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☞ AGATHE, GATTE ou JATTE. s. f. Terme de Marine. C’est le retranchement que l’on fait au-dedans de l’avant d’un vaisseau, pour recevoir l’eau que les coups de mer font entrer par les écubiers.

AGATHY, ou AGATY. s. m. C’est un arbre qui a quatre à cinq fois la hauteur ordinaire d’un homme, & dont le tronc a environ six pieds de circonférence. Les branches qui sortent du milieu & du sommet de l’arbre, s’étendent beaucoup plus en hauteur qu’en largeur. Il croît dans les lieux sabloneux sur la côte de Malabar. Sa racine est de couleur noire, d’un goût astringent, & pousse des fibres à une distance considérable. Son bois est fort tendre, & le devient d’autant plus, qu’il est plus près du cœur. Lorsqu’on fait une incision dans l’écorce, il en sort une liqueur claire & aqueuse, qui s’épaissit & devient gommeuse quelque temps après. Dict. de James.

☞ On attribue à cet arbre plusieurs propriétés médicinales. Sa racine mêlée avec de l’urine de vache dissipe les tumeurs sur lesquelles on l’applique. Le suc qu’on en tir, mêlé avec du miel, fait un excellent gargarisme dans les esquinancies. Les feuilles prises en décoction purgent les humeurs pituiteuses & bilieuses : mangées, elles guérissent les vertiges. Les fleurs excitent à l’amour.

AGATHYRSES. Agathyrsi. Ancien peuple de la Sarmatie d’Europe. Hérodote parle des Agathyrses, comme d’un peuple très-mou. Le même Auteur les appelle Χρυσοφόροι, gens qui portent de l’or ; & S. Jérôme assure qu’avec beaucoup d’or, les Agathyrses n’avoient ni avarice ni envie. Virgile dit qu’ils étoient peints, Pictique Agathyrsi ; ce que quelques Commentateurs expliquent des habits de différentes couleurs dont ils se vêtoient ; & d’autres, de ce qu’ils se peignoient le corps & les cheveux.

Je trouve trois différentes opinions sur l’origine du nom des Agathyrses. Car 1°. quelques-uns prétendent qu’ils le tenoient d’un Agathyrse fils d’Hercule, & c’est l’opinion d’Etienne le Lybien. 2°. Pisandre dans Suidas prétend qu’il vient de ἀπὸ τῶν θύρσον τοῦ Διονυσῖου, ch. 8. des Thyrses de Bacchus. 3°. Bochart, dans son Phaleg. Liv. 3, ch. 2, prétend sur la ressemblance de la troisième partie de ce nom, que ce sont les descendans de Thiras fils de Japhet, Gen. X. 2, aussi-bien que les Thraces, dont ils étoient voisins.

AGATIS. s. m. Terme des Eaux & Forêts. C’est le dégât, ou dommage, fait & causé par des bêtes. Ragueau. Damnum à pecoribus illatum. Voyez la Coutume d’Angoumois.

AGAVÉ. s. f. Fille de Cadmus & d’Harmonie, épousa Echion, & fut mere du malheureux Penthée.

☞ AGAGES. Sauvages de l’Amérique méridionale, dans le Paraguai, le long de la rivière de ce nom, ne vivant que de ce qu’ils peuvent voler à leurs voisins.

AGD.

AGDE. Agatha. Ville de France, dans le bas Languedoc, sur la rivière d’Eraut. Elle a un évêché, dont le diocèse est le plus petit du royaume après Bethléem, n’ayant que dix-neuf paroisses. Agde, dit Strabon, livre 4, est une colonie des Marseillois, & l’on prétend qu’ils la bâtirent en mémoire de quelque victoire, comme ils avoient bâti Nice en mémoire de l’avantage qu’ils remporterent sur les Liguriens. Dans une ancienne notice de la Gaule, Agde tient le cinquième lieu entre les villes de la première Narbonnoise ; mais dans une autre plus ancienne, & qui semble être faite sous l’empire d’Honorius, il n’en est point parlé, peut-être, parce qu’elle n’avoit point encore d’évêché ; car on ne trouve point d’évêque d’Agde avant l’an 506 de Jésus-Christ, qu’on y tint un Concile. On lit dans Pline, Agathopolis Massilliensium, parce que ce sont les Marseillois qui ont bâti Agde. Chorier.

La différence du méridien d’Agde à celui de Paris est, selon M. Cassini, 0°. 4’. 33″. orient, ou 1°. 8’. 15″. c’est-à-dire, 20° 59’. 18″, de longitude. & 43°. 19’. 0. de latitude nord. Selon l’Académie de Montpellier, longitude, 21°. 1’. 3″. latitude 43°. 18’. 0″. La tour d’Agde, 20°. 59’, 3″. & 43°. 18’. 34″. Cassini.

