Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/495

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Josephe, Philon & plusieurs Commentateurs la divisent en quatre étages, dont le plus bas étoit destiné au lest, & à recevoir les immondices de l’arche. Dans chacun de ces étages il y avoit différens compartimens séparés par des cloisons, & destinés pour différentes espèces d’animaux, ou pour les fourrages & munitions nécessaires. Drexélius en dinstingue 300, le P. Fournier 333, l’Anonyme, Auteur des questions sur la Genèse, 400. Buteo, Temporarius, Arias Montanus, Hostus, & un grand nombre d’autres, en mettent autant qu’il y avoit de différentes espèces d’animaux. Pelletier n’en met que 72, c’est-à-dire, 36 pour les oiseaux, & il appelle ceux-ci volières, & 36 qu’il nomme etables, pour tous les autres animaux. Il croit que les autres multiplioient trop le nombre ; car si on divise 300, 333 & 400 par 8 personnes qui étoient dans l’arche, chaque personne auroit eu tous les jours 37, 41 ou 50 étables ou volières à nettoyer, ou à fournir de provisions, ce qui lui paroît impossible. Cependant si avec les cellules on ne multiplie pas les animaux, cette raison ne paroît pas bien forte ; car il n’est pas plus difficile, & peut-être moins difficile d’avoir soin d’un certain nombre d’animaux dans 400 ou 300 loges, que d’avoir soin du même nombre dans 72 loges. Quoi qu’il en soit, il trouve que 36 de ces loges dans chaque étage, 18 de chaque côte suffisent. Il donne à celles du second étage, dans lesquelles il place les animaux terrestres, 15 coudées 4/9 de long, 17 de large & 8 de hauteur, c’est-à-dire, selon lui, plus de 28 pieds & demi de long, plus de 13 & demi de haut, mesure de Paris. Au troisième étage il place les 36 volières de même, 18 de chaque côté, & leur donne à chacune 4 coudées 4/9 de long, 6 de large, & 4 de hauteur, c’est-à-dire, plus de 24 pieds de long, plus de 9 pieds & demi de large, & plus de 6 pieds & demie de haut. Il trouve encore de quoi placer un grand réservoir d’eau, & tous les magasins nécessaires, & prouve par là non-seulement qu’il n’y a rien d’incroyable dans ce que l’écriture nous rapporte de l’arche & du déluge, mais même que rien n’est plus croyable, & plus sensiblement vrai. Suellius dit que l’arche en sa longueur & largeur occupoit plus d’un demi-arpent. Cunius & un Géomètre nommé Buteo, ont aussi supputé les dimensions de l’arche, afin de montrer qu’elle pouvoit contenir tout ce qu’il étoit nécessaire d’y enfermer. Voyez encore Pererius Jesuite, dans ses Commentaires sur la Genèse, Arias Montanus, dans son Apparat de la Bible de Philippe II. Le P. Kirker, Jésuite, a fait aussi un Traité de l’arche intitulé Arca Noé, où il explique aussi les dimensions de l’arche, la hauteur & la division qu’on y peut faire de différentes étables, magasins & autres lieux nécessaires ; il montre comment tous les animaux, dont il est parlé dans la Genèse, ch. 7 purent tenir très-commodément, avec les vivres & fourrages qui leur étoient nécessaires pour un an.

On dit figurément des Hérétiques & Schismatiques, qu’ils sont hors de l’arche ; pour dire, qu’ils sont hors du vaisseau, hors de la communion de l’Eglise. On a comparé l’Eglise à l’arche, hors de laquelle il n’y a point de vie. Nicol.

On appelle aussi figurément arche, un lieu de retraite. Ainsi Colletet a dit figurément :

Viens me voir en mon fauxbourg,
Où vrai Patriarche
Contre les flots de la Cour
J’ai bâti mon arche.

On dit proverbialement d’une maison où il y a plusieurs ménages, que c’est l’arche de Noé, où il y a toutes sortes de bêtes. On dit la même chose d’un lieu où il y a plusieurs personnes différentes d’âge, de condition, de mœurs, de langage, &c.

