Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/396

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.

nonciation. Cependant S. Grégoire Thaumaturge, qui vivoit à la fin du troisième siècle, parle dans ces deux premières Homélies de l’Annonciation, comme d’une fête solennelle. Dans la première, il dit, que Dieu voulant couronner ce jour-là, les têtes de ceux qui célébrent les fêtes avec soin, rassemble les vrais fidèles, &c. & il commence la seconde par ces paroles : Nous devons célébrer toutes les fêtes, & faire tous nos chants de la même manière que les sacrifices que nous offrons à Dieu ; mais la première de toutes les fêtes, c’est celle de l’Annonciation de la sainte Mère de Dieu. Je sais que Perkins & Rivet prétendent qu’il est douteux si ces Homélies sont de saint Grégoire Thaumaturge, & que le P. Alexandre, & quelques autres nouveaux Ecrivains, ont copié ces Protestans ; mais Vossius, non-seulement a reconnu ces deux Homélies pour de véritables ouvrages de ce Pere, mais il lui en attribue même encore une troisième, qui dans Lipoman & Surius, porte le nom de S. Chrysostôme. Bellarmin dit qu’il n’a aucune raison de rejeter ces trois Homélies. Vincent Richard, Théatin, doute à la vérité si la seconde n’est point de Proclus P. C. Mais il ne doute nullement des deux autres, & le P. Labbe, dit que la raison de Perkins & de Rivet est impertinente, ineptissimâ ratione persuasi. Cette raison est, que la coutume de chanter des hymnes, & de lire les vies des Saints, n’a été mise en usage que sous Charlemagne, au commencement du neuvième siècle, & ils citent pour garant de ce fait, Paul-Emile, L. II. De Gestis Francor. Sans faire attention que cet Auteur vivoit il n’y a que deux siècles, & que c’est un mauvais garant. Le P. Alexandre dit encore, qu’aucun Ancien n’a parlé de ces ouvrages de saint Grégoire ; mais il devoit faire attention que Bellarmin, dans qui il a pris cela, remarque fort bien que ce n’est point là une raison de les rejeter. Où en serions-nous, s’il nous falloit condamner tous les opuscules des Peres dont les Anciens n’ont point parlé ? Ne suffit-il pas que de bons manuscrits nous les donnent pour des ouvrages d’un tel, ou d’un tel Auteur, & avec leur nom ? Avons-nous d’autres preuves pour le plus grand nombre des anciens ouvrages ? Pour l’Eglise latine, le même Auteur dit qu’on ne voit pas qu’au temps de S. Augustin, il y eût encore de fête instituée pour honorer séparément l’Incarnation de Jésus-Christ. Mais les Homélies sur ce mystère ne marquent-elles pas une fête ? S. Augustin, dans le second Sermon sur ce mystère, qui est le 18 de Sanctis, qu’on ne révoque point en doute, en parle comme d’une fête, & la nomme un Jour solennel.

Dès les commencemens cette fête s’est célébrée au printemps ; & Théophane marque dans son Homélie 53, que c’étoit vers l’équinoxe ; & depuis, toutes les Eglises l’ont célébrée le 25 de Mars. Cependant, parce que cette fête tombe souvent vers le temps de la passion de N. S. plusieurs Eglises l’ont placée en une autre saison. Les Syriens l’appellent Bascarach ; c’est-à-dire, la recherche, & la marquent dans leur calendrier au premier jour du mois appelé Canum, le premier, qui répond à notre mois de Décembre, quoiqu’il prenne aussi quelque chose du mois de Novembre. Les Arméniens la célébrent le 5 de Janvier ; ils anticipent ainsi le temps, afin qu’elle ne tombe point en carême. Les Grecs ne font point difficulté de la célébrer le carême, aussi-bien que la fête des 40 Martyrs ; & le concile in Trullo suppose qu’elle tomboit au moins quelquefois dans ce temps de jeune. Au dixième concile de Tolède en 656, can. i, il fut ordonné que cette fête seroit solennisée le 18 de Décembre. Le bréviaire ambrosien marque cette fête au dernier Dimanche de l’Avent. Quelques Eglises de France suivirent le règlement du concile de Tolède ; & l’on prétend que la messe du mercredi des quatre-temps de Décembre, qui est toute de l’Incarnation, est un reste de cette ancienne pratique ; & que dans les Eglises d’Espagne on célébre encore la fête de l’Annonciation sous le nom d’Expectatio, ou d’Attente, le Dimanche avant Noël. Cette pratique ne dura pas, & depuis plusieurs siècles on célébre l’Annonciation en Occident, comme en Orient, le vingt-cinq de Mars. Il y a même des Eglises qui ne la remettent pas quand elle vient dans la semaine-Sainte ; & l’église cathédrale du Puy en Vélai, ne la remet pas même, à ce que l’on dit, lorsqu’elle vient le Vendredi-Saint.