AGDESTIS, ou AGDISTIS. s. f. Nom de la mere des Dieux ou de Cybéle, selon Strabon (l. 10.) & Tome I. Hésychius. Il y avoit une montagne de ce nom dans la Phrygie près de Pessinunte, où Cybéle étoit particulièrement honorée ; & c’est de-là sans doute qu’on la nomma Agdestis. Mais voici ce qu’on imagina, afin qu’il y eût en cela du merveilleux, c’est Arnobe qui l’a rapporté, (l. 5). On supposa que la montagne dont je viens de parler s’appeloit Agde, & ce fut en détachant des pierres de cette montagne, que Deucalion & Pyrrha repeuplerent la terre. La mere des Dieux fut une des femmes à qui ils donnerent ainsi la naissance. Jupiter conçut de l’amour pour elle, & il en eut un enfant mâle qu’on nomma Agdestis, parce que la montagne d’Agde lui avoit servi de mere, & que c’étoit d’elle qu’il étoit sorti. Cet enfant devint illustre par sa force extraordinaire & par sa bravoure, mais il perdit bientôt ces avantages. Bacchus l’ayant surpris endormi, le mutila, & du sang qui coula de sa plaie, se forma une grenade, que Nana, fille du fleuve Sangarius, éprise de sa beauté, mit imprudemment dans son sein ; elle en devint grosse, & ce fut là ce qui procura la naissance à Atys, ce célébre amant de Cybéle ; mais Pausanias, (Achaïc. c. 17) lui donne une autre origine. Il dit que Jupiter pendant le sommeil répandit sur la terre de la semence qui fit naître un Génie (δαίμων) de figure humaine, mais androgyne, & ayant les deux sexes, il fut appelé Agdistis. Les Dieux, effrayés de la vue de ce monstre, lui couperent ce qui distingue l’homme de la femme. Ces parties produisirent un amandier, dont les fruits tenterent la fille du fleuve Sangarius ; elle en cacha dans son sein : ils disparurent, & cette fille conçut & mit au monde Atys, Attis, ou Attes.

AGE.

ÂGE. s. m. On écrivoit autrefois aage, ou eage. C’est la durée naturelle de chaque chose, & spécialement la durée ordinaire de la vie de l’homme. Ætas. L’âge de l’homme a été borné à 120 ans, en la Genèse, Ch. 6.

Âge, signifie aussi l’état de l’homme en certaines parties de sa vie, que l’on partage ordinairement en quatre âges différens, l’enfance, la jeunesse, l’âge viril & la vieillesse. L’âge d’innocence, l’âge tendre, c’est jusqu’à sept ans. Pueritia. L’adolescence, l’âge de puberté, c’est l’âge nubile au-dessus de quatorze ans. Adolescentia. La fleur de l’âge, c’est la jeunesse, jusqu’à 30 ou 35 ans. Juventus. La force de l’âge, l’âge mûr, l’âge viril jusqu’à 50 ans. Virilis ætas. Après quoi commence le déclin de l’âge, qui fait la vieillesse. Senectus. L’âge décrépit, c’est au-dessus de 75 ans ; c’est le dernier âge de la vie. Decrepita, exacta, extrema ætas. L’âge d’homme, c’est l’âge ordinaire de la vie des hommes, de 50 ou 60 ans. Jamais on n’est dans un âge trop avancé pour étudier, ou pour apprendre, disoit S. Augustin, écrivant à S. Jérôme. Ætas nulla ad discendum sera.

En parlant des chemises & des souliers qu’on donne aux petits enfans, on dit, des chemises, des souliers du premier âge. Acad. Fr.

Âge. Ce mot étant employé absolument, signifie, vieillesse. Senectus. Etre sur l’âge, c’est être avancé en âge. Etre sur le penchant de l’âge ; être sur le retour de l’âge ; tout cela signifie, être vieux.

On ne voit pas mes pas sous l’âge chanceler.

Boil.

Etre entre deux âges, c’est n’être ni jeune ni vieux. Ætas media. Etre dans le bel âge, c’est être jeune, c’est être dans l’âge des plaisirs.

Pendant une aimable jeunesse,
On n’est bon qu’à se divertir ;
Et quand le bel âge nous laisse,
On n’est bon qu’à se convertir. La Sabl.

Âge, signifie aussi le temps qu’il y a que l’on est au monde. Nous sommes de même âge. Le secret de l’âge est le seul que les femmes gardent inviolablement. Tibère avertit le Sénat de ne point enorgueillir les