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Appuyer des deux, c’est enfoncer les deux éperons dans le flanc du cheval.

Appuyer, comme verbe neutre, est aussi d’usage au figuré, comme synonyme d’insister. Il faut appuyer sur tel moyen. Il falloit appuyer davantage sur la fausseté de cette pièce.

APPUYÉ, ÉE. part. Fulcitus, suffultus. Un globe, qui n’est appuyé que sur un point, avec ce mot latin, Tantillo nititur, est une devise faite pour un jeune Prince encore enfant, qui fait l’espérance & l’appui d’un Etat.

☞ APPUYOIR. s. m. Morceau de bois plat de forme triangulaire, dont se servent les Ferblantiers pour dresser les feuilles de fer blanc qu’ils veulent souder ensemble. Encyc.

APR.

☞ ÂPRE. adj. de t. g. On appelle ainsi ce qui a une certaine saveur rude, âcre & désagréable : ce qui par sa rudesse cause une sensation désagréable au goût. Asper. Les néfles sont fort âpres. Apre au goût, à la langue.

La saveur âpre est la quatrième des sept saveurs principales. Elle annonce des molécules mal-cuites. En effet un fruit est âpre lorsqu’il n’est pas encore mûr.

Âpre, se dit aussi de ce qui fait une impression incommode & fâcheuse sur les organes du toucher. Le feu est âpre. Le froid est âpre. Acer.

Alors pour se couvrir durant l’âpre saison,
Il fallut aux brebis dérober la toison.

On le dit encore des surfaces des corps inégales & rudes, dont quelques-unes des parties s’élevent tellement au-dessus du reste, qu’elles empêchent de passer la main dessus avec liberté. Dans ce sens, âpre est opposé à uni, poli.

Dans cette acception on le dit des chemins qu’une superficie inégale rend difficiles, raboteux. Asper. La Provence, le Dauphiné sont des pays âpres & raboteux. Nous passâmes par un chemin âpre & raboteux.

Âpre, se dit aussi au figuré, pour marquer l’excès d’ardeur ou d’avidité que l’on a pour certaines choses. Avidus, alicujus rei studio flagrans. Un Procureur est âpre à l’argent. On dit d’un joueur, qu’il est âpre au gain, au jeu ; & d’un chasseur, qu’il est âpre à la chasse.

On le dit dans le même sens, pour marquer la trop grande avidité de certains animaux. Un Chien est âpre à la curée. Un faucon âpre, trop âpre.

Âpre, se dit dans le même sens de certaines choses, pour en marquer la violence, la rudesse, la sévérité. Durus, acerbus. Un combat âpre. Un esprit âpre. Une réprimande âpre. Mener une vie âpre & austère.

De mille âpres chagrins leur âme est tourmentée. Anon.

Jadis chez les mortels l’âpre Philosophie
Opposoit à mes loix (l’Amour) sa sevère manie.

Vill.


Lui qui vécut paisible, & toujours se tint coi
Loin des âpres conflits de la poudreuse école.

Il suit dès sa tendre jeunesse,
L’âpre sentier de la Sagesse.

En Médecine on appelle l’Apre artère, le conduit par où l’air passe dans le poumon. Voyez Trachée, Artère.

On appelle en Grammaire, un esprit âpre, asper, une marque faite en forme de c, qu’on met sur certaines lettres, pour montrer qu’il les faut prononcer avec une forte aspiration, comme on fait en françois les h consonnes, & comme les Grecs faisoient plusieurs voyelles, & la lettre η ; ce qui leur tenoit lieu d’un h.

Âpre. s. m. Monnoie turque. Quinze âpres valent environ 10 sous de notre monnoie. Du Loir. p. 95.

