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dre sublimé dans un aludel, dont les parties volatiles s’attachent à ses pots en projetant peu à peu la poudre. C’est aussi un puissant vomitif.

Le beurre d’antimoine est une liqueur blanche & gommeuse, qu’on nomme autrement, liqueur glaciale d’antimoine, qui se fait avec du régule d’antimoine & du sublimé corrosif. Cette liqueur se coagule en forme de glace dans le récipient, & est fort caustique, desorte qu’on ne l’emploie qu’à l’extérieur pour arrêter la gangrène, guérir la carie des os, des cancers, des fistules, &c. Si en voulant faire le beurre d’antimoine on se sert d’antimoine cru, & qu’après avoir tiré le beurre, on augmente peu à peu le feu, jusqu’à ce que la cornue rougisse, on retire encore le cinnabre d’antimoine, qui n’est autre chose qu’un mélange du mercure, du sublimé & du soufre de l’antimoine. Mais si on emploie le régule, après avoir tiré le beurre d’antimoine, on retire un mercure coulant, & point de cinnabre.

La poudre d’algaroth, ou émétique, se fait avec ce beurre d’antimoine précipité & lavé plusieurs fois. Le bézoard minéral se fait avec le beurre d’antimoine dissous par trois fois dans l’esprit de nitre, & ensuite calciné. Il reste une poudre blanche qui est sudorifique.

Le foie ou le safran d’antimoine se fait de parties égales d’antimoine & de nitre réduits en poudre, mêlés exactement & mis dans un mortier de fer, couvert d’une tuile, à laquelle on a laissé une ouverture. On introduit par cette ouverture un charbon de feu, qu’on retire ensuite. La matière s’enflamme, & il se fait une détonation, laquelle étant passée & le mortier refroidi, on trouve au fond du mortier une partie luisante, qu’on appelle foie d’antimoine ou safran des métaux, à cause de sa couleur. En latin hepar antimonii, ou crocus metallorum. On en fait du vin émétique, qui est celui dont on se sert ordinairement, des poudres, du sirop, & du tartre, qui sont aussi émétiques.

L’antimoine diaphorétique est une préparation d’antimoine, qui approche de la précédente, avec cette différence, qu’au lieu que dans le foie d’antimoine on met parties égales de nitre & d’antimoine, on en met dans celle-ci une d’antimoine & trois de nitre. Par ce moyen sa qualité purgative & vomitive se change en diaphorétique.

L’huile d’antimoine est de l’antimoine pilé & mêlé ; mis en digestion dans un vase plein de fort vinaigre sous du fumier pendant plusieurs jours ; & après cette opération plusieurs fois réitérée, le vinaigre qu’on distile donne une liqueur sanguine, qu’on appelle huile d’antimoine, & qui colore l’argent en or.

La chaux d’antimoine s’appelle quelquefois céruse, à cause de son extrême blancheur. Ce n’est que l’antimoine diaphorétique.

Le soufre doré d’antimoine se fait avec des scories qui se rencontrent au-dessus du régule en le faisant bouillir dans de l’eau, & en précipitant ce qui a été dissous par le vinaigre qu’on y jette.

Avant le douzième siècle, l’antimoine n’étoit connu que pour entrer dans la composition du fard : mais en ce temps là un Moine, nommé Basile Valentin, ayant trouvé le secret de préparer ce minerai, & d’amortir les qualités redoutables de son soufre, fit un livre intitulé : Currus antimonii triumphalis, où il soutint que c’étoit un remède pour toutes sortes de maux. Mais tous ses éloges confirmés par l’expérience n’empêcherent pas que pendant 300 ans l’antimoine ne fût négligé. Au commencement du dernier siècle, Paracelse le remit en vogue : mais on en condamna l’usage par Arrêt du Parlement de l’an 1566 ; & un Médecin, nommé Besnier, y ayant contrevenu en 1609, il fut exclus de la faculté. Le mauvais usage que l’on en avoit fait en l’appliquant mal-à-propos, le faisoit regarder comme un poison. Plusieurs savans hommes murmurerent contre cette défense, & le firent valoir par d’heureuses expériences. Ainsi malgré les invectives de quelques médecins entêtés, l’antimoine fut reçu par autorité publique au nombre des remèdes purgatifs en 1637, & en l’an 1650, on cassa l’Arrêt de 1566. La faculté le fit mettre au rang des remèdes purgatifs dans l’Antidotaire imprimé par son ordre en 1637, suivant l’opinion de Matthiole. Et enfin elle a fait donner un Arrêt du 29 Mars 1668, qui a donné permission aux Docteurs de Médecine de s’en servir, avec défenses aux autres personnes de l’employer que par leur avis. M. Patin n’a rien oublié pour décrier l’antimoine, & il regne dans ses lettres un déchaînement prodigieux contre ce remède. Il avoit dressé un gros registre de ceux que les Médecins avoient tués par-là ; il le nommoit le Martyrologe de l’antimoine. Voyez sur l’antimoine les Transactions Philosophiques, Tom. II. pag. 555 & suiv.

