Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/193

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mence. Tournefort. Boerhaave lui attribue les propriétés de l’aigremoine.

AGRIONIES. s. f. pl. Fêtes en l’honneur de Bacchus, surnommé Ἀγριώνιος, c’est-à-dire, sauvage, féroce ; aussi le char de ce Dieu étoit-il tiré par des tigres. Cette fête se célébroit en Béotie. Plutarque est le seul que nous connoissions qui en ait parlé, (in Anton.) Les femmes s’assembloient pendant la nuit, & cherchoient Bacchus avec empressement, comme s’il leur eût échappé, & au retour elles disoient, comme pour se consoler, qu’il étoit allé se cacher chez les Muses ; ce qui signifioit que l’étude des sciences est capable d’adoucir l’humeur la plus féroce. Après cela, ces femmes se donnoient un grand festin entre elles, & à la fin du repas, elles se proposoient les unes aux autres des griphes & des énigmes. (Sympos. L. 8. Quæst. I.) Leur recherche étoit précédée d’un sacrifice fait à leurs frais. Ce qu’il y avoit de propre à la ville d’Orchoméne, c’est que les femmes d’une famille devenue odieuse par une action barbare, étoient exclues de la fête, & devoient s’éloigner des lieux où les autres femmes avoient résolu d’aller. Celles-ci marchoient, ayant à leur tête le prêtre de Bacchus, l’épée à la main, & s’il rencontroit quelques-unes des Eolée, Αἰολεῖαι, (car c’est ainsi qu’on appeloit les femmes exclues) il pouvoit la tuer. Il y en eut une de tuée du temps de Plutarque, & les Orchoméniens n’y trouverent point à redire ; mais les Romains, qui pensoient autrement que les Grecs, ne voulurent point souffrir de pareils jeux, & condamnerent la ville d’Orchoméne à une grosse amende. (Quæst. Græc.) On employoit dans cette fête beaucoup de lierre, plante consacrée à Bacchus. L’intempérance y triomphoit. Un jour les filles de Mynias, transportées de la fureur du Dieu, massacrerent Hippasus, fils de Leucippe, & le servirent sur leur table. Leur famille fut exclue pour toujours de cette fête. Plutarque parle des Agrionies à la fin des Questions Romaines, ou Meursius a très-bien corrigé le texte de cet auteur, où on lit καὶ οὔτ´ ἐν Ἥρας Ἀθήνησιν οὔτε Θήβησιν ἐν Ἀφροδίτης ἴδοι τις ἂν κιττόν ἄγριον ἰδοις δὲ καὶ Νυκτελίοις. Et où il faut lire, ἴδοι τις, ἂν κιττόν. Ἀγριωνίοις δὲ καὶ Νυκτελίοις. Ainsi il ne faut pas traduire, comme a fait Amyot : & pourtant ne voit-on jamais ès sacrifices & cérémonies de Junon à Athènes, ni de Venus à Thèbes, du lierre sauvage ; mais bien en voit-on ès sacrifices qui se font de nuit. Il falloit ôter sauvage, & dire, mais bien en voit-on aux Agrionies, & aux sacrifices qui se font de nuit.

AGRIOPHAGE. s. m. & f. Agriophagus. Qui vit de bêtes féroces ou sauvages. Ce mot est grec, composé de ἄγριος, sauvage, féroce, & φάγω, je mange. On l’a donné à quelques peuples, vrais ou fabuleux, qui ne se nourrissoient que de chair de lions & de panthères. Solin, C. 33, & Pline, Liv. v. C. 30. met des Agriophages dans l’Ethiopie, & Ptolémée en met dans l’Inde, en deçà du Gange. On les appelle aussi Moscophages.

AGRIPAUME. s. f. Cardiaca, Agripalma. Plante qui croît dans les chemins, près des masures, & qu’on a nommée Cardiaca, à cause qu’on a cru qu’elle étoit bonne pour les maladies du cœur, telles que la palpitation, les défaillances, &c. Sa racine est fort fibreuse, ses tiges sont droites, carrées, & s’élevent depuis trois jusqu’à cinq pieds ; elles sont garnies de feuilles opposées deux à deux, arrondies, découpées assez profondément, dentelées à leurs bords ; d’un vert obscur, & un peu velues. Celles du bas sont semblables à celles de l’aconit, & de la renoncule, au lieu que celles du bout des tiges vont toujours en s’étrécissant, perdent de leur rondeur, & deviennent étroites & dentelées. Ses fleurs sortent de la base des feuilles ; elles sont purpurines, formées en gueule, ayant la lèvre supérieure pliée en gouttière, & plus longue que l’inférieure, qui est partagée en trois. Chaque fleur est renfermée dans un calice en forme de cornet : dans le fond sont contenues quatre semences anguleuses.

