Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/40

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il y en a de preposés qu’on appelle Abbés. Et c’est de-là apparemment qu’est devenu le jeu de l’Abbé, dont la regle est, que quand le premier, c’est-à-dire, celui qui conduit le jeu, & que l’on nomme Abbé, a fait quelque chose, il faut que tous ceux qui le suivent, fassent de même.

Abbé, se dit proverbialement en ces phrases. On vous attendra comme les Moines font l’Abbé, c’est-à-dire, en mangeant toujours, en commençant à dîner : en un mot, on ne vous attendra pas. On dit encore, pour un Moine on ne laisse pas de faire un Abbé ; pour dire, que l’opposition d’un particulier n’empêche pas la délibération d’une compagnie, ou la conclusion d’une affaire. On dit en proverbe Espagnol, Como canta el Abad responde el Monazillo ; & en François, le Moine répond comme l’Abbé chante ; pour dire, que les inférieurs tiennent le même langage, ou sont de même avis que les supérieurs. On appelle par raillerie, Abbés de sainte Espérance, ceux qui prennent la qualité d’Abbés sans avoir d’Abbaye, & quelquefois même de bénéfice ; ou Abbés de sainte Elpide, qui veut dire la même chose, car ἒλπίς signifie espérance en Grec.

ABBEC. s. m. Viande ou autre appât que les pêcheurs attachent à l’hameçon, pour attirer les Poissons. Il est vieux.

☞ ABBECQUER. Voyez Abécher.

ABBESSE. Nom qu’on donne à une Religieuse qui est Supérieure d’une Abbaye. Abbatissa. Les Abbesses ont les mêmes droits sur leurs Religieuses, que les Abbés Réguliers ont sur leurs Moines, parce qu’elles sont revêtues de la même dignité. Leur sexe ne leur permet pas à la vérité de faire les fonctions spirituelles qui sont attachées à la Prêtrise ; mais il y a des Abbesses qui ont droit, ou plutôt un privilége, de commettre des Prêtres pour ces fonctions. Elles ont même une Juridiction comme Episcopale, aussi-bien que quelques Abbés Réguliers qui sont exempts de la juridiction de leurs Evêques. Voyez Exemption. Autrefois les Abbesses étoient électives : aujourd’hui le Roi les nomme toutes : ce n’est pas en vertu du Concordat, car il n’y en est pas fait mention. François I & Henri II ont obtenu des Indults pour nommer les Abbesses. Aujourd’hui les Bulles que le Pape donne pour les Abbesses, portent, que le Roi a écrit en faveur de la Religieuse nommée, & que la plus grande partie de la Communauté a consenti à son élection. Cela se fait pour conserver une image de l’ancien usage. Pinson. Le P. Martene, dans son Traité des Rits de l’Eglise, dit que quelquefois les Abbesses ont entendu les confessions de leurs Religieuses : il le prouve par les actes de la vie de sainte Burgondofere. Il ajoute que quelques Abbesses s’étant attribué en cela plus d’autorité qu’il ne convenoit, on avoit été obligé de réprimer leur vanité ou leur curiosité. On lit dans le Droit oriental, que Marc, Patriarche d’Alexandrie, consulta Balsamon, pour savoir si un Evêque devoit accorder aux Abbesses la permission qu’elles demandoient, d’entendre les confessions de leurs Religieuses ; à quoi Balsamon répondit que non, quoique saint Basile, dans ses petites Regles, permît aux Abbesses d’entendre avec un Prêtre, les confessions de leurs Religieuses. Saint Césaire, Evêque d’Arles, a écrit une Regle pour le Monastère de sainte Césaire sa sœur, où il y a de fort beaux Reglemens par rapport aux Abbesses. Elle se trouve dans Bellandus, Tome I. p. 730. & suiv. C’étoit une coutume assez ordinaire dans la seconde Race de nos Rois, de faire les filles des Rois Religieuses & Abbesses. P. Dan. Selon le Concile de Trente, Sess. 25. Chap. VII. les Abbesses doivent être élues en présence de l’Evêque ou d’un autre tenant sa place, du Corps, s’il se peut, du Monastère, âgée de quarante ans, ou au moins de trente, ayant huit, ou au moins cinq années de profession. Une même Abbesse ne peut régir deux Monastères.

