Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/375

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stance intérieure est blanche, molle, piquante au goût, âcre, un peu amère & fort aromatique. Ses feuilles sont fort amples, & comme composées de plusieurs petites feuilles rangées sur une côte branchue terminée par une seule feuille, crénelées sur les bords, molles, vert gai en dessus, plus pâles en dessous, & d’une odeur & d’un goût un peu forts & ambrés. Ces feuilles sont portées par des pédicules branchus, teints d’un peu de pourpre. La tige qui s’élève d’entre ces pédicules est haute de cinq a six pieds, creuse, légère, noueuse, branchue, cannelée, rouge à sa naissance, d’un vert pâle & cendré à son extrémité, & garnie de quelques feuilles beaucoup moindres que celles du bas : elle se termine en des ombelles de fleurs blanchâtres. Ses semences sont aplaties, presque ovales, légérement rayées sur le dos, & comme bordées par une aile très-mince. Ses feuilles, ses tiges & ses semences, ont une odeur fort agréable. On confit les pédicules de ses feuilles & de ses tiges ; elles sont stomachiques & alexitères ; ses racines entrent dans plusieurs compositions alexipharmaques. L’Angélique de Bohème est rangée parmi les impératoires, à cause que ses semences sont semblables à celles de l’impératoire ordinaire. On cultive l’angélique de Bohème, & elle périt aussitôt après qu’elle a donné des graines.

Angélique proprement dite, suivant M. Tournefort, est un genre de plante ombellifère, dont les semences sont longues, étroites, arrondies, & cannelées sur leur dos. Elle a comme l’impératoire, ses feuilles assez grandes, rangées sur une côte branchue, terminée par une seule feuille. Il y a plusieurs plantes qui se rangent sous ce genre, quoiqu’elles n’aient ni l’odeur de l’angélique de Bohème, ni même tout le port.

L’angélique a été ainsi appelée à cause des grandes propriétés qu’on lui attribuoit. C’est pour la même raison qu’on l’appelle encore Racine du Saint Esprit. La forme de ses fleurs s’appelle Ombelle. Umbella. Les Anglois usent des feuilles & de la racine d’angélique dans leurs sauces, parce qu’elle corrige les humeurs grossières, & l’haleine puante, & qu’elle aide beaucoup à la digestion.

Il y a une angélique d’Acadie nouvellement décrite dans les Mémoires de l’Académie des Sciences, qui a la fleur jaune, la racine noire & touffue, plusieurs tiges creuses, anguleuses, & hautes d’un pied & demi, avec des branches qui naissent des aisselles des feuilles. Chaque branche porte en son extrémité une petite ombelle composée de plusieurs bouquets de fleurs jaunes très-petites qui ont cinq feuilles, qui naissent d’un péricarde vert, gros comme la tête d’une épingle. Sa graine est brune, cannelée & semblable à celle du carvi. Cette plante est âcre, amère & aromatique, & a l’odeur fort différente de l’angélique ordinaire.

Eau d’angélique. C’est une essence qui se fait en prenant demi-once d’angélique, autant de cannelle, un quart d’once de girofle, autant de mastic, de coriandre & d’anis vert, & demi-once de bois de cèdre. On concasse tout cela dans un mortier. On le fait infuser pendant une nuit dans un pot d’eau de vie ; on la distille ensuite au bain-marie, & l’on met de cette essence sur un pot d’eau de vie, depuis une jusqu’à deux ou trois once ; on y met aussi de l’ambre, du musc & de la civette. Chom.

Angélique. s. f. Sorte d’anémone blanche à peluche gris de lin.

Angélique. Espèce de figue. L’angélique est violette & longue, peu grosse, la chair rouge, & passablement bonne. La Quint.

ANGÉLIQUEMENT. adv. D’une manière angélique. Il est peu d’usage. Acad. Fr.

ANGÉLITES. s. m. pl. Angelitæ. Hérétiques sectateurs de Sabellius, ainsi nommés à Aléxandrie du lieu où ils s’assembloient, qu’on appeloit Agellio, ou Angelio. C’est Nicéphore qui le dit, Liv. XVIII. ch. 49. Voyez le Glossaire de M. du Cange.

ANGÉLOLÂTRIE. s. f. Culte des Anges. Angelolatria. Terme dont se servent les Hérétiques, pour exprimer le respect que nous avons pour les Anges, que nous regardons comme des Médiateurs entre Dieu, & nous.

