Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/141

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Au reste, la forme seule de ce nom ne prouve pas qu’il soit pluriel ; mais les autres endroits où l’on trouve Adonim & Adone, qui sont dits d’un seul, ou bien avec d’autres pronoms, comme Adonecha, ne laissent aucun lieu de douter qu’il ne se dise au pluriel également bien d’un ou de plusieurs. Buxtorf le fils, & beaucoup d’autres prétendent que quand il se dit des Anges, c’est moins de ces Ministres de Dieu qu’il se dit, que de Dieu agissant lui-même par le ministère des Anges. Cela ne doit s’entendre que d’Adonai écrit par un Kamets, ou a long.

ADONC. adv. Vieux mot, qui signifioit, alors, ou donc. Tunc, igitur.

Adonc, répondit l’épousée,
Je ne vous ai pas mors aussi. Mar.

ADONÉA. s. f. Nom d’une Divinité Païenne. Adonea. Elle présidoit aux voyages, comme Alcone.

ADONÉE. s. m. Les Arabes appeloient ainsi le Soleil, & l’adoroient sous ce nom, en lui offrant chaque jour de l’encens & des parfums. Ils donnèrent le même nom à Bacchus, dit Ausone.

ADONIEN. adj. m. Terme de Poësie grecque & latine. Il se dit d’un vers composé de deux pieds seulement ; un dactyle & un spondée. Ce vers est le quatrième de chaque strophe dans les Odes Saphiques. On lui a donné le nom de son inventeur. On en peut voir des exemples en Grec dans le fragment qui nous reste de la belle Ode de Sapho. Horace en fournira plusieurs en Latin, par exemple, L. I. Od. 22.

Integer vitæ scelerisque purus,
Non eget Mauri jaculis, neque arcu,
Nec venenatis gravidà sagittis,
Fusce, pharetrà.

Nec mori per vim metuam, tenente
Cæsare terras. Hor.

Il est à remarquer qu’on trouve quelquefois des vers Saphiques qui ne sont point suivis de vers Adoniens, & des vers Adoniens détachés des vers Saphiques. On trouve des exemples de tout cela dans les Anciens.

Claude Buret le premier, & après lui Ronsard, ont aussi fait des vers Adoniens en notre Langue, dans les Odes Saphiques qu’ils ont tâché d’imiter des Grecs & des Latins. Voyez Pasquier dans ses Recherches. L. IV. chap. 32.

ADONIES, ou ADONIENNES. s. f. plur. Adonia. Fêtes instituées à l’honneur d’Adonis, dans lesquelles les femmes imitoient les lamentations de Vénus après la mort d’Adonis, ensuite chantoient ses louanges, & se réjouissoient comme s’il eût été ressuscité ; ou plutôt, selon le sentiment de Meursius, cela faisoit deux fêtes en différens temps de l’année, à six mois l’une de l’autre ; parce que l’on s’imaginoit qu’Adonis passoit six mois avec Proserpine & six mois avec Vénus. Les Grecs, les Égyptiens & les Babyloniens célébroient cette fête, & donnoient le surnom de Salambon à Vénus, ou à la fête même, comme Lampridius l’a fait, en disant que Hélagabale célébra Salambon à la manière des Syriens, avec de grands cris & de grandes lamentations. Saint Jérôme parle de cette fête dans son Commentaire sur Ezéchiel viii. 14. La 31e Idylle de Théocrite contient une fiction jolie sur la mort d’Adonis ; mais ce n’est rien moins qu’une description de la fête Adonienne, comme un nouveau Dictionnaire le dit. La première Idylle de Bion pourroit bien plutôt passer, non pas pour une description de cette fête ; mais pour une lamentation propre à être chantée dans cette Fête. Voyez Meurs. De Græc. fer. p. 3. Castellan Eortologion imprimé à Anvers in-18°. & Beger, t. 1. p. 93 & 200, jusqu’à 207.

ADONIQUE. Voyez ADONIEN. adj. Terme de Poësie.

ADONIS. s. m. Jeune homme d’une rare beauté, né de l’inceste de Cyniras, Roi de Chypre, & de Myrrha sa fille. Il fut tué par un sanglier & Vénus, qui l’avoit tendrement aimé, le changea en une fleur, qui fut teinte de son sang. C’est l’anemone rouge. Quelques auteurs ont fait Adonis hermaphrodite. Les Egyptiens le prennent pour Osiris ; & Plutarque dit qu’il a souvent été pris pour Bacchus. S. Jérôme, sur Ezech. viii. 14. le prend pour Thammuz, dont parle Macrob, liv. premier, Saturn. C. 21. & Onomacrite pour le Soleil. ☞ M. Huet, Demonst. Évang. Propos. 4. c. 3. prétend que l’Adonis des Payens est Moïse.

