Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/379

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gloise. La Religion Anglicane, c’est la prétendue Réforme introduite par Henri VIII. Depuis que l’Angleterre avoit été convertie par le Moine S. Augustin qui y fut envoyé par S. Grégoire, & qu’il eut chassé l’idolâtrie, que les Saxons ou Anglois y avoient rappelée, l’Angleterre avoit été Catholique, jusqu’à se faire tributaire du S. Siége. Mais Henri VIII ayant fait dissoudre son mariage avec Catherine d’Arragon, pour épouser Anne de Boulen, & le Pape l’ayant excommunié, ce Prince changea la Religion, & premièrement il défendit, sous peine d’être traité de criminel de lèse-Majesté, de reconnoître l’autorité du Pape, & ordonna qu’on le reconnût lui-même chef de l’Eglise Anglicane, qu’on lui payât les annates & les décimes des bénéfices ; qu’on s’adressât à lui pour la décision des procès & la réforme des abus, & que le Pape ne fût plus appelé que l’Evêque de Rome simplement. Il se créa un Vicaire-général dans les affaires spirituelles & ecclésiastiques. Ce Vicaire, quoique laïque, fit des ordonnances qu’il appela Injonctions, auxquelles il assujettit les Prélats & tout le Clergé. Il présida au nom du Roi au synode que ce Prince assembla ; il n’y fut rien décidé contre la foi. Jusques-là ce n’étoit que schisme ; mais bientôt après l’hérésie s’y mêla. Le nouveau chef de l’Eglise soutint qu’il y avoit sept Sacremens, mais qu’il n’y en avoit que trois institués par Jésus-Christ ; le Baptême, l’Eucharistie, & la Pénitence ; que les autres avoient été ajoutés par l’Eglise. Il changea beaucoup de choses dans la Liturgie. Il ôta le nom du Pape du canon de la Messe, & y mit le sien. Il nia que la confession fût d’institution divine, quoiqu’il la crût nécessaire. Il laissa les prières pour les morts, & nia le purgatoire. Il prescrivit une nouvelle forme pour l’ordination des Evêques. Il défendit le mariage aux Prêtres, & le permit aux Religieux qui n’étoient pas Prêtres. Tel fut l’origine & le commencement de la Religion Anglicane. Sous le règne d’Edouard VI, fils de Henri VIII. Edouard Seimer, son oncle & son tuteur, hérétique Zuinglien, introduisit en Angleterre les Luthériens, les Zuingliens, & leurs erreurs. Elisabeth fit aussi différens réglemens, sur-tout pour la conservation de tout l’extérieur de la Religion, aussi-bien que Jacques I & Charles son fils ; desorte qu’en général on peut dire que les principaux points de la Religion Anglicane sont, 1°. De ne reconnoître point le Pape pour chef de l’Eglise ; de reconnoître au contraire le Souverain, quel qu’il soit, homme, femme, ou enfant, pour chef de l’Eglise d’Angleterre : 2°. De conserver la hiérarchie & les différens ordres de Ministres : 3°. De conserver la liturgie & le culte extérieur de Religion, quoique différemment des Catholiques : 4°. Outre les erreurs dont j’ai parlé, de rejeter le culte des Saints, la présence réelle, & de ne croire sur cela que ce qu’enseigne Zuingle, ou Calvin.

L’Eglise Anglicane, c’est la société des Anglois qui professent la Religion dont je viens de parler. L’Eglise Anglicane est composée du Roi, qui en est le chef, du clergé & du peuple. Le clergé comprend les Archevêques & Evêques, les Prêtres & les Diacres. Elisabeth n’admit aucun ordre inférieur au Diaconat. Il y a dans l’Eglise Anglicane différens bénéfices, des cures ou paroisses, des chapitres, des dignités dans ces chapitres, des canonicats, des chanoines, &c. Mais il n’y a point de religieux, quelque chose qu’Elisabeth ait fait pour tâcher d’en conserver. Cette Reine se vantoit d’avoir un clergé honorable, & non pas des Ministres affamés comme ceux de Genève. Jovet.

On dit encore le mot Anglican en toutes les autres choses qui concernent la Religion. La Liturgie Anglicane, un Rituel Anglican, un Prêtre de l’Eglise Anglicane, les Eglises Anglicanes, la doctrine de l’Eglise Anglicane.

