Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/278

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ALPHABET. s. m. Disposition par ordre des lettres d’une langue. Litterarum elementa, Litteræ. Alphabet latin, françois, grec. Cette lettre n’est point dans notre alphabet. Ce mot vient de ce que l’alphabet des Grecs commençoit par alpha, beta ; noms des deux premières lettres qu’ils avoient prises des Hébreux, chez qui elles s’appellent aleph, beth. Il y a dans Bouteroue, Rech. Cur. des Monn. de France, p. 157, un Alphabet gaulois tiré des légendes de leurs monnoies, dont les caractères sont fort différens de ceux dont on use à présent.

l’Alphabet françois, selon quelques-uns, est composé de 23 lettres ; selon d’autres, de 25, A, B, C, D, E, F, G, H, I, J, K, L, M, N, O, P, Q, R, S, T, U, V, X, Y, Z. Grégoire de Tours raporte que le Roi Chilperic voulut transporter dans l’alphabet toutes les lettres doubles des Grecs : ϑ, φ, χ, ξ, ψ, afin de représenter par un seul caractère th, ph, ch, cs, ps. Cet usage ne dura qu’autant que son règne. Pasquier prétend que l’alphabet françois est composé de 25 lettres parce qu’il y ajoute ces deux lettres doubles, & pour et, & 9 pour us : mais ce ne sont que des abréviations. M. l’Abbé Dangeau prétend, avec beaucoup plus de fondement, que nous avons 34 sons différens dans notre langue, et que conséquemment notre alphabet devroit être composé de 34 caractères différens, en retranchant même nos lettres doubles qui sont x & y, & une superflue, qui est le q. Rien n’est plus exact ni plus savant en fait de Grammaire, que ce que cet illustre Académicien en a écrit dans ses Essais de Grammaire. Voyez ce que nous en dirons au mot LETTRE. Le P. Bussier, dans sa Grammaire, a suivi le sentiment de M. l’Abbé Dangeau, à cela près qu’il n’admet que 14 voyelles, au lieu que M. l’Abbé Dangeau en admet 15 ; car il ne distingue point l’au de l’o, & réduit par-là notre alphabet à 33 lettres. Voyez au mot lettre, au mot consonne, & au mot voyelle. Au reste, quoique ces Auteurs aient raison, néanmoins le mot alphabet ne se prenant que pour des lettres écrites, ou les caractères dont on écrit les mots d’une langue, il est toujours vrai que le nôtre n’a que 22 caractères pour exprimer ces 33 ou 34 sons. Les autres langues n’ont pas toutes le même nombre de lettres dans leur alphabet. L’alphabet hébreu, le chaldéen, le syrien, le samaritain, ont 22 lettres; l’arabe 28 ; le persan 31; le turc 33 ; le Géorgien 36 ; le cophte 32 ; le moscovite 43 ; le grec 24 ; le latin 22 ; le sclavon 27 ; l’allemand, le flamand, l’anglois 26 ; l’espagnol 27 ; l’Italien 20 ; les Indiens de Bengale 21 ; les Bramans 19. Les Chinois n’ont point d’alphabet comme nous, qui contienne les élémens & comme les principes des paroles. Leurs lettres sont des hiéroglyphes, & l’on en compte plus de 80 000. Le P. Le Comte. On ne doit pas au reste être étonné du petit nombre de lettres qu’il y a dans l’alphabet de la plupart des langues : on pourroit encore retrancher les lettres doubles, comme inutiles, & ne donner que 24 lettres à un alphabet ; & ces 24 lettres combinées entr’elles donneroient un nombre de mots qui passe de beaucoup le nombre des mots des langues que nous connoissons. M. Prestet en a fait la supputation dans ses nouveaux Elémens de Mathématiques, & il a trouvé que toutes les combinaisons de 24 lettres prises seules d’abord, & ensuite deux à deux, trois à trois, & ainsi de fuite jusqu’à vingt-quatre, font le nombre suivant :

1391724288887252999425128493402200.

