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Ce fils victorieux, l’héritier & l’appui
D’un empire, d’un nom, qui va renaître en lui. Rac.

Appui, se dit encore figurément pour protection, défense. Il faut mettre son appui en Dieu. Je trouverai toute sorte d’appui auprès de lui. Je vous demande votre appui contre son injustice. Mol.

Et sans chercher l’appui d’une naissance illustre,
Un Héros de soi-même emprunte tout son lustre.

Boil.

Ailleurs plus libéral, ce moderne Aristarque
Va prodiguer l’encens qu’il épargne au Monarque,
Et par l’espoir trompeur qu’il condamne en autrui,
Chercher des Mecénas, mendier de l’appui.

Appui, en termes de Joueurs de boule, se dit de celle qui vient en soutenir une autre jouée par un autre du même parti. Adminiculum. Il faut venir à l’appui de la boule.

☞ Cette expression est quelquefois employée au figuré, mais dans le style familier seulement, & signifie fortifier l’avis, le parti de quelqu’un en se joignant à lui. Ouvrez l’avis, faites la proposition, faites les premières démarches & j’irai à l’appui de la boule.

Appui. Soutien, support, considérés comme synonymes dans le sens figuré. L’appui, dit M. l’Abbé Girard, a plus de rapport à la force & à l’autorité ; le soutien en a plus au crédit & à l’habileté ; le support en a davantage à l’affection & à l’amitié. On cherche dans un protecteur puissant de l’appui contre ses ennemis. Quand les raisons manquent, on a recours à l’autorité pour appuyer ses sentimens. Ce n’est pas les plus honnêtes gens de la Cour, qu’il faut choisir pour soutiens de sa fortune, mais ceux qui ont le plus de crédit auprès du Prince. On ne se repend guère d’une entreprise où l’on se voit soutenu d’un habile homme. Des amis toujours disposés à parler en notre faveur, & toujours prêts à nous ouvrir leurs bourses, sont de bons supports dans le monde. Le vrai chrétien ne cherche d’appui contre la malignité des hommes que dans l’innocence & la droiture de sa conduite ; il fait de son travail le plus solide soutien de sa fortune, & regarde la parfaite soumission aux ordres de la Providence, comme le plus inébranlable support de sa félicité.

Appui, en terme de Manége, est le sentiment réciproque de l’action de la bride entre la main du cavalier, & la bouche du cheval. Mutuus equitis atque equi sensus, frenorum & habenarum ope utrinque perceptus. Ce cheval a l’appui fin, c’est-à-dire, il a la bouche délicate. Il a un appui sourd, c’est à-dire, une bonne bouche, mais une langue épaisse qui empêche l’action du mors sur les barres. Il a un appui qui force la main, il est sans appui, c’est-à-dire, qu’il obéit avec peine au cavalier, qu’il craint l’embouchure. Un cheval qui a trop d’appui, est celui qui s’abandonne trop sur le mors. On dit, appui à pleine main, ou au-delà de pleine main ; pour dire, qu’il a l’appui ferme, ou qu’on l’arrête avec peu de force. La rêne de dedans du cavesson attachée courte au pommeau, est un excellent moyen pour donner un appui au cheval, le rendre ferme à la main, & l’assurer. Cela est encore utile pour lui assouplir les épaules, ce qui lui donne de l’appui où il en manque, & en ôte où il y en a trop. Newc.

APPUI-MAIN. s. m. se dit chez les Peintres, de la baguette qui a un bouton au bout, qui leur soutient la main qui tient le peinceau. Fulcrum.

APPUI-POT. s. m. Ustensile de cuisine fait de fer en demi-cercle, qui sert à appuyer un pot ou un coquemar de peur qu’on ne les renverse.

APPUPEN. s. m. Grand marais de l’Amérique méridionale, & dont les eaux se déchargent dans le Parana. Appupen. Appupæna Palus. Hist. Parag. L. V. c. 4. Les Espagnols lui ont donné le nom de Marais de Sainte-Anne, Ibid. Il n’est pas beaucoup éloigné du confluent du Paraguay & du Parana. Le marais Appupen ou de Sainte-Anne est 30 lieues au-dessous d’Itapuor, sur le bord du Parana. Ib. c. 6. On y a bâti une ville où l’on a rassemblé les Indiens que l’on a instruits & baptisés. Ib.

