Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/175

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mal interprétée par les Païens, elle fut absolument retranchée des Agapes. Enfin, on fut obligé d’abolir entièrement les Agapes mêmes, à cause des abus qui s’y commettoient. Ce fut le Concile de Carthage qui les condamna en 397, ensorte que la mémoire en est presque perdue avec l’usage. Ce mot vient du Grec ἀγάπη, dilectio, dilection, charité mutuelle ; du verbe ἀγαπάω, diligo, j’aime, je chéris.

AGAPÉTES. s. f. pl. Bien-aimées. Agapetæ. On donnoit ce nom dans l’ancienne Eglise, à des Vierges qui vivoient en communauté, ou qui s’associoient avec des ecclésiastiques, par un motif de piété & de charité. A cause de cela ils les appeloient Sœurs adoptives. Dès le Ier siècle il y avoit des femmes qui étoient instituées Diaconesses ; & comme elles se consacroient au service de l’église, elles choisissoient leur demeure chez les ecclésiastiques, à qui elles rendoient tous les offices de charité conformes à la sainteté de leur ministère. Dans la ferveur des premiers commencemens du Christianisme, il n’y avoit rien de scandaleux dans ces pieuses sociétés. Mais dans la suite elles dégénérèrent en libertinage ; ensorte que S. Jérôme demande avec indignation, Unde Agapetarum pestis in Ecclesias introiit ? Les Conciles, soit pour ôter aux Païens un sujet plausible de calomnie, soit pour éloigner les occasions du mal, contraignirent les Prêtres à se séparer de ces femmes, & défendirent avec beaucoup de sévérité ces Agapétes. S. Athanase raconte d’un Prêtre, nommé Léontius, qu’il offrit de se mutiler, & de retrancher toutes les raisons de soupçon, afin de conserver sa compagne.


AGARÉEN, ENNE, ou AGARENIEN, ENNE. s. m. & f. Agarenus. Nom de peuples. Ce sont des Ismaélites, ainsi nommé du nom d’Agar, mere d’Ismaël, duquel ils descendoient. Ils se sont appelés depuis Sarrasins. Trajan fit la guerre aux Agaréens, & démantela leur capitale, appelée Agares. Dion & Strabon disent qu’ils l’obligèrent d’en lever le siége.

AGARIC. s. m. Terme de Botanique & de Pharmacie. Agaricus, Agaricum, Fungus laricis. C’est une plante qui est de la nature du champignon, dont il ne différe que par sa structure, & parce qu’il s’attache au tronc des arbres. Quelques-uns croient que c’est une excroissance, une tumeur produite par une maladie de l’arbre. On croit que celui qui nous est apporté du Levant, vient de la Tartarie. Il y a plusieurs espèces d’agaric par rapport à leur différente conformation, & par rapport aux arbres sur lesquels elles croissent. Il y a un mauvais agaric qui ne croît pas sur le larix, mais sur les vieux chênes, les hêtres, &c. & dont l’usage seroit très-pernicieux. Celui qui est employé en Médecine, est blanc, léger, friable, très-amer, & s’attache au tronc du Larix, Mélise, ou Mélèze, ou de ses espèces. Cet agaric est appelé Agaric femelle, & on l’apporte des Alpes, sur-tout du Briançonnois & du Trentin. Celui qui vient du Levant est beaucoup plus blanc, plus léger & plus estimé ; il croît sur le Cédre, arbre qui est une espèce de Mélise. Ce qu’on appelle Agaric mâle, est un agaric compact, jaunâtre, quelquefois brun, & qui croît sur les noyers & sur d’autres arbres. Les teinturiers se servent de ce dernier pour teindre en noir. L’agaric est purgatif : on le joint ordinairement à d’autres purgatifs, à cause qu’il agit fort lentement. Il paroît avoir été fort estimé des Anciens, & l’est peu aujourd’hui avec raison. Par le long séjour qu’il fait dans l’estomac, il excite des vomissemens, ou tout au plus des nausées insupportables, suivies de sueurs, de syncopes & de langueurs qui durent beaucoup. Il laisse aussi un long dégoût pour tous les alimens. L’agaric est chaud & astringent ; il appaise les tranchées, la sciatique, la suffocation de la matrice. L’on en fait un sirop propre aux mêmes maux, & qui outre cela purge, soulage les maladies du cerveau, le haut-mal, les douleurs d’estomac & de rate, & fait uriner. Etant pris un peu avant les accès de fièvres intermittentes, il retarde le frisson ; c’est aussi un contre-poison contre la morsure des bêtes venimeuses ; c’est pourquoi il entre dans la thériaque. On peut en user, ou simplement, ou le faire infuser dans de l’eau mêlée, ou dans du vin. La dose est d’une drachme jusqu’à deux, suivant la force des gens. Chomel. L’agaric en naissant n’est pas de la même couleur, que quand il est parfaitement formé. Au commencement il est d’un vert pâle ; mais il est blanc étant parvenu à sa maturité. Il sert à relever l’éclat de l’écarlate. Le vrai est celui qui se trouve sur les Mélises ; car le fossile, que quelques Naturalistes appellent le Lait de la Lune, n’en a qu’improprement le nom, & n’en a pas tous les effets. Chomel. Voici en quoi l’agaric mâle differe de l’agaric femelle. Le premier a la superficie rude & raboteuse ; sa substance intérieure très-fibreuse, ligneuse, difficile à diviser, de diverses couleurs, hormis la blanche ; il est pesant. Le second au contraire, a la superficie fine, lisse, brune ; il est intérieurement blanc, friable, & se met aisément en farine ; & par conséquent il est léger. Tous deux se font d’abord sentir doux sur la langue, & ensuite âcres & amers ; mais le mâle a plus d’amertume & d’âcreté. Celui-ci ne s’emploie point en Médecine, & peut-être est-ce le même que celui qui ne croît pas sur le Larix. M. Bolduc appelle l’Agaric mâle, faux agaric. Cet habile Chimiste a fait différentes opérations sur l’agaric. On les peut voir dans l’Histoire de l’Académie des Sciences, 1714. p. 28 & 29.