ANGELOT. s. m. Espèce de monnoie qui étoit en usage vers l’an 1240, & qui valoit un écu d’or fin. Il y en a eu de divers poids & de divers prix. Ils portoient l’image de Saint Michel, qui tenoit une épée à la main droite, & à la gauche un écu chargé de trois fleurs-de-lis, ayant à ses pieds un serpent. On en voyoit du temps de Louis XI. Il y en a eu d’autres qui avoient la figure d’un ange, lequel portoit les écus de France & d’Angleterre, battus du temps de Henri VI Roi d’Angleterre. Ils valoient quinze sols. Ils furent frappés pendant que les Anglois étoient maîtres de Paris. Le traité entre Henri VII, Roi d’Angleterre, & Anne, Duchesse de Bretagne, portent que les monnoies d’Angleterre auroient cours en Bretagne ; que le denier anglois y seroit mis pour la valeur qu’il avoit en Angleterre, qui étoit la 80e partie d’un Noble ou Angelot. Lobineau. Il y a encore dans ce traité, viginti grossi Angliæ valeant unum nobile vocatum Angelot ; par où il paroît que l’Angelot s’appeloit aussi Noble.

Angelot. Ce mot signifie aussi une espèce de petits fromages qui se font particulièrement en Normandie. On dit, les angelots du Pont-l’Evêque, les angelots du pays de Bray. Jacques Cahagne, dans ses Eloges des Citoyens de Caen, cité par M. Ménage, dans son Dictionnaire Etymologique, croit que ce fromage a été ainsi appelé, parce qu’il avoit la figure d’une monnoie d’Angleterre nommée Angelot ; pontem Episcopi illustrat, dit Cahagne, caseus, qui angelotus appellatur, quòd figuram nummi angelici cognominis exhibeat. Il y a de l’apparence que les Normans du pays de Bray & du Pont-l’Evêque auront pris ce mot des Anglois. M. de Bras croit qu’on dit angelot, pour augelot, & qu’on appelle ainsi cette espèce de fromage, parce qu’il se fait dans le pays d’Auge.

ANGELUS. s. m. Prière à la Sainte Vierge qui commence par le mot Angelus, & qui se fait trois fois le jour, lorsqu’on sonne trois petits coups de la cloche, & par trois fois, pour avertir de la faire. Salutatio Angelica. On appelle cela autrement le pardon, parce qu’on gagne des indulgences en la récitant : les petits coups que l’on sonne s’appellent aussi l’angelus. pulsus campanæ ad salutationem Angelicam. Voilà l’Angélus qui sonne ; disons notre Angelus. S. Ignace établit en son pays la prière qu’on nomme communément Angelus. Bouh. Louis XI ordonna dans son Royaume la Salutation Angélique, qui se dit le matin, à midi & le soir, au son de trois coups de cloche. C’est ce que nous appelons l’Angelus. Ce fut le premier de Mai 1472. Mezer. en la vie de Charles VIII. En 1316 Jean XXII avoit institué cette dévotion à la Sainte Vierge. De Roch. Ce fut lui (Louis XI) qui établit en France la coutume de sonner l’Angelus à midi. P. Dan. On commença vers l’an 1330 à sonner l’Angelus le soir avant que l’on couvrît le feu dans les familles, & il y avoit deux jours d’indulgence à gagner en disant trois Ave. Lobineau. Voyez les Statuts synodaux de Tréguier, de l’an 1329. La Faille dans ses Annales de la ville de Toulouse, p. 247 à l’an 1475, dit : la prière de l’Ave Maria fut instituée cette année. Le Pape, à la prière du Roi, accorde trois cens jours d’indulgence à tous les fidèles qui, aux trois coups de cloche qu’on sonnera à midi, diront trois fois à genoux l’Ave Maria pour la conservation de la personne du Roi & de son Royaume. Cette bulle fut suivie d’un édit du Roi : l’un & l’autre furent enregistrés dans toutes les Cours du royaume.

ANGEMME, ANGÈNE. s. f. ou ANGENIN. s. m. Terme de Blason, qui se dit d’une fleur factice & imaginaire, qui a six feuilles, qui ressemble à la quinte-feuille, à la réserve que ses feuilles sont arrondies, au lieu d’être pointues, comme celles de la quinte-feuille. Elles sont quelquefois percées ; ce qu’il faut expliquer en blasonnant. Plusieurs croient que ce sont des roses d’atour ou d’ornement, faite de rubans, de broderies ou de perles : & ce mot vient de ingemmare, italien, c’est-à dire, adornar di gemme. On les a encore nommées Achesmes, de azimare, coiffer. On dit en-