APPUPÉNOIS, OISE. s. m. & f. Habitans des environs du marais d’Appupen. Appupenensis, e.

APPUREMENT. Voyez Apurement.

APPURER. Voyez APURER.

☞ APPUYER. v. a. Soutenir par le moyen d’un appui, disent les Vocabulistes. Sustinere. Erreur dans le françois & dans le latin. L’appui ne soutient pas, il fortifie. Appuyer, c’est fortifier une chose par une autre que l’on met tout auprès, soit pour résister à l’impression des corps étrangers, soit pour la tenir dans une situation droite. Pulcire. On appuie une muraille par des arcs-boutans. On appuie des choses qui sont violemment poussées ou qui penchent trop. On soutient ce qui est excessivement chargé, ou ce qui est trop lourd par soi-même, en plaçant quelque chose dessous. Une voûte est soutenue par des colonnes.

☞ On a dit autrefois appoyer. Nicod. dérive ce mot de appodiare ; podium, ce qui sert à appuyer, appui.

☞ On dit appuyer une maison contre une autre, contre un coteau, c’est la bâtir auprès, ensuite que cela lui serve d’appui : c’est la même chose qu’adosser. Applicare.

Appuyer le pistolet à quelqu’un, le mousqueton, c’est le présenter à bout portant. Sclopetum admovere propiùs, sclopeto incumbere in pectus alicujus.

Appuyer un cheval. Terme de Manége. Voyez Appui. Appuyer l’éperon à un cheval, calcar admovere, c’est lui appliquer fortement l’éperon. Appuyer le poinçon, c’est faire sentir la pointe du poinçon sur la croupe du cheval pour le faire sauter.

Appuyer les chiens. Terme de chasse. C’est les animer du cor & de la voix. Excitare.

Appuyer, signifie aussi mettre une chose sur une autre qui lui serve comme d’appui. On appuie la main sur l’épaule de quelqu’un. On appuie les coudes sur la table.

☞ On dit aussi s’appuyer dans cette acception. Appuyez-vous sur moi. Les vieillards s’appuient sur un bâton. On s’appuie contre un arbre. On s’appuie sur une balustrade. Niti, inniti re aliquâ, incumbere alicui rei.

Appuyer, s’emploie aussi dans un sens figuré, & signifie protéger, défendre, servir d’appui. Voyez Appui au figuré, où l’on a dit qu’il a plus de rapport à la force & à l’autorité. Protegere, tueri. Ce protecteur a promis de m’appuyer contre mes ennemis. Il a promis d’appuyer mon affaire, mon placet, mes prétentions. Quand les raisons manquent, on a recours à l’autorité pour appuyer ses sentimens. Appuyer son avis, son opinion sur une loi, sur un traité, sur un passage, sur une autorité, c’est se fortifier en faisant usage de ces moyens.

Mais l’orgueil d’un faux titre appuyant sa foiblesse,
Maîtrisa les humains sous le nom de Noblesse.

Boil.


Tout étoit juste alors : la vieillesse & l’enfance
En vain sur leur foiblesse appuyoient leur défense.

☞ On dit aussi, dans le sens figuré, s’appuyer sur quelqu’un, sur l’autorité de quelqu’un. Niti, inniti. C’est y mettre son appui. S’appuyer sur un roseau, c’est mettre son appui en une personne qui n’a aucun pouvoir.

☞ S’appuyer sur l’écriture, sur l’autorité des anciens sur la coutume, &c. c’est faire usage de ces moyens pour donner plus de force à ce qu’on dit.

Appuyer. v. n. signifie la même chose qu’être appuyé. Porter sur un appui. Inniti, Incumbere. Je ne veux pas que cette poutre appuie sur mon mur.

☞ Cette muraille appuie sur un arc-boutant.

Appuyer, se dit encore neutralement pour peser sur quelque chose. Appuyer sur le burin, sur la plume. Il ne faut pas appuyer pour bien écrire. Appuyer sur un cachet.

☞ En Musique, appuyer sur une note, c’est y demeurer long-temps.

☞ On dit, en termes de Manége, d’un cheval qui porte la tête basse, qu’il appuie sur le mors.