Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/218

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suivant l’art. 9 du tit. 2 de la nouvelle Ordonnance.

Ajournement, se dit en Angleterre, d’une espèce de prorogation, par laquelle on remet la séance du Parlement à un autre temps, toutes choses demeurant en état.

Ajournement, se dit figurément des avertissemens qui nous font souvenir de la mort, & des jugemens de Dieu. Malgré tant d’ajournemens subits devant le tribunal divin, dont nous sommes témoins, nous vivons avec sécurité, sur la périlleuse espérance d’un temps de préparation, qui, peut-être, ne nous sera jamais donné. Le P. Gail.

☞ On peut abandonner le mot d’ajournement aux gens de Palais. Ajournement devant le Tribunal Divin, dans le style noble, vraie capucinade.

AJOURNER. v. a. Assigner quelqu’un pour comparoître en Justice à un certain jour. Diem dare, dicere. Il a été ajourné à quinzaine, au mois, au Parlement, au Conseil. On n’ajourne point les témoins pour déposer, on ne fait que les assigner ; & en Cour ecclésiastique on dit citer.

Ménage dérive ce mot de adjurnare, comme qui diroit, diem dicere, qui se trouve en cette signification dans les Capitulaires. Il signifioit anciennement, que le jour étoit venu ; nous en avons perdu la naïveté pour la tourner en chicane. Pasq.

Ajourner à trois briefs jours, c’est crier à son de trompe, ou à cri public, qu’il y a un décret contre quelqu’un ; après qu’on a fait perquisition de sa personne, afin qu’il ait à comparoître dans les trois jours en justice : à faute de quoi on lui doit faire son procès par contumace.

Ajourner, vouloit encore dire autrefois, se faire jour. Il est employé, en cette signification, dans Perceval, le Roman d’Alexandre & Pasquier ; & dans le Roman de Pépin, Ajourner veut dire, que le jour, ou l’aurore commence.

AJOURNÉ, ÉE. part.

☞ AJOUTAGE. s. m. Ce mot signifie une chose ajoutée une autre. Adjunctio, additamentum. Cette conduite de plomb étoit encore soudée par des ajoutages de pareille matière de toise en toise, qui faisoient un bourlet à cette distance. Gaultier qui écrit adjoutage.

☞ AJOUTER. v. a. Addere, adjungere. Nicot dérive à ce mot de ad & de juxtà ou d’adjungo. C’est joindre des choses différentes, ou qui, si elles sont de la même espèce, sont jointes de façon qu’on les distingue encore l’une de l’autre, après qu’elles sont jointes. M. l’Abbé Girard a dit très-heureusement ; bien des gens ne font pas scrupule, pour augmenter leur bien, d’y ajouter celui d’autrui. On ajoute une seconde mesure à la première, & un nouveau corps de logis à l’ancien. On ajoute un passage à un livre, un mot à ce que l’on a dit, une raison à celles qu’on a déjà alléguées. En un mot on ajoute une chose à une autre : au lieu qu’on augmente la même.

On dit quelquefois, pour faire une transition à une dernière raison : Ajoutez à cela que, &c. Je n’ajoute qu’un mot ; Je finis. On dit aussi simplement, vous ajoutez ; pour dire, vous y mettez ce qui n’y est pas ; Vous dites plus qu’il y en a. Je n’ajoute rien ; c’est-à-dire, je rapporte les choses comme elles sont. Je n’ajoute rien à la vérité. Il n’y a rien à ajouter à ce que vous dites, à ce que vous faites ; pour dire, vous parlez & vous agissez parfaitement bien. Ajouter au conte, & ajouter à la lettre ; pour dire, l’amplifier par des circonstances inventées. Acad. Fr.

Ajouter créance, ajouter foi à quelqu’un ; c’est-à-dire, croire son témoignage, croire ce qu’il dit. Fidem habere, adjungere. Toutes les sentences finissent ainsi : Et afin que foi soit ajoutée aux présentes, nous y avons fait apposer notre scel.

Ajouter, est toujours actif ; augmenter est d’usage dans le sens neutre comme dans le sens actif. Notre ambition augmente avec notre fortune : nous ne sommes pas plutôt revêtus d’une dignité, que nous pensons à y en ajouter une autre.