Quelques Auteurs Protestans soutiennent que cette fête se célébroit d’abord en l’honneur de N. S. & que ce n’est que depuis, qu’on la solennise sous le nom, & en l’honneur de la sainte Vierge ; mais il n’y a qu’à lire les Homélies de S. Augustin & de S. Grégoire de Néocésarée, c’est-à-dire, les plus anciennes qui nous restent sur cette solennité, pour être convaincu du contraire.

Les Juifs appellent aussi Annonciation, une partie de la cérémonie de leur fête de Pâque. C’est celle où ils expliquent l’origine, l’institution, la cause de cette fête. Ils appellent cette explication הגדה, Haggada, qui veut dire, Annonciation. Ceux qui croient avec Scaliger, de Emend. temp. 534, que c’est la nuit de Pâque qu’ils appellent ainsi, se trompent. Voyez Maiem. Tract. de sermentato, c. 7, sect. 5 & 10, & à la fin de ce Traité, il y a une formule de cette Haggada, ou Annonciation. Buxtorf n’en parle point dans sa Synagogue.

Annonciation, se dit encore de l’image qui représente le mystère de l’Annonciation. Voilà une belle Annonciation.

M. Pelisson, en parlant de l’Eucharistie, a dit : c’est, nous l’avouons, la Commémoration, ou l’Annonciation du Seigneur.

ANNONE. s. f. En latin annona, signifie, les vivres, les provisions nécessaires à la vie. Nous retenons ce mot dans cette phrase. Préfet de l’annone. Juventius, Préfet de Rome, & Julien, Préfet de l’annone, c’est-à-dire, des vivres, envoyerent en exil Ursin avec les Diacres Amamius & Loup, ses principaux fauteurs. Fleury. Le Préfet de l’annone, Præfectus annonæ, étoit un Magistrat Romain, chargé de pourvoir la ville de vivres & de provisions, & d’avoir soin que le peuple n’en manquât point, que le pain fut de poids, & qu’on le vendît à un prix raisonnable ; & il connoissoit de tout ce qui regardoit ces matières. Cette charge rendoit celui qui la possédoit fort agréable au peuple, & les plus grands hommes de la république ne dédaignerent pas de l’exercer. Pompée dans le plus haut point de sa fortune, fut Préfet de l’annone. Nous voyons souvent sur les médailles des Empereurs, Annona Avgvsti, au revers, avec un boisseau, duquel sortent des épis de blé & un pavot, ou avec une femme qui tient à la main des épis. Le Préfet de l’annone avoit le soin de faire venir du blé de Sicile, d’Afrique & d’Egypte : on le mettoit dans les greniers publics, & tous les mois le jour des Noues, on le distribuoit au peuple.

Ce mot vient d’annus, année, & signifie la provision d’une année.

Annone, ou la Roque de Non. Bourg du Milanez, en Italie. Annona. Il est dans l’Alexandrin sur le Tanaro, au-dessous d’Asti.

ANNOT. s. m. Petite ville de Provence, en France. Annotia. Elle est dans les montagnes, sur la petite rivière de Vaire, à quelques lieues de Glaudevel ou d’Entrevaux.

ANNOTATEUR. s. m. Ce mot a été fait du latin adnotator, ou annotator. Il n’est pas encore établi, & même il a l’air de ne l’être jamais que parmi certains savans. Annotateur est celui qui fait des annotations ou notes sur quelques ouvrages d’esprit. Nicolas Richelet, Muret & Ménage, sont les annotateurs de Ronsard & de Malherbe, & leurs remarques sont agréables & savantes.

ANNOTATION. s. f. Commentaire succinct, ou remarque qu’on fait sur un livre, sur un écrit, pour en éclaircir quelques passages, ou pour en tirer quelques inductions & conséquences. Annotatio, Observatio. Les Critiques du dernier siècle ont fait de belles annotations sur tous les Auteurs classiques. Leurs bibles étoient falsifiées par des versions hérétiques, & des annotations impies. Mauc. ☞ Les notes disent quelque chose de plus court & de plus précis