☞ Les Anciens ont parlé des jardins d’Adonis comme d’une merveille. Ces jardins ne sont pas tout-à-fait un ouvrage de leur imagination. Ils n’ont fait que déguiser à leur manière un reste de tradition du jardin délicieux d’Eden. C’est de-la que le nom d’Adonis a passé aux Grecs qui doivent au mot Eden le mot ἡδονὴ, dont ils se servoient pour exprimer le plaisir, la volupté. Les Poëtes Grecs ont fait des vers sur la mort d’Adonis. M. Ménage a fait sur le même sujet un petit Poëme en vers Grecs Adoniques, qui mérite d’être comparé aux Anciens, dans lesquels il a pris les pensées les plus délicates & les expressions les plus polies.

Adonis, en termes de Jardinage. Plante qui vient dans les blés. Elle approche de la renoncule. Elle a la feuille de la camomille, la fleur en rose ; ses semences font renfermées dans des capsules oblongues. Il y en a de deux sortes. Adonis hortensis, flore minore, atro, rubente ; Adonis ellebori radice, buphthalmi flore.

Adonis. s. m. Adonis. Fleuve de la Phénicie, ainsi appelé d’Adonis. Il se jette dans la mer de Syrie, proche Biblos, où Adonis étoit particulièrement honoré.

Adonis. s. m. Rivière d’Afrique. Elle a sa source dans les montagnes, au midi de Tetouan, & se jette dans l’Océan, entre Tanger & Arzille, dans le Royaume de Fez. Bochard.

Adonis, étoit aussi une danse des anciens Grecs, selon Meursius ; il est vrai qu’il y avoit chez les Anciens une danse dans laquelle un Comédien ou une Comédienne, imitoient Adonis. Cela paroit dans Arnobe, Liv. vii, & par Prudence περὶ στεφ, hymne 10, mais il ne suit pas de ces Auteurs qu’elle s’appelât Adonis, quoique cela soit vraisemblable.

Sallon d’Adonis. Anciennement on appeloit ainsi un Sallon de verdure & de fleurs, dont la mode étoit venue de Syrie. Œcus Adonidis. Appollonius trouva Domitien dans un Sallon d’Adonis. Fleury.

☞ ADONISER. v. a. Ce verbe, qui est un terme de plaisanterie & de pure conversation, signifie parer, ajuster quelqu’un, le rendre beau comme Adonis. Ornare. Il faut vous faire adoniser. L’envie que j’avois de paroître agréable à cette dame, me fit employer trois bonnes heures pour le moins à me faire adoniser.

☞ Il s’emploie aussi avec le pronom personnel, pour marquer le trop grand soin que prend un homme de s’ajuster, pour paroître plus jeune ou plus beau. Ornare se, bellulum agere. Il passe tout son temps à s’adoniser.

Il s’écoute, il se plaît, il s’adonise, il s’aime. Rousseau.

ADONISÉ, ÉE. part, paré, galamment ajusté.

ADONISEUR. s. m. Celui qui adonise. Le Spectateur Suisse dit, en parlant d’un petit Maître, qu’un Barbier venoit de friser & de poudrer : tout cela s’est fait avec beaucoup de patience de part & d’autre, je veux dire de celle de l’Adonis & de l’Adoniseur. Merc. Déc. 1723. On voit par ce dernier terme, ajoute l’Auteur du Mercure, que notre prétendu Misantrope (c’est ainsi qu’il appelle le Spectateur Suisse) commence à s’humaniser avec le jargon du temps.

ADONNER. v. qui ne s’emploie qu’avec le pronom personnel, s’adonner ; se livrer, s’appliquer, s’attacher à quelque chose avec chaleur. Dedere se. Ce jeune homme s’est adonné à l’étude de la Jurisprudence. Celui-là s’est entièrement adonné aux Mathématiques.

☞ On dit aussi s’adonner aux femmes, au vin, au jeu. Heureux celui qui s’adonne à la vertu.

☞ On dit encore, s’adonner à un lieu, à une personne : pour dire, fréquenter un lieu, une personne, voir fréquemment une personne. Dict. Acad.

On dit quelquefois d’un chien, qu’il s’est adonné à une maison ; pour dire, qu’il y est venu de lui-même,