Âpre. Poisson. C’est un petit poisson de rivière qu’on trouve ordinairement dans le Rhône. Asper. Son nom, qui en latin signifie rude, vient de la rudesse de ses mâchoires & de ses écailles. Sa tête est assez large & pointue, sa gueule médiocre : il n’a point de dents. Sa couleur est rougeâtre, parsemée de taches noires, larges ; il est bon à manger & passe pour être apéritif. On dit aussi Apron. Voyez le Dict. de James.

APRÈLE. s. f. Herbe dont les feuilles sont fort rudes, qui sert aux ouvriers à polir le bois, à écurer l’airain, la vaisselle. Equisetum. Cette herbe croît dans les lieux aquatiques, dans les fossés. Elle jette des tiges creuses, nouées, rougeâtres, & rudes au toucher, autour desquelles il y a quantité de feuilles menues, & minces comme le jonc. Elle croît fort en hauteur, quand elle trouve des arbres pour s’y attacher ; & y étant entortillée, elle fait pendre une grande chevelure noire comme une queue de cheval. Sa racine est dure comme du bois. Matthiole en décrit quatre espèces, dont il y en a une que les paysans mangent en carême. Voyez Prelle. C’est une sorte de queue de cheval. Equisetum juncium.

ÂPREMENT. adv. D’une manière âpre. Asperè, vehementer. Vous mangez trop âprement. Ce valet a été réprimandé âprement par son maître.

☞ APREMONT. Petite ville de France, en Poitou, à onze lieues de Luçon.

Apremont, Seigneurie dans la Lorraine, avec titre de Baronnie. Elle confine avec le territoire de S. Michel. C’est un ancien fief de l’évêché de Metz. Ce lieu a donné le nom à une maison illustre.

☞ APRÈS. Préposition qui marque postériorité de temps, ou de lieu, ou d’ordre, & qui s’emploie également en parlant des choses & des personnes pour marquer celles qui suivent les autres. Post. Après le déluge. Le temple de Salomon fut commencé 480 ans après la sortie d’Egypte. Après l’antichambre, est un magnifique sallon. Après le Boulingrin est une grande pièce d’eau. Après Dieu, il faut aimer son prochain. Après l’or, l’argent est le plus précieux de tous les métaux.

Outre cette propriété de marquer ce triple rapport de temps, de lieu, & d’ordre, la proposition après entre dans plusieurs phrases, où elle a un sens tout différent.

Courir après quelqu’un, au propre c’est le poursuivre. Les archers courent après les voleurs, les chiens après les loups. Au figuré, courir après une chose, c’est la rechercher avec ardeur. Un ambitieux court après les honneurs. Cet homme court après une succession, est empressé de la recueillir.

On dit en termes de Peinture & de Sculpture, ce portrait est fait d’après nature ; c’est-à-dire, fait sur la personne même qu’il représente. Imago ad naturam ipsam, ad primarium aliquod exemplar expressa. D’après Raphaël ; pour dire, c’est une copie de Raphaël, copié sur l’original fait par Raphaël. Il est dessiné d’après l’antique, d’après la Bosse. Il se dit aussi au figuré ; j’avois copié mes personnages d’après le plus grand Peintre de l’antiquité, je veux dire, d’après Tacite. Racin.

☞ Dans le style familier être après quelque chose, être après à faire quelque chose, c’est y travailler actuellement. Il est après mon procès, il est après à examiner mes papiers. Il est après cet emploi. Il travaille à l’obtenir. Être après quelqu’un, s’en occuper beaucoup, ou le fatiguer. Cette mere est toujours après son enfant. Cet homme de mauvaise humeur est toujours après ses valets. Se mettre après quelqu’un, le chagriner, le maltraiter. Crier après quelqu’un, le quereller, le réprimander. On a attendu long-temps après vous, en parlant à quelqu’un qui s’est fait attendre. On n’attend plus qu’après cela, en parlant d’une chose sans laquelle on ne peut faire ce qu’on se propose.

Après quoi, c’est-à-dire, après laquelle chose. Nous allâmes à la promenade, après quoi nous soupâmes.

Après tout. Manière de parler adverbiale, qui