☞ Les grands Vocabulistes, pour caractériser ce verbe, se contentent de nous dire qu’ajouter, c’est joindre une chose à une autre. Notion peu exacte. Ils auroient dû dire avec M. l’Abbé Girard, que c’est joindre des choses différentes, ou qui, si elles sont de même espèce, ne sont point confondues ensemble, & se distinguent encore l’une de l’autre après leur jonction.

AJOUTÉ, ÉE. part.

Ajoutée, s. f. en termes de Géométrie, est une ligne prolongée, & à laquelle on ajoute quelque chose. Adjuncta. Ainsi c’est un axiome, que si à des grandeurs égales, on ajoute des grandeurs inégales, l’excès de toutes sera le même, que l’excès des ajoutées. Roh. C’est un autre axiome, que si une grandeur est double d’une autre, & l’ajoutée de l’ajoutée, le tout sera double du tout. Id.

AJOUTRE. nom propre. Adjutor. Saint Adjuteur que le peuple appelle vulgairement S. Ajoutre, & en quelques endroits S. Ustre, s’étant croisé avec la noblesse Françoise, alla à la guerre-sainte contre les Sarrasins, commandant une Compagnie de 200 hommes. Baill. Ce nom s’est formé du latin, & signifie, celui qui aide, qui secourt.

☞ AJOUX. s. m. Chez les Tireurs d’or, sont deux lames de fer entre lesquelles sont retenues les filières & les précatons.

AIP.

AIPLOMAY. Nom d’homme. Apollinaris. C’est ainsi que dans le diocèse de Valence, le vulgaire appelle par corruption, S. Apollinaire Evêque de cette ville. Baill. 5 Octobre. Il ne faut point appeler ainsi les autres Saints de même nom ; l’usage n’a point corrompu leur nom de même.

AIQ.

AIQUE. Vieux s. f. Eau, rivière.

AIR.

AIR. s. m. Corps léger, fluide & transparent, qui environne le globe terrestre. Aër. Ce mot Air vient du latin aër, qui signifie la même chose, & qui s’est formé du grec ἀήρ qui est aussi la même chose ; mais sur l’origine duquel les opinions sont partagées, même parmi les Grecs. Platon en rapporte trois : la première le fait venir d’αἴρω, tollo, j’emporte, quia αἴρει τὰ ἀπὸ τῆς γῆς, il emporte, il enlève ce qui est sur la terre ; la seconde de ἀρὶ toujours & ῥέω, je coule, parce que l’air est toujours fluide ; & la troisième de ῥέω encore, mais parce que c’est sa fluidité & son mouvement qui fait le vent. Un vieux Lexique le tire de l’α privatif, & de ὁράω, je vois : Henri Etienne a trouvé cette étymologie très-fausse ; Constantin ne l’a point méprisée. Pour la confirmer il dit, ce qui est vrai, que l’air n’a point de lumière de lui-même, qu’il n’est éclairé que par les astres ; que ἀήρ se prend souvent chez les Grecs pour les ténèbres. Cela est encore certain ; on peut le voir dans Hésiode, dans Théocrite, &c. D’autres en plus grand nombre le dérivent de ἄω, flo, je souffle, & Henri Étienne d’ἄημι, qui a la même signification. Mais dans ce sentiment on ne sait d’où vient le , dernière lettre d’ἀήρ. J’aimerois mieux le faire venir de αἴρω ; ensorte qu’il signifiât une chose légère, qui s’élève au-dessus des autres, ou peut-être de l’hébreu אור lumière, parce que de tous les corps, c’est celui qui reçoit le plus la lumière, & qu’il nous la transmet. De plus, אור s’est dit des influences des nuées, de la pluie, des exhalaisons, comme les Hébreux le prétendent sur Job, XXXIII 11. 21. & XXXIV. 30. & Ps. CXXXVIII. 11. Il a bien pû se prendre aussi pour l’air, sur-tout en passant dans une autre langue. Le P. Pezron prétend, mais sans preuves, dans l’Ant. de Celt. qu’aër est un ancien mot Celtique, duquel vient le grec ἀήρ, le latin aër & le françois air. L’air se divise en basse, en moyenne, & en suprême région. La région basse, ou inférieure de l’air, est celle que nous habitons, & que l’on borne par la réflexion des rayons du soleil. Elle est tantôt froide, tantôt chaude, suivant la diversité des climats, & des saisons. La moyenne région de l’air, est l’espace d’air depuis le