ANGLICAN, ANE. s. m. & f. Celui ou celle qui professe la Religion établie en Angleterre par les lois. Les Anglicans se sont moins éloignés des Catholiques, que la plupart des autres Protestans. Tout ce qui n’est pas Anglican, s’appelle Non-Conformiste en Angleterre. Les Anglicans se nomment autrement Toris. Les partisans de l’Eglise Anglicane avoient conseillé au Roi Guillaume, de reconnoître le Duc d’Anjou ; & on assure que le Comte Godolfin, qui étoit alors dans les intérêts de l’Eglise Anglicane, dit au Roi en Novembre 1701, que si sa Majesté entreprenoit cette guerre, il seroit obligé de quitter son emploi, & de se retirer, ce qu’il exécuta peu de temps après. De la Chapelle. Le meilleur Historien que nous ayons sur le schisme de l’Eglise Anglicane, est Sanderus, de Schismate Anglicano. L’Histoire de la Réformation, par Burnet, Evêque de Salisburi, est un tissu de faussetés grossières. Pour l’Histoire Ecclésiastique, il y a un fort gros recueil des constitutions qui la concernent, faites sous les Rois Jean, Henri III, & Edouard I, tirées des archives de la Tour de Londres, par Ed. Prynne, garde de ces archives ; le Monasticon Anglicanum en trois vol. in-folio, mais où il y a bien des pièces fausses ; l’Anglia Sacra, deux volumes in-folio, à Londres 1691. Enfin la Reine fit imprimer tous les actes & les titres, ou chartes qui regardent l’Histoire d’Angleterre, tirées des archives de la Tour de Londres, par M. Rymer, garde de ces archives ; mais à peine ce recueil avoit-il paru, que M. Anderson, Jurisconsulte habile, a prétendu y montrer bien des pièces fausses. Les Bénédictins Anglois appellent leur Congrégation, la Congrégation Anglicane. Ils l’appellent aussi, la Mission, ou la Congrégation d’Angleterre.

ANGLICISME. s. m. Façon de parler Angloise. Cet homme parle assez bien françois, mais il est sujet à faire des anglicismes. Anglicismus. ☞ C’est-à-dire que ces phrases sont exprimées suivant le tour, le génie & l’usage de la langue Angloise. On le dit de même de toute autre langue. Gallicisme, Latinisme.

☞ ANGLOIR. s. m. Outil dont les facteurs de clavecin & autres se servent pour prendre toutes sortes d’angles, & les rapporter sur les pièces de bois qu’ils travaillent. Encyc.

ANGLOIS, OISE. s. m. & f. Nom du peuple qui habite l’Angleterre. Les habitans de cette île s’appeloient autrefois Bretons, Britanni, comme on le voit dans César, Liv. III, de Bello Gall. dans Tacite, vie d’Agricola ; dans Suétone, dans l’Epitome de Tite-Live, Liv. V ; dans Pline, Liv. IV, ch. 16 & ailleurs ; dans Méla, Liv. III, ch. 6 ; Tertullien. adv. Jud. ch. 7 ; S. Athanase, les Géographes Denys, v. 562 & suiv. & Etienne, & généralement toute l’antiquité.

On ne convient pas sur l’origine de ce nom, sur le temps que les Anglois le prirent, ni sur la raison qui le leur fit prendre. J’ai dit sur le mot Angleterre, que quelques Auteurs prétendent que le petit canton de terre qu’occuperent d’abord les Saxons entre le Holstein & le Jutland, s’appeloit Engleland, Angleterre, & que ces peuples porterent ce nom dans l’île Britannique, & donnerent à leur nouvelle conquête le nom de leur ancienne habitation. C’est le sentiment de Béde & de Krantzius, & ce sont ces Anglois-là que Béde appelle Anglois du milieu des terres, Middelengli ; Angli mediterranei. Goropius Bécanus prétend que le nom Anglois vient d’Angeln, qui signifie pêcher à la ligne, ou avec un hameçon, & qu’il leur fut donné, parce qu’ils étoient sur le bord de la mer, comme qui diroit pêcheurs. Il prétend néanmoins que ce ne fut pas seulement à cause de leur pêche, mais plus encore à cause de leurs rapines, qu’il leur fut donné.

Quelques-uns disent que vers le milieu du Ve siècle, six petits Souverains vinrent à divers temps de l’ancienne Saxe, menant avec soi chacun les peuples de sa province, ou de sa Seigneurie, dont l’un étoit l’Anglois qui donna son nom à tous les autres, & qui abolit le nom général de Saxon. D’autres disent que sur la fin du Ve siècle, Hengiste, Prince Saxon, Roi de Kent, ayant fait la conquête de Londres, voulut que toute la Bretagne changeât de nom pour prendre le sien, & s’appelât Hengesteland, c’est à-dire, Terre d’Hengiste, d’où par corruption s’est formé England, Angleterre. D’autres soutiennent que ce ne fut qu’au commencement du IXe siècle qu’Ebert, Roi des Saxons orientaux, ayant réuni les sept petits Royaumes que les Saxons avoient formés dans le midi de l’île Britan-