soit plus obligeante que vous, sans avoir l’air seulement d’y penser.

— Il me juge trop favorablement, répondit la petite Dorrit.

— J’en doute ; mais ce dont je ne doute pas, c’est qu’il me faudra lui annoncer que vous êtes ici. Il ne me pardonnerait jamais, si je vous laissais partir… vous et Mlle Dorrit… sans l’avoir prévenu. Voulez-vous bien permettre ? Vous excuserez le désordre d’un atelier ? »

Ces questions étaient adressées à Mlle Fanny, qui répondit gracieusement qu’elle serait au contraire charmée et ravie au delà de toute expression. Mme Gowan s’approcha d’une porte, fit quelques pas dans la salle voisine et revint.

« Voulez-vous faire à Henry la grâce de visiter son atelier ? dit-elle. Je savais qu’il serait heureux de vous voir. »

La première chose que la petite Dorrit, qui entra devant, aperçut