Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/357

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palmiers. Il y a dans l’orgue des jeux d’anches faits en forme de demi-cylindre, dont la partie concave est couverte d’une languette, ou lame de laiton plate, mobile & tremblante, qu’on appelle échalotte. On la fait entrer dans le noyau du tuyau qu’on perce exprès de la même grosseur. Elle sert à baisser, ou à hausser le ton des tuyaux par le moyen d’un fil de fer, qui fait le même effet que les chevilles avec le marteau à tendre les cordes, parce qu’on l’ouvre, ou on la ferme par le moyen d’un fil de fer qu’on nomme rasette, le mouvement, le ressort, ou le gouvernail, lequel selon qu’il presse plus ou moins la languette, fait faire au tuyau des sons plus graves, ou plus aigus. On fait les anches des tuyaux d’orgues, de cuivre ou de métal. L’anche dans les orgues est appelée régale, quand elle joue seule & sans être enfermée dans un tuyau. L’anche des haut-bois & des orgues sont différentes, en ce que l’anche des haut-bois est faite de feuilles de palmier, & celles des orgues est de cuivre. Elles ont cela de commun, que le son qu’elles rendent est produit par le mouvement frémissant des deux parties dont elles sont composées, & que l’air secoue en passant entre deux. Perraut.

Ce mot vient du grec ἄγχω, qui signifie, suffocare, parce que l’anche fait une espèce de suffocation de voix.

Anche, terme de Meunier, se dit du conduit de bois par où tombe la farine dans la huche d’un moulin.

Anche & Ancheau, se disoient autrefois pour cuve. Borel.

ANCHÉ. adj. m. Terme de Blason, qui se dit d’un cimeterre recourbé. Recurvus.

ANCHE. s. f. C’est en Champagne la même chose que Champeleure en Normandie. Voyez Champeleure.

ANCHEDIVE, ou ANGADIVE. Petite île de l’océan Indien. Angediva, Angadica. Elle est à dix ou douze lieues au midi de Goa, sur la côte du royaume de Décan.

ANCHER. v. a. Terme de Musique. Garnir un instrument de ses anches. Lingulis instruere. Il y avoit autrefois à Mâcon un nommé Ponthus, qui a été un des plus rares ouvriers de son temps, & qui avoit un talent tout particulier, & que je n’ai point remarqué en aucun autre, pour ancher proprement & délicatement une musette. Anonyme, Traité de la Musette, P. I. C. 14.

ANCHIALE. s. m. Anchialus. Est-ce, ou n’est-ce pas le nom d’un Dieu ? Martial donne occasion à ce doute, dans la 95e Epigr. de son Liv. XI, où parlant à un Juif, il dit :

Ecce negas, jurasque mihi per Templa tonantis.
Non credo : jura, verpe, per Anchialum.

« Tu nies le fait, & tu jures par les Temples du Dieu du tonnerre. je ne te crois point : jures par Anchiale. »

I°. Anchiale est le nom de deux guerriers dans Homère. Mais ni l’un ni l’autre ne peuvent avoir rapport au sujet dont il s’agit.

II°. Anchiale est le nom de trois villes dans l’antiquité, & de villes maritimes, selon la signification de ce nom, qui est composé de ἄγχι, propè, & ἅλς, mare. Il y en avoit une dans l’Epire, une dans la Thrace, & une dans la Cilicie. Ovide, I. Trist. appelle la seconde, Ville d’Apollon. Mais il ne s’ensuit pas qu’on l’ait jamais prise à témoin de la vérité des faits qu’on avançoit, & on ne voit point pourquoi Martial voudroit que son Juif jurât par cette ville, plutôt que par Jupiter. Il n’en est pas de même de l’Anchiale de Cilicie. Athénodore dit qu’elle avoit été bâtie par Anchiale, fils de Japhet ; ce qui pouvoit lui attirer quelque respect de la part des Juifs, si cela étoit vrai. Mais Diodore de Sicile, Strabon, Pline, Clément Alexandrin, Athénée, disent que cette ville fut bâtie par Sardanapale, & que son tombeau y étoit.

III°. Scaliger, Proleg. ad Emendat. Temp. p. 4, est le premier qui ait tiré ce mot de l’hébreu. Il prétend que c’est חי אלה Chi-alah, c’est-à-dire, vive Dieu. D’autres y ajoutent אם Iim, si, אם חי אלה, si Dieu vit, formule de jurement parmi les Juifs, à ce qu’ils prétendent. D’autres mettent la négation אן au lieu de , non au lieu de si, & עליון Elion, c’est-à-dire, le Très-haut, au lieu de אלה, alah, Dieu, & prétendent que de-là Martial a fait Anchialus.

