Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/134

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inconvéniens qu’il y a d’épouser une belle femme qui n’est pas riche, dit avec esprit :

Tendresse alors est en bref terminée,
S’il en paroît, ce n’est qu’ad honores.
Par maints grands clercs l’affaire examinée,
L’amour languit sans Bacchus & Cérès.

Etant dans le carosse de M, le Cardinal de Retz, & passant sur le pont-neuf, je mis la tête hors de la portière, comme pour regarder quelle heure il étoit, M. le Cardinal me dit, c’est ad honores : il avoit raison, car je ne vois que de près. Menagiana. Dans la Comédie du bal de Regnard, Sotancour ayant appris l’attachement de Léonore pour Valère, déclare nettement qu’il ne veut point être époux ad honores.

ADI.

ADIABÈNE. Adiabene. Contrée d’Asie toute entière à l’orient du Tigre, & non entre le Tigre & l’Euphrate, comme l’a prétendu Etienne le Géographe, & après lui Suidas qui disent qu’elle s’appelle aussi Messène, Μεσσήνη, parce qu’elle étoit entre ces deux fleuves, Voyez Messene. Pline met l’Adiabène au-delà de l’Arménie ; & dit au Liv. VI, Chap. 9, qu’elle est entourée de montagnes d’un côté, & du Tigre de l’autre. Pinet, son traducteur, au lieu d’Adiabène, dit la région du Diarbeck, ou Mosul. Pline ne dit point que l’Adiabène fut une partie de l’Assyrie ; mais l’Assyrie elle-même, qui avoit changé de nom. Voyez L. V. C. 12. Ammien Marcellin en dit autant, L. XXIII. C. VI. Ainsi les Dictionnaires, qui disent que c’est une contrée de l’ancienne Assyrie, se trompent. Et quoique Pline, L. VI, C. 13, dise, Adiabene Assyriorum initium, cela ne signifie pas que ce n’est qu’une partie de l’Assyrie ; mais que ce n’est qu’une partie de l’empire des Assyriens qui commença par-là ; & à quoi ils ajoutèrent ensuite bien d’autres provinces ; & par conséquent que c’est là proprement l’Assyrie. Dans le sens étroit, l’Assyrie étoit une province assez bornée, dont Ninive étoit la capitale ; & c’est cette province qui a depuis été nommée Adiabène. Huet. Les Grecs ont dérivé ce nom de ἀδιάβατος, qui signifie inaccessible ; & ils ont cru qu’elle avoit ce nom à cause des fleuves dont elle est toute entrecoupée. Ammien Marcellin prétend avec plus d’apparence, que ce nom vient du fleuve Diava, qui est celui que les Grecs appellent Lycus ; car Deva ou Diava, est la même chose en Chaldéen que Lycus en Grec, & veut dire Loup. de Diava, en y ajoutant l’article ha, on fait Hadiaba, & ensuite Hadiabène. les Juifs l’appellent Hadiab ; ainsi ce nom signifie la même chose que Lycie, ou région des Loups.

ADIABÉNIEN, ENNE. Adiabenus. Homme d’Adiabène, habitant de l’Adiabène, ainsi appellé dans des temps postérieurs. Tigrane étant sorti de l’Arménie, étoit entré dans les terres des Adiabéniens, qui est une nation limitrophe. De Harlay.

ADJACENT, ENTE. adj. Contigu, situé auprès, ou très-proche. Adjacens, continens atque adjunctum. Il a le gouvernement d’une telle province, & des îles adjacentes. Ce mot vient du Latin ad & jacere. On ne s’en sert guère que dans la Pratique.

En Géométrie, on dit qu’un angle est adjacent à un autre angle, quand l’un est immédiatement contigu à l’autre, de sorte que les deux angles ont un côté commun, & on le dit plus particulièrement encore, lorsque les deux autres côtés forment une même ligne droite.

ADIANTE. s. m. Adiantum. Plante, qui est une espèce des cinq capillaires. Elle croit ordinairement autour des puits ; les Espagnols l’appellent Sargasso; ils donnent le même nom à une herbe, dont toute la mer est couverte au Cap Vert, & aux îles de Cuba & d’Hispaniola. Ce mot est composé de la particule privative α & du verbe διαίνω, humesco, Je deviens humide, ou, je suis mouillé. Ainsi on la nomme Adiantum, parce que lorsqu’on verse de l’eau sur ses feuilles, elles paroissent toujours sèches, & ne se mouillent point. Voyez Capillaire.

