Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/478

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.

fois toutes blanches, comme j’en ai trouvé à Toulon parmi des fleurs tubéreuses. Il y en a aussi de vertes, de différents verts. Les vertes sont les plus petites, & les grises les plus grosses de toutes.

L’araignée de cave, & celle qui fait son nid dans les vieux murs, n’ont que six yeux, au lieu que toutes les autres espèces en ont huit. Ces yeux sont placés deux au milieu du front, & deux à chaque côté de la tête, tous six à peu près de même grandeur. Cette espèce est noire & fort velue. Elles ont les jambes plus courtes, sont plus fortes, plus méchantes & vivent plus que les autres. Quand on les a prises, elles se défendent & mordent l’instrument dont on les a prises : ce que ne font point les autres. Quand on lui a percé le ventre, elle vit quelquefois plus de vingt-quatre heures, au lieu que les autres meurent sur le champ. Au lieu de toile, celle-ci ne fait que tirer des fils de sept à huit pouces de long, qui sortent de son nid comme des rayons, & sont attachés au mur autour du trou qu’elle habite. L’insecte qui marche sur ce mur, & qui heurte contre quelqu’un de ces fils, en l’ébranlant, avertit l’araignée, qui dans le même instant sort de son trou avec une vîtesse extraordinaire.

L’araignée vagabonde n’est point sédentaire dans son nid comme toutes les autres ; elle va chercher sa proie, la chasse avec beaucoup de ruses & de finesses. Elle a deux grands yeux au milieu du front & deux plus petits aux extrémités du front ; deux de la même grandeur sur le derrière de la tête, & deux forts petits entre le front & le derrière de la tête. Les araignées de cette espèce sont de différentes grandeurs & de différentes couleurs, blanchâtres, noires, grises & tachetées. L’extrémité de leurs bras se termine en un bouquet de plumes, au lieu qu’à toutes les autres elle se termine en deux crochets, comme celle des jambes. Ce bouquet de plumes est ordinairement de même couleur que le reste du corps, & quelquefois égal à la longueur de la tête. L’araignée s’en sert pour les jeter sur les ailes de la mouche qu’elle a attrapée, afin d’en arrêter le mouvement ; ce qu’elle ne peut faire comme les autres, en les embarrassant dans les filets de sa toile, n’en ayant point. Homberg, Mém. de l’Acad. des Sc. 1707. p. 339.

M. Lister distingue des toiles d’araignées en forme d’écu, d’autres en rond, d’autres en peloton, & d’autres qui sont dans des trous.

Les naturalistes tiennent que l’araignée a le sens du toucher plus exquis que tous les autres animaux. Les araignées pilées rendent l’eau de couleur bleue. Aristote dit qu’il y a deux espèces d’araignées, dont l’une est plus grande & noire ; l’autre qui pique. Pline appelle phalanges les araignées venimeuses en leurs morsures & piqûres. Les Grecs distinguent & divisent les araignées en phalanges & en loups araignées. Il y a des fourmis araignées, appelées myrmecion. Ætius met six espèces d’araignées phalanges, qui ont la tête de fourmis, & ont le corps noir, moucheté de taches blanches, qui piquent comme les guêpes. Solin parle d’une araignée, appelée solifuga, ainsi nommée, parce qu’elle fuit le soleil, ou la clarté. Elle blesse sans qu’on s’en apperçoive.

