Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/174

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tre au sortir du Sérail, c’est d’être pourvus de la charge d’Aga, de Spahilar-Agassi, & de Capigi-Bassi. Les plus favorisés des Agalaris sont élevés à de plus hautes charges, comme celles de Capitan-Bassa, ou de Bacha du Grand-Caire, de Damas, ou autres lieux les plus considérables de l’Empire. Le Prince les honore quelquefois de la qualité de Musaïp. Lorsqu’un Agalari, que le Prince a élevé à la qualité de Bacha ou Beglerbey, est sur le point de sortir du Sérail, le Grand Seigneur l’envoie prendre à la porte par son Chicaia, ou Intendant de sa maison, avec grand nombre de chevaux pour lui faire honneur. Il le fait conduire à son hôtel, où il est reçu avec toute la civilité possible. Il lui fait de grands présens & fort bonne chère, pendant trois ou quatre jours, jusqu’à ce qu’il se soit pourvu de quelque logis dans la ville. Les Sultans & les Bachas lui font aussi des présens. Id.

Ces Agalaris sont pris du nombre des Ichoglans qui montent à la quatrième chambre, & servent aux principaux offices qui regardent immédiatement le service du Prince, & l’accompagnent par-tout lorsque les femmes ne s’y trouvent pas, & sont le Sechletar-Aga, le Silictar, le Chiodar-Aga, le Rechioptar, ou Rakduntac, le Materagi-Aga, l’Ibrietar, l’Ischiouptar, le Tubenter-Aga, le Chiamarci-Aga, le Camedir-Bassi, le Sarrigi-Bassi, le Munasungi-Bassi, le Turmachi-Bassi, le Berber-Bassi, l’Amangi-Bassi, & le Teskelagi-Bassi. Tous ces Officiers sont les plus âgés des Ichoglans, qui sont dans la quatrième chambre du Sérail au nombre de quarante. Ils se trouvent devant le Prince quand il sort de sa chambre. Il ne leur commande rien que par signes, qu’ils comprennent d’abord, & ils exécutent ses volontés avec une promptitude admirable. C’est eux qui reçoivent les viandes à la porte de la cour des mains du maître-d’hôtel de dehors, qu’ils se donnent de main en main, jusqu’à ce qu’elles soient portées en celles du maître d’hôtel de dedans, qui les sert au Grand-Seigneur. Ce Prince se plaît fort à l’entretien muet de ses Agalaris, qui n’oseroient l’entretenir que par signes. Il les fait monter à cheval, les voit s’exercer à la course, à sauter, à jeter la masse de fer, & à de semblables épreuves de leur force & de leur adresse. Id. Du Loir distingue cinq oda, ou chambres du Sérail, & met les Agalaris dans la cinquième. Voyez Oda.

AGALLOCUM. Voyez Aloès

AGAMÉDE. s. m. Frère du célèbre Trophonius, fut un habile Architecte : c’est lui qui bâtit, avec son frere, le temple d’Apollon à Delphes.

AGAN, PAGAN. Île de l’Océan oriental. Agana, Pagana. Elle est dans l’Archipel de Saint-Lazare. Magellan fut assassiné dans cette île, en allant chercher les Moluques.

AGANIPPE. s. f. Terme de Mythologie. C’est le nom d’une fontaine du mont Hélicon, en Béotie, dont les eaux avoient une vertu souveraine pour inspirer les Poëtes, d’où les Muses s’appeloient quelquefois Aganippides. Le cheval Pégase fit sortir de terre cette fontaine d’un coup de pied.

AGANIPPIDES. adj. f. pl. Surnom des Muses, parce que la fontaine Aganippe leur étoit consacrée.

AGANTE. Terme de marine, c’est-à-dire, prens. Ce mot n’est usité que parmi les matelots.

AGAPE. s. f. Terme de l’Histoire Ecclésiastique, qui signifioit dans la primitive église grecque, les festins que faisoient ensemble les premiers Chrétiens dans les églises, pour entretenir l’union & la concorde entre eux. Voici ce qu’en dit Tertullien, dans son Apologétique, pour en expliquer l’origine : le nom de nos soupers apprend la raison de leur établissement. On leur donne un nom qui signifie en grec, charité. Quelque dépense que l’on y fasse, on regarde comme un gain, une dépense que l’on fait par piété. C’est un rafraîchissement par lequel on soulage les pauvres. Chacun y mangeoit modestement ; & le repas finissoit par la prière.