On peut exprimer ainsi par paroles la valeur de ces 34 chiffres, un million trois cent quatre vingt-onze mille milliards de milliards de milliards, sept cent vingt-quatre milliards de milliards de milliards, deux cent quatre-vingt-huit millions de milliards de milliards, huit cent quatre-vingt-sept mille milliards de milliards, deux cent cinquante-deux milliards de milliards, neuf cent quatre-vingt-dix-neuf millions de milliards, quatre cent vingt-cinq mille milliards, cent vingt-huit milliards, quatre cent quatre-vingt-treize millions, quatre cent deux mille deux cens mots, ou combinaisons de 24 lettres. Sur quoi il faut remarquer que chaque combinaison peut faire un mot, lors même que dans la combinaison il ne se trouve point de voyelle ; parce que dans la prononciation on insère imperceptiblement notre e muet entre les consonnes, ou après la seconde, s’il n’y en a que deux de suite à la fin du mot ; sans cela la dernière seroit inutile & ne seroit point entendue. On peut remarquer l’usage de cet e muet dans la langue allemande & dans la langue arménienne, dont la plupart des mots ont plusieurs consonnes de suite. Il faut ajouter que chaque lettre seule fait un mot ; ce que l’on comprend aisément si cette lettre est voyelle, puisque α, η, ω, sont des mots dans la langue grecque ; a, e, o en sont dans la latine ; a, o, y en sont dans la langue françoise ; a, e, i ; o, dans l’italienne ; a, y, dans la langue espagnole ; a, o, dans la langue portugaise ; i, o, dans la langue angloise ; o dans presque toutes les langues, même dans l’allemande & la suédoise. Une consonne seule peut aussi faire un mot, en mettant après elle, dans la prononciation un e muet. Enfin quand on retrancheroit une grande partie des combinaisons possibles des vingt-quatre lettres, il en resteroit encore un nombre immense. Il y a dans la Bibliothèque du Roi un ouvrage arabe intitulé Sephat Alacham, qui comprend plusieurs différentes sortes d’alphabets imaginaires, que l’Auteur distingue en prophétiques, mystiques, philosophiques, magiques, talismaniques, &c. d’Herb. M. Lodwick a donné l’essai d’un Alphabet universel, que l’on trouve dans les Transactions philosophiques, T. III. p. 373 & suiv.

☞ On donne aussi le nom d’Alphabet à un petit livre imprimé, qui contient les lettres de l’Alphabet & les premières leçons qu’on donne aux enfans qui apprennent à lire. Abecedarium, elementa. J’ai acheté un Alphabet pour cet enfant.

On dit, Être encore à l’alphabet ; pour dire, Etudier encore le petit livre qu’on donne aux enfans pour apprendre les lettres. Elementarius. ☞ On dit d’un homme qui n’a que les premiers commencemens d’une science, qu’il n’en est encore qu’à l’alphabet ; & d’un homme qui n’a pas les premiers principes d’une chose dont il parle, qu’il faut le renvoyer à l’alphabet. Acad. Fr.

Alphabet, se dit aussi des ferremens ou poinçons qui servent aux Doreurs, aux Graveurs & autres Ouvriers, pour marquer, graver, ou imprimer les caractères, ou les lettres qui sont sur leurs pointes.

Alphabet, en termes de Polygraphie, est le double du chiffre que garde par devers soi chacun des correspondans, qui se doivent écrire secrètement : c’est un alphabet où les lettres ordinaires sont disposées par ordre ; & vis-à-vis, ou au-dessous sont les caractères secrets qui y répondent ; les nulles, ou lettres inutiles, ou les autres marques qui servent à rendre indéchiffrable.

On donne le nom d’alphabet à plusieurs livres. Postel imprima un alphabet de douze langues. Plusieurs ont donné des alphabets grecs ou hébreux. L’Alphabet de la France est un livre de Géographie de France. L’Alphabetum Augustinianum est une Histoire de tous les Monastères des Augustins par ordre alphabétique.

Alphabet, s. m. Les Marchands, Négocians, Banquiers & Teneurs de livres, appellent ainsi une espèce de régistre composé de 24 feuillets, cotés & marqués chacun en gros caractère d’une des lettres de l’alphabet, suivant l’ordre naturel, en commençant par A, & finissant par Z.

ALPHABÉTIQUE. adj. de t. g. Qui est selon l’ordre de l’alphabet. Quod litterarum seriem, ordinem servat. Table alphabétique. ☞ On nous fait remarquer que le grand Vocabulaire françois présente les mots par ordre alphabétique. Il a cela de commun avec les autres Dictionnaires.

ALPHÆNIX. s. m. C’est le sucre d’orge blanc, ou sucre tors, auquel on donne un nom extraordinaire pour le faire valoir.

ALPHALTE. Voyez Asphalte. C’est ainsi qu’il faut dire.

ALPHANET. s. m. Oiseau de proie qui s’apprivoise &