Il y a des araignées de l’Amérique qui ont huit yeux disposés en deux rangs distincts. On voit en plusieurs des Antilles de grosses araignées, que quelques-uns ont mises au rang des phalanges, à cause de leur figure monstrueuse & de leur grosseur si extraordinaire, que quand leurs pattes sont étendues, elles ont plus de circonférence que la paume de la main n’a de largeur. Tout leur corps est composé de deux parties ; dont l’une est plate & l’autre ronde, qui aboutit en pointe comme un œuf de pigeon. Elles ont un trou sur le dos, qui est comme leur nombril : leur gueule ne peut être aisément discernée, parce qu’elle est presque toute couverte sous un poil d’un gris blanc, entremêlé quelquefois de rouge. Elle est armée de part & d’autre de deux crochets fort pointus, qui sont d’une matière solide, & d’un noir très-poli & très-luisant ; les curieux les enchassent dans de l’or, & en font des curredents estimés, parce qu’ils préservent de douleur & de corruption les parties qui en sont frottées. Quand ces araignées sont vieilles, elles sont couvertes d’un duvet noirâtre, qui est aussi doux & aussi pressé que du velours. Leur corps porte sur dix pieds, qui sont velus par les côtés & hérissés en dessous de deux pointes, qui leur servent à s’accrocher plus aisément par-tout où elles veulent grimper. Tous ces pieds sortent de la partie de devant ; ils ont chacun quatre jointures, & sont munis d’une corne noire & dure, qui est divisée en deux comme une petite fourche. Elles quittent tous les ans leur vieille peau, comme les serpens, & leurs deux crochets. Leurs yeux sont petits & enfoncés. Elles se nourrissent de mouches & de semblables insectes. En quelques endroits elles filent des toiles si fortes, que les petits oiseaux ont bien de la peine à s’en débarrasser. On dit la même chose des araignées des Bermudes ; apparemment c’est la même espèce. Lonvillers. Voyez aussi le P. du Tertre, Hist. des Antilles, Tr. VI. Ch. 4. pag. 3. Il dit que la partie de derrière de cette araignée est grosse comme un œuf de poule ; qu’elles font une petite bourse grande comme la coque d’un œuf, dont la première peau est un cuir délicat comme le cannepin sur lequel les Chirurgiens éprouvent leurs lancettes : tout le dedans est rempli d’une filasse douce comme de la soie, dans laquelle elles posent leurs œufs. Elles tiennent cette bourse sous leur ventre & la portent par-tout avec elles. Quelques habitans des Îles assurent que cette araignée est aussi dangereuse que la vipère. Si on l’agace elle jette un venin subtil, qui rendroit aveugle s’il tomboit dans les yeux. Le poil même de cette bête est venimeux, si on le touche lorsqu’elle est en vie ; il picque & brûle presque comme des orties : si on la presse tant soit peu, elle picque d’un aiguillon plus subtil que celui d’une abeille, mais si venimeux, qu’on a bien de la peine à sauver la vie d’un homme qui en est piqué ; il n’y a presque que le petit cancre de mer qui y puisse remédier. P. du Tertre. Le même Auteur parle encore d’une autre espèce d’araignées peu communes. Elles se trouvent dans les bois, sont toutes plattes, & pas plus épaisses qu’un écu, larges d’un pouce, longues d’un pouce & demi, la partie antérieure a la forme d’un écusson divisé par petits carreaux, & le ventre, ou la partie postérieure, est un ovale assez joliment moucheté & rayé par-dessus. Elles sont toutes grises & ont les jambes fort longues, dures & hérissées, comme les griffes d’un cerf-volant. Quelques relations de la Guinée parlent aussi d’araignées extrêmement grosses ; & Gonzalve Fernando d’Oviédo, dans son Hist. gén. des Indes, dit qu’il y en a aussi dans l’Île Espagnole.

Il y a une araignée qui saute comme les puces pour attrapper sa proie ; on l’appelle aranea pulex. Il y en a une autre, qui pour bien couver ses œufs, les porte avec elle, comme dans une petite corbeille, qui est décrite dans le livre de Harvée, de la Génération des Animaux. C’est apparemment la même que celle dont parle le P. du Tertre, & que nous avons décrite ci-dessus. Il y en a encore une autre à longues jambes, décrite par le sieur Goëdart. Il y a aussi des araignées d’eau volantes, qui se meuvent avec une extrême vîtesse, & qui ont un aiguillon dans leur bouche, de même que les punaises. Jacob de Hoëfnagel a peint trente-cinq sortes d’araignées dans son livre des Insectes.

Lister, de Araneis, Part. I. ch. 8. dit que les araignées macérées dans quelque liqueur que ce soit chassent la fièvre ; cuites dans l’huile, ou de l’eau rose, elles appaisent les douleurs d’oreille, & sont bonnes pour les yeux ; appliquées en emplâtre sur le nombril, elles sont salutaires dans la suffocation de la matrice ; bonnes pour les tumeurs & les douleurs de rate, pour la coagulation du lait, pour la goutte, pour arrêter le sang d’une plaie, pour guérir des ulcères, pour le saignement de nez, &c.

Les araignées sont farouches, d’un naturel féroce & vorace ; les plus fortes & les plus grosses mangent les plus petites, du moins quand elles n’ont point d’autre nourriture. Elles ne mangent ni feuilles ni fruits, mais seulement des insectes comme des mouches, des cloportes, des mille-pieds, des chenilles, des papillons,