ABBEVILLE. Abbavilla, Abbatisvilla. Ville de France, capitale du Comté de Ponthieu, dans la Picardie, sur la Somme, environ à cinq lieues de son embouchure, patrie des deux Sansons, célébres Géographes. Son nom, qui signifie Maison de campagne de l’Abbé, lui vient de ce que ce n’étoit autrefois qu’une maison ou ferme qui appartenoit à l’Abbé de saint Riquier. Hugues le Grand l’ôta aux Moines de cette Abbaye, dit Hariulphe, L. IV. c. XII. pour en faire un château qui arrêtât les courses des Barbares : il en donna le commandement à Hugues son gendre, qui après la défaite & la mort du Comte de Boulogne, épousa la Comtesse Adelaja sa femme, & prit le titre de Comte, qu’il laissa à sa postérité. Ce fut sous ces Comtes qu’Abbeville, de simple ferme, devint une ville.

La différence du Méridien d’Abbeville à celui de Paris est, selon M. de la Hire, 0h 1′ 48″. occid. ou 0° 27′ 0″. selon M. Cassini, 0h 1′ 52″. occid. 0° 28′ 0″. Sa latitude est, selon M. de la Hire, 50° 7′ 0″. selon M. Cassini 50° 7′ 0″.

ABBOI, Voyez Aboi.

ABBINGTON. Voyez Abington.

ABBUTTO. s. m. Dieu du Japon. Abbuto, onis. C’est un Dieu qu’on invoque pour la guérison des maladies, & pour obtenir une heureuse navigation. Il a un temple à un quart de lieu de Tonut, ou Bingono-Tonut, havre fameux, & bourg de la province de Bingo, dans l’île de Niphon. On dit que ce temple est fort distingué par la guérison miraculeuse de plusieurs maladies invétérées qui s’y fait, & parce qu’il procure un vent favorable, & un heureux passage. C’est pour cela que les matelots & les passagers ne manquent jamais d’attacher quelques liards à une pièce de bois qu’ils jettent dans la mer, comme une offrande faite à cet Abbuto quano sama, ou Seigneur Dieu Abbuto, comme les Japonois l’appellent, pour en obtenir un vent favorable. Le Prêtre du temple assûre que ces offrandes ne manquent jamais d’être conduites sur le rivage, & de venir heureusement entre ses mains ; cependant, par précaution, il vient en temps calme dans un petit bateau, demander cette sorte de tribut pour son idole à tous les navires & bateaux qui passent par-là. Koempfer, liv. V. p. 181.

ABC.

A. B. C. On prononce Abécé, s. m. Rudimentum. Alphabet de la Langue Françoise. C’est aussi un petit livre qui sert à apprendre à lire aux enfans. Cet enfant est encore à l’a b c.

A b c. signifie figurément & familièrement le commencement d’une science, d’un art, d’une affaire ; Prima elementa. Quand on croit avoir pénétré les secrets de la Nature, on se trouve encore à l’a b c. Renvoyer quelqu’un à l’a b c, c’est le traiter d’ignorant. C’est dans le même sens qu’on appelloit l’Empereur Justin αναλφάβητος. Ce mot est composé des trois premières Lettres de l’alphabet François, comme le Grec, qui lui répond des deux premières, Alpha & Beta. Les Espagnols l’appellent Cartilla ; les Italiens Abaco, & les Anglois Abacus, qui vient du Grec ἀβακος, & s’est ainsi appellé, parce que pour commencer à apprendre les Lettres aux enfans, on les figuroit sur une tablette, ou sur une carte en forme de tablette, comme on fait encore dans les Ecoles de Mathématiques pour les figures qu’il faut montrer aux Etudians. Ou bien il s’est formé des trois premières Lettres de l’alphabet, comme le mot François A b c.

ABCASSE. Voyez Abasse.

ABCÉDER. v. n. Voyez Abscéder.

ABCÈS. Voyez Abscès.

ABD.

ABDAL, ou ABDALLAS. s. m. C’est le nom générique que l’on donne en Perse aux Religieux. Ce mot, en Arabe ou en Persan signifie, Qui est consacré à Dieu, serviteur de Dieu. Les Calenders, les Cadristes & les Bectachistes, sont différentes espèces d’Abdals ; ensorte que le mot d’Abdal, chez les Persans, répond à celui de Dervis ou Derviches chez les Turcs, & de Moines ou Religieux chez les Chrétiens. Il y a en Turquie des Religieux qu’on appelle Abdals & Cheykhs, qui par la façon sauvage de leur vie en veulent prouver la sainteté. Ils n’ont point de couvens, ils demeu-

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