ADIAPHORE. s. m. Adiaphorus. C’est-à-dire, indifférent. C’est le nom que M. Boyle donne à une espèce d’esprit qu’il tiroit du tartre par distillation, & de quelques autres corps végétaux, & qui n’étoit ni acide, ni vineux, ni urineux. Voici comment il le fait. Premièrement on distille dans une retorte des copeaux de buis, de gayac, ou de quelqu’autre bois pesant : ensuite on rectifie la liqueur aigre en la séparant du flegme ; après cela on jette une quantité de poudre de corail, &c. dans l’esprit aigre, qui le dissout incontinent, & les parties acides du menstrue s’unissent de telle manière avec le corail, qu’il reste une partie de la liqueur, qui n’est nullement de la nature des acides ; mais qui, lorsqu’on en a doucement tiré le corail, a une odeur forte, & quelque acidité, qui est en toute manière différente de presque tous les autres esprits ordinaires.

ADIAPHORISTE. s. m. & f. Adiaphorista. Ce nom est originairement Grec, & a été formé d’ἀδιάφορος, indifférent. On l’a donné dans le XVIe siècle aux Luthériens mitigés, qui suivoient les sentimens de Mélanchthon, & ensuite à ceux qui souscrivirent à l’Intérim de Charles V. On pourroit encore appeler Adiaphoristes ceux qu’on nomme encore aujourd’hui en Allemagne Indifférentistes. Indifferentistæ. Voyez ce mot. M. Jovet écrit Adiaphorite. Les Adiaphorites, ou Indifférens, reçoivent tantôt une sorte de cérémonie, tantôt une autre, selon le cours du monde. Jovet.

☞ ADIAZZO, ADIAZZE, ou AJAZZO. Ville de l’île de Corse, sur la côte occidentale, au midi du Golfe de même nom.

ADJECTIF. adj. Souvent employé substantivement. Terme de Grammaire. C’est un nom qui est toujours joint avec un substantif exprimé, ou sous-entendu, pour en marquer la manière d’être ; c’est-à-dire, les accidens ou les qualités ; ou, suivant les principes généraux & raisonnés de la Grammaire Françoise, c’est un nom qui exprime un objet vague, considéré comme revêtu de quelque qualité. Ainsi quand on prononce le mot grand, on veut parler d’une chose, quelle qu’elle puisse être, qui a la qualité de grandeur. Adjectivum nomen. Le P. Buffier, dans sa Grammaire Françoise, définit autrement l’adjectif, & prend les choses d’une manière nouvelle & différente du commun des Grammairiens. Les noms, selon lui, sont substantifs, quand les objets qu’ils désignent, sont considérés simplement en eux-mêmes, & sans rapport à leurs qualités. Ils sont dits au contraire noms adjectifs, quand ils désignent la qualité d’un objet. Ainsi quand je dis simplement le cœur, ce mot cœur, est dit nom substantif, parce qu’on n’exprime aucune de ses qualités : mais si je dis, le cœur généreux, ou le cœur perfide, ces noms généreux, & perfide, sont dits adjectifs, parce qu’ils ajoutent une qualité à l’objet. Ainsi, selon cet Auteur, les adjectifs ne sont que des modificatifs ; & les Grammairiens auroient mieux fait connoître la nature de ces noms, s’ils les avoient considérés sous cette qualité. En effet, dit le P. Buffier dans ses principes, la nature du nom adjectif étant d’exprimer la qualité d’un objet si cette qualité est l’objet même dont on parle, alors ce sera un nom substantif. Si je dis, un principe vrai, ce mot vrai, est ici adjectif, mais si je dis, le vrai est toujours agréable, il est évident que vrai est ici le sujet dont je parle, autant que si je disois, la vérité est toujours agréable; & par conséquent vrai est, dans cet endroit, nom substantif. Souvent aussi, selon le P. Buffier, le nom qu’on nomme substantif, devient adjectif. Par exemple, on demande si le nom Roi est substantif ou adjectif. Il est l’un & l’autre, selon l’emploi qu’on en fait. Dans cette phrase : Le Roi est un modèle pour ses Sujets, le mot Roi est substantif. Dans cette autre phrase : Un Prince vainqueur & Roi, comme Alexandre, le mot Roi est adjectif, aussi-bien que le mot vainqueur. Au reste, dans ce nouveau plan de Grammaire, tous les noms, qui d’eux-mêmes sont adjectifs, ne sont pas censés tels dans l’usage commun de la Grammaire, qui dépend en ce point, comme en une infinité d’autres, d’un usage arbitraire ; car elle n’appelle ordinairement adjectifs que ceux qui sans changer, ou presque changer, se joignent indifféremment à des noms substantifs de divers genres.