Il y a une préparation d’antimoine, appelée la Poudre des Chartreux. Voyez Poudre ou Chartreux. Il en est parlé dans l’Histoire de l’Académie, 1720. pag. 50, & dans les Mémoires de la même année, p. 417. On l’appelle aussi, Kermès minéral. Voyez Kermès.

Ce mot d’antimoine vient, selon quelques-uns, de ce qu’un Moine Allemand (c’est ce même Valentin) qui cherchoit la Pierre philosophale, ayant jeté aux pourceaux de l’antimoine dont il se servoit pour avancer la fonte des métaux, reconnut que les pourceaux qui en avoient mangé, après avoir été purgés très-violemment, en étoient devenus bien plus gras : ce qui lui fit penser qu’en purgeant de la même sorte ses confrères, ils s’en porteroient beaucoup mieux. Mais cet essai lui réussit si mal, qu’ils en moururent tous. Cela fut cause qu’on appela ce minéral Antimoine, comme qui diroit contraire aux Moines. Cette étymologie vient d’un vieux manuscrit d’Allemagne qui est dans la Bibliothèque de M. Moreau, Médecin du Roi, cité par M. Perrault, dans son Livre du Rabat-joie de l’antimoine. M. Huet croit qu’il vient du nom grec στίμμι, auquel les Arabes ont ajouté leur article al.

☞ ANTIMONARCHIQUE. adj. & s. de t. g. Qui est opposé à la Monarchie, au gouvernement Monarchique. Il est peu usité.

☞ ANTIMONIAL, ALE. adj. Terme de Médecine, qui désigne ce qui a rapport à l’antimoine. Préparation antimoniale, remèdes antimoniaux, c’est à-dire, dont l’antimoine est la base ou le principal ingrédient. M. Harris, dans sa Dissertation sur la peste, préfère, pour la guérison de cette maladie, les vomitifs les plus doux, tels que le vitriol blanc, & l’ipécacuanha aux émétiques antimoniaux, que leur violence excessive lui rend suspects en pareil cas. Journ. des Sav. 1722. p. 42. Des corpuscules antimoniaux. Lorin.

ANTINATIONAL, ALE. adj. Certains François qui ont un vernis d’humeur antinationale, trouverent à redire à l’apostrophe où M. Fléchier déplore la mort funeste de M. de Turenne. Idée des Oraisons funèbres.

ANTINÉPHRITIQUES. s. m. pl. Remèdes contre les maladies des reins, la colique néphritique, la pierre, la gravelle. Tels sont la térébenthine, le baume blanc d’Orient, celui du Pérou, de Canada : la réglisse, le pareirabrava, les semences de lithospermum, &c. D’ἀντὶ contre, & de νεφρῖτις, la douleur des reins. Il est aussi adjectif. Remède antinéphritique.

ANTINOME. s. m. & f. Nom de secte en Angleterre. Antinomus, a. Parmi ce grand nombre de sectes de l’Angleterre, que l’on ne sauroit plus nommer qu’à légions, les uns ont pris le nom d’Antinomes, ou contraires à la loi, & les autres d’Antiscripturaires, ou contraires à l’Ecriture. Pélisson.

Ce mot vient du grec ἀντὶ, contre, & νόμος, loi.

ANTINOMIE. s. f. Contradiction réelle ou apparente entre deux lois. Antinomia, Contrarietas. L’embarras des Jurisconsultes est de concilier les antinomies.

Antinomie, se prend quelquefois pour opposition à toute loi, comme on le voit par l’art. Suivant.

Ce mot vient d’ἀντὶ, contrà, & de νόμος, lex, loi.

ANTINOMIEN, ENNE. s. m. & f. Antinomus. Nom de secte du XVIe siècle, parmi les Protestans. Les Antinomiens ne disoient pas que les bonnes œuvres fussent pernicieuses ou inutiles, mais ils soutenoient que l’homme n’y étoit point obligé, dit Sanderus, Hær. 188, & qu’il n’y a point de loi ni de précepte de pratiquer les