AGRIPPA. Voyez Agrève.

Agrippa. Nom que l’on donnoit anciennement aux enfans qui venoient au monde dans une attitude autre que la naturelle, & spécialement à ceux qui étoient venus les pieds devant : ainsi nommés, dit Pline, parce qu’ils étoient ægrè parti, venus au monde avec peine. Ce nom a été à Rome un nom, puis un surnom d’hommes : on l’a ensuite féminisé en Agrippina.

☞ Il y a plusieurs Agrippas célèbres dans l’Histoire.

☞ AGRIPPER. v. a. Saisir avidement. Arripere. Il agrippe tout ce qu’il trouve.

s’Agripper. v. récip. Signifie se prendre avec la main, s’accrocher.

AGRIPPÉ, ÉE. part. Arreptus.

Le Mousquetaire habile à déguerpir ;
Saute par la fenêtre, ouvre & s’agrippe : en somme,
S’élance comme il peut en bas,
Et tombe dessus un pauvre homme.

M. De Thémiseul

☞ Les Vocabulistes nous présentent le verbe agripper comme un terme très-familier. Ils auroient dû dire, bas & trivial.

AGRIPPEUR. s. m. Jean le Maire, dans l’Amant vert, emploie ce mot ; pour dire, un mâtin. Borel.

Ces mots viennent du grec γριπέυειν qui signifie piscari, pêcher ; & de γρίπος, aussi grec, qui signifie un filet pour prendre des poissons.

AGRIPPINIEN, ENNE. s. m. & f. Nom de secte. Agrippinianus, a. Peu après le commencement du IIIe siècle, vers l’an 217. Agrippin, Evêque de Carthage, s’infatua du dogme de la rébaptisation des hérétiques, ou de la réitération du baptême conféré par les hérétiques. Il ne se contenta pas de penser ainsi, il voulut introduire ce dogme dans l’Eglise, & pour cela il assembla un concile des Evêques d’Afrique & de Numidie, & l’y fit décider. Il fut donc l’auteur de l’hérésie des Rebaptisans, & c’est pour cela qu’on donna à ces hérétiques le nom d’Agrippiniens. Voyez Saint Cyprien, Ep. 71. Baronius & Sponde, à l’an 217 de J. C.

AGROPILE, AGAGROPILE. Voyez Egagropile.

AGROTÈRE. adj. f. Terme de Mythologie. Surnom de Minerve, que les Athéniens regardoient comme la protectrice de leurs campagnes. Agrotera. On faisoit tous les ans en l’honneur de cette Déesse un sacrifice de cinq cens boucs, selon Xénophon. (Expedit. Cyri) Voici à quelle occasion ce sacrifice fut établi. Darius, roi des Perses, ayant fait une irruption dans l’Attique, Callimaque, qui faisoit alors l’office de Polémarque, fit vœu à Minerve, que si les Athéniens, sous sa protection, remportoient la victoire, on lui immoleroit un nombre de boucs égale à celui des ennemis qui resteroient sur le champ de bataille. Minerve reçut favorablement la prière de Callimaque, & procura la victoire aux Athéniens. Mais le nombre des ennemis tués dans le combat fut si grand, que les Athéniens ne purent trouver assez de boucs & de chèvres pour acquitter leur vœu. Cependant, afin que la Déesse n’y perdît rien, on fit une loi qui portoit qu’on immoleroit tous les ans cinq cens de ces animaux, jusqu’à la concurrence du nombre des Perses qui avoient perdu la vie dans cette célèbre journée. Potterus, Archæol. Græc. L. 2, C. 20.

AGROTÈS. s. m. Terme de Mythologie. Nom d’un Dieu particulièrement révéré des Phéniciens. On le portoit en procession le jour de sa fête, dans une niche couverte sur un charriot traîné par différens animaux.

AGROUPER, GROUPER, v. a. L’un & l’autre se disent en termes de Peinture. Voyez Grouper.

AGU.

☞ AGUANA. Royaume. Voyez Agwana

AGUAPA. s. m. Sorte d’arbre des Indes occidentales, dont l’ombre est si dangereuse, que s’il arrive à quelqu’un de s’endormir sous cet arbre, il enfle, dit-on, d’une manière extraordinaire.

AGUARAPONDA. s. f. Viola spicata Brasiliana. C’est une plante du Brésil, haute d’un pied & demi & plus, qui pousse une tige lisse, ronde, verte, & pleine de