IV°. Selden soutient que per ne doit point se prendre pour une préposition latine ; que c’est un mot hébreu, יפרע חי עלם, que יפרע en hébreu signifiant Venger, iphrah Chi olam, veut dire ; Que celui qui vit éternellement tire vengeance. Mais les Romains en général, & en particulier Martial, n’étoient point assez instruits de la langue & des usages des Juifs, & ils les méprisoient trop, pour avoir pu tirer de-là Anchialus.

V°. Je connois un savant qui le tire de חנקי אל Chanahi el, c’est-à-dire, que Dieu m’étrangle : mais il faut encore trop d’érudition hébraïque pour cela.

VI°. Le Moine, dans ses Varia sacra, prétend que ce mot signifie Temple de Dieu, & que Martial compare le Temple du Dieu des Juifs à celui de Jupiter, par lequel ce Juif juroit. Le point est de savoir comment Anchiale peut signifier Temple de Dieu ; & sur cela Le Moine donne deux conjonctures. La première est que les Juifs avoient des oratoires ou espèces de petits temples proche des rivières, pour pouvoir faire leur purifications ; αἰγιαλός, qui signifie rivage, aura été pris pour un temple situé sur le rivage, & d’αἰγιαλός Martial aura fait Anchialus. La seconde conjecture est tirée de moins loin. היכל יה Hecal ia en hébreu signifie Temple du Seigneur. De-là Martial a forgé Anchialus. Mais tout cela suppose dans les Romains des connoissances qu’ils n’avoient pas, & que leur mépris pour les Juifs ne leur permettoit pas d’avoir.

VII°. Les anciens Commentateurs de Martial disent sans tant de façon, que le jeune homme qui étoit le sujet du différent entre Martial & le Juif, s’appeloit Anchialus. M. Morin, de l’Académie des Belles-Lettres, dans une Dissertation sur ce mot, & qui se trouve au Tome II. des Mémoires de cette Académie, pages 266 & suivantes, préfére ce sentiment à tous les autres, & y trouve beaucoup plus de sel.

VIII°. Je crois néanmoins qu’il faut le tirer de l’hébreu החי אלה Hachai eloah. Je ne fais point de חי un verbe, comme Scaliger, j’en fais un nom. Jamais il n’est verbe dans l’Ecriture, mais toujours nom. J’y joins le ה ou héémantique, c’est-à-dire, l’article ; ce double la lettre suivante. Il est vrai qu’il ne double pas les lettres aspirées ; telle qu’est le ח hhet qui suit ; au lieu de le doubler, il prend un point ou voyelle longue. Mais ce he passant dans les autres langues, reprend ses droits, & y double la lettre suivante, même aspirée. En syriac, au lieu de la doubler, on met quelquefois un נ n, ce qui montre que dans la prononciation cela revient à peu près au même, hacchai ou hanchai. Quoiqu’il en soit, cette lettre doublée, selon l’usage grec, la première a dû se prononcer comme un v ou n, de même que ἄγχι se prononce anghi & non pas agchi. En un mot ces prononciations étant fort connues des Romains, & la prononciation de ces mots hébreux étant presque la même, ou en approchant beaucoup, ils ont pu les confondre ; leur ignorance même de la langue des Juifs a pu leur servir à cela. Je suis donc persuadé que les Romains entendoient souvent prononcer aux Juifs החי אל ou החי אלה, selon le nouvel hébreu mêlé de chaldéen, & que les Juifs, quand on leur demandoit quel étoit leur Dieu, répondoient החי אל Hachai el, le Dieu vivant, par opposition aux Dieux des Romains, qui n’étoient que des idoles, des Dieux de pierre & de métal. Les Romains leur entendoient dire sans cesse, Notre Dieu est Hacchai el. Nous adorons Hacchai el, Hacchai el, le Dieu vivant. De-là Martial fit Anchialus, & il dit au Juif : « Malheureux, tu me fais des sermens qui ne sauroient t’obliger, puisque tu ne crois point Jupiter. Si tu veux que je te croie, jure par cet Hacchai el, ce Dieu vivant dont tu nous parles si souvent,