Ce nom lui a été donné d’une province de Sarmatie, nommée Agarie, d’où il est venu d’abord, à ce que dit Dioscoride. Scaliger dit qu’il se trompe, & que le nom de pays est imaginaire, aussi-bien que le pays même. Mais Saumaise, dans son Livre de Homonymis, a justifié Dioscoride. Plusieurs Auteurs, & entr’autres Gallien, en parlent comme d’une racine. Mais l’opinion commune est que c’est une espèce de champignon, qui s’engendre sur le tronc des arbres. Pline dit que toutes sortes d’arbres portans gland, portent l’agaric : mais il se trompe.

AGASTE. s. f. Terme dont on se sert pour exprimer une pluie très-abondante qui survient tout d’un coup, comme dans les orages. On le joint ordinairement à eau, une agaste d’eau : nous fûmes surpris par une agaste d’eau, qui nous perça jusqu’aux os. Ce mot n’est en usage qu’à la campagne.

AGASYLLIS. s. m. Dioscoride dit que c’est l’arbrisseau qui produit la gomme ammoniaque, L. III. c. 98.

AGATHANGE. Nom d’homme. Agathangelus. Ce mot est grec, composé de ἀγαθὸς, bon, & ἄγγελος, Ange. Il y avoit aux fauxbourgs de Constantinople, où est maintenant le quartier de Péra, une église de S. Clément Evêque d’Ancyre, & de S. Agathange son Diacre, bâtie par l’Empereur Basile le Macédonien. Bail.

☞ AGATHE. Les Tireurs d’or appellent ainsi un instrument, dans le milieu duquel est enchâssé une Agathe qui sert à rebrunir l’or. Encyc.

Agathe, plus ordinairement Agate. s. f. Pierre précieuse, en partie transparente, en partie opaque. Achates. Il y en a de plusieurs couleurs, ce qui lui a fait donner divers noms chez Pline & les autres Auteurs. On peut réduire les différentes sortes d’Agates à quatre espèces ; l’Onyx, ou Agate orientale ; la coraline, la noire, & celle d’Allemagne. L’Agate est ordinairement de couleur rouge, & parsemée de lignes & de taches, qui sont quelquefois disposées d’une manière si admirable qu’il semble que la nature ait pris soin d’y peindre les figures différentes qu’on y remarque. On y voit des bois, des fleuves, des arbres, des animaux, des fruits, des fleurs, des nuages, & d’autres choses semblables. Camillus Léonardus dit qu’il en a vû une qui représentoit sept arbres situés dans une plaine ; & Boot rapporte qu’il en a une de la grandeur de l’ongle du doigt du milieu, qui représente très-bien un Evêque avec sa mitre. Si on la tourne tant soit peu, on y voit une autre image ; & si on la tourne davantage, on y remarque les portraits d’un homme & d’une femme. Les Agates Sardoines sont de trois couleurs : les vraies sont entièrement rouges, qu’on fait passer pour la carnéole, comme ayant une petite teinture de couleur de chair mêlée de brun. Il y en a d’autres moindres, qui sont en partie mêlées de couleur de sang : & les dernières le sont d’un rouge tirant sur le jaune. L’Agate Sardonix est composée de la Sardoine & de l’Onyx, & a une couleur sanguine & distinguée par des cercles