Page:Dickens - La Petite Dorrit - Tome 2.djvu/79

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pour remettre l’infortuné M. Sparkler au dernier plan, que papa professe une vive admiration pour M. Merdle.

— C’est à regret, madame, reprit M. Dorrit, que j’ai su par M. Sparkler que… hem !… nous ne verrons probablement pas M. Merdle cet hiver ?

— Il est vraiment si occupé, répliqua Mme Merdle, et on a tant besoin de lui là-bas, que je crains qu’il ne puisse me rejoindre ici. Il y a un siècle qu’il n’a pas quitté Londres. Vous, mademoiselle Dorrit vous voyagez depuis longtemps ?

— Oui vraiment… depuis un nombre incroyable d’années, répondit Fanny en grasseyant et avec un aplomb imperturbable.

— C’est ce que je pensais.

— Je n’en doute pas.

— J’espère néanmoins, reprit M. Dorrit, que si je n’ai pas le… hem ! l’immense avantage de faire connaissance avec M. Merdle de ce côté-ci des Alpes ou de la Méditerranée, j’aurai cet honneur à mon retour en Angleterre. C’est un honneur que je désire vivement et que je saurai apprécier.

— M. Merdle, j’en suis convaincue, répliqua la femme de ce grand homme, en admirant Fanny à travers son lorgnon, ne l’appréciera pas moins de son côté. »

La petite Dorrit, toujours réservée et solitaire, bien qu’elle ne se tint plus enfermée dans sa chambre, crut d’abord que tout cela n’était que prunes et prismes. Mais comme son père, après avoir assisté à une brillante réception chez Mme Merdle, répéta le lendemain à table et dans l’intimité, qu’il désirait connaître M. Merdle afin de profiter des conseils de ce grand homme pour le placement de sa fortune, elle commença à penser que cela pouvait signifier quelque chose tout de bon, et elle devint elle-même assez curieuse de voir le prodige financier du jour.




CHAPITRE VIII.

Mme Gowan la mère se rappelle, un peu tard, qu’il faut des époux assortis.


Tandis que les eaux de Venise et les ruines de Rome se grillaient au soleil pour le plus grand plaisir de la famille Dorrit, et fournissaient tous les jours à des milliers de crayons voyageurs des sujets d’esquisses qui ne ressemblaient à rien, la maison Doyce et Clennam faisait retentir de ses coups de marteau la cour du Cœur-Saignant, où la voix mâle du fer contre le fer résonnait sans cesse pendant les heures du travail.

Le plus jeune des deux associés avait achevé de mettre en ordre