Saint Paul, dans son Epître aux Corinth. Ch. 11, parle de ces Agapes, ou festins, que ceux de Corinthe faisoient dans l’église en l’honneur de celui de Jésus-Christ, lorsqu’il institua l’Eucharistie. Mais au lieu de le faire tout en commun, les riches faisoient leur souper à part ; & c’est ce que saint Paul reprend, lorsqu’il leur dit : De la manière donc que vous faites ces assemblées, ce n’est point manger la Cène du Seigneur ; car chacun prend & mange par avance le souper qu’il apporte, ensorte que les uns n’ont rien à manger, pendant que les autres font grand’chère. La Cène du Seigneur ne se prend pas en ce lieu-là pour l’Eucharistie, mais pour le festin ou souper qui l’accompagnoit, & que les premiers Chrétiens faisoient en mémoire du souper que Jésus-Christ fit avec ses Apôtres, lorsqu’il institua l’Eucharistie. Les Juifs nouvellement convertis faisoient ce festin avec beaucoup d’apparat, pour mieux représenter le festin de la Pâque légale. Les paroles de l’Apôtre semblent insinuer que ce festin se faisoit avant la Communion ; mais il y eut dans la suite des Ordonnances de l’Eglise, qui obligeoient les fidèles de recevoir l’Eucharistie à jeun ; & ainsi les Agapes ne se firent plus qu’après la Communion.

Quelques Auteurs ont cru que cette cérémonie ou coutume étoit empruntée des Paiens : Mos verò ille, ut referunt, Sédulius sur le Chapitre 11 de la I. Epître aux Corinth. de gentili adhuc superstitione veniebat. C’est même un reproche que Fauste Manichéen fait aux Chrétiens dans S. Augustin, d’avoir changé les sacrifices des Païens en Agapes. Christianos sacrificia Paganorum vertisse in Agapas. Mais si les Agapes tiroient leur origine des sacrifices, il seroit bien plus vraisemblable, que les premiers Chrétiens auroient suivi en cela ce qui se pratiquoit dans les sacrifices des Juifs. Le reproche d’un ennemi de l’Eglise, comme Fauste, à qui quelque ressemblance de ces festins à ceux des Païens ; avoit donné lieu de faire cette calomnie, ne prouve rien. C’est ainsi qu’une infinité de reproches, que nous font les Protestans, sont très-faux. Ces festins qui se faisoient dans les sacrifices sont fort anciens. On lit au Chap. 18 de l’Exod. v. 12. Jethro, beau-pere de Moyse, offrit des holocaustes & des sacrifices à Dieu, & Aaron, accompagné des Anciens des Israëlites, vint pour manger avec lui en la présence de Dieu. Après tout, il paroît plus vraisemblable que ces festins se faisoient en mémoire du repas que fit notre Seigneur la veille de sa mort avec ses disciples, avant l’institution de l’Eucharistie. Saint Paul, qui en savoit bien l’origine, semble le marquer par le mot Cœna, souper, & Dominica Cœna, souper du Seigneur, dont il s’est servi.

Il est encore parlé des Agapes, ou festins de charité, dans l’Epitre II. de saint Pierre, ch. 2. v. 13. où ce saint Apôtre, faisant le portrait de quelques faux Docteurs, dit qu’ils n’aiment que leurs plaisirs ; & que les festins qu’ils font, sont de pures débauches. On lit dans les plus anciens manuscrits Grecs le mot d’άγαπαι, & dans notre Vulgate, In conviviis suis luxuriantes. Selon cette ancienne leçon, ces impies faisoient leurs délices de ces festins qui n’avoient été établis par les premiers Chrétiens, que pour exercer leur charité envers leurs freres. Il est encore fait mention de ces Agapes au v. 12. de l’Epître de saint Jude. Ces festins religieux donnerent lieu aux Païens d’accuser les Chrétiens de commettre des impuretés, & de se mêler au hasard dans leurs assemblées. Ce mot d’Agape, qui en Grec signifie Amour, fortifioit le soupçon, & faisoit prendre ces repas de charité pour des banquets de dissolution. Le baiser de paix, par lequel finissoit la cérémonie, étoit une nouvelle raison qui confirmoit la médisance, & faisoit conjecturer, que cette marque d’affection fraternelle n’étoit pas tout-à-fait pure, ni tout-à-fait innocente. Pour faire cesser la calomnie, l’on ordonna d’abord que le baiser de paix se donneroit séparément entre les hommes, & de même entre les femmes, afin que le mêlange des deux sexes ne donnât plus lieu aux mauvais soupçons, & que la concupiscence ne pût avoir aucune part à cette salutation fraternelle. Il fut ensuite défendu de dresser des lits pour la commodité de ceux qui vouloient manger plus voluptueusement. Comme cette pratique pouvoit être