Arche, signifie aussi le coffre où furent enfermées les deux tables de pierre, où Dieu avoit gravé ses commandemens, qui furent donnés à Moyse sur la montagne, & qui furent en grande vénération chez les Hébreux, chez lesquels elle fit plusieurs miracles. On l’appela l’arche d’alliance. L’arche fut prise par les Philistins, & renvoyée avec plusieurs présens. L’arche fut mise d’abord sous le Tabernacle, puis dans le Sanctuaire du Temple. L’arche, selon Josephe, étoit longue de cinq paumes, large de trois, & haute de même. Son bois dedans & dehors étoit revêtu de lames d’or, avec des gonds d’or. Sur la couverture de l’arche, qu’on appelait propitiatoire, il y avoit deux figures posées, appelées Chérub, qui sont des animaux ayant des ailes d’une nouvelle espèce de figure, & telles qu’on n’en vit jamais de semblables : mais Moyse en avoit vu la figure au Thrône de Dieu. Génebrard dit que les Rabbins prétendent que c’étoit la figure de jouvenceaux portant des ailes, comme le Liv. II, chap. 3 des Paralipomènes le démontre assez clairement. Aujourd’hui les Juifs ont encore dans leurs synagogues une espèce d’arche, ou d’armoire, dans laquelle ils conservent les Livres sacrés.

Les Juifs appellent cette arche, ou armoire, Aron. Léon de Modéne, Rabbin de Venise, en fait la description au Liv. I, ch. 10 des coutumes & cérémonies de ceux de sa nation, où il dit : Les Juifs ont dans chaque synagogue du côté d’Orient une arche, ou armoire, qu’ils nomment Aron, en mémoire de l’arche d’alliance qui étoit dans le Temple. Ils enferment dedans les cinq Livres de Moyse, écrits à la main sur du velin avec de l’encre faite exprès, &c. Il est parlé dans saint Epiphane & dans saint Jean de Damas, de l’Aron des synagogues. Quelques Auteurs ont confondu ce mot, qui signifie arche dans la langue hébraïque, avec le nom d’Aaron, frere de Moyse ; Tertullien appelle cette arche, armarium Judaicum, l’armoire des Juifs, d’où est venue cette expression, être dans l’armoire de la synagogue ; pour dire, être dans le rang des Livres divins & canoniques. Quelques Théologiens qui n’ont point su ce que c’étoit que l’Aron, ou l’arche des synagogues, ont avancé d’étranges choses touchant cette arche : Scaliger même, tout habile critique qu’il étoit, n’a point entendu le passage de saint Epiphane, où il est parlé de l’Aron. Voyez le mot Apocriphe.

Arche. Terme de Verrerie. Dans les Verreries, les arches sont les arcades ou ouvertures du four, dans lesquelles on met le verre recuire.

Arche de Noé. Terme de Conchyliologie. Nom que l’on donne à une espèce de coquillage marin. Arca Noé, concha. Deux petites arches de Noé coloriées. Cette espèce est rare à trouver coloriée, & conditionnée. Gersaint.

Arche, en termes de Marine, est la boëte de menuiserie qui couvre la pompe ; afin qu’elle ne soit point offensée.

l’Arche de Delft. On appela de ce nom sur la fin du XVI siècle, un vaisseau construit à Delft, parce que, comme l’arche de Noé, il marchoit sans voiles & sans rames, par le moyen des roues cachées au-dedans, que douze hommes faisoient incessamment tourner, & dont le mouvement causoit celui du vaisseau. Larrey. Tom. II, pag. 288.

Arche de triomphe, ou Archi-triomphante. s. f. Terme de Fleuriste. Sorte d’œillet. C’est un pourpre enfoncé sur un blanc passable ; son panache est gros : sa fleur ronde & large ; sa plante délicate, abondante en marcottes, & facile à prendre racines ; elle est sujette aux taches blanches, comme à une espèce de gale qui s’attache à ses fannes : elle vient de Lille.

Arche, terme de Manège. C’est une partie du mors. Il ne faut point se servir de martingale attachée aux arches du mors. Newg. C’est travailler les chevaux à faux, de le faire avec de fausses rênes attachées aux arches du mors : si vous les tirez, cela lâche la gourmette ; ainsi le cheval ne sera jamais bien affermi par ce moyen. Id.

Arche. Voyez Arc. Rivière de Savoye.

ARCHÉAL. adj. m. & f. Terme de Chimie & de l’art Hermétique. Ce qui est de l’archée, ou ce qui appartient à l’archée ; c’est-à-dire, au feu que les Chimistes & les Philosophes Hermétiques croient être au