Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/50

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ABERRATION. s. f. Terme d’Astronomie, qui se dit d’un mouvement en déclinaison, que l’on prétend depuis quelques années avoir trouvé dans les étoiles fixes, différent de celui qui vient du mouvement des étoiles autour des pôles de l’écliptique. M. Bradley, Anglois, est le premier qui l’ait découvert. Il prétend que chaque étoile observée pendant le cours d’une année, semble décrire dans les Cieux une petite ellipse, dont le grand axe est d’environ 40″. La cause de ce mouvement apparent, ou d’aberration, s’il y en a, doit être le mouvement annuel de la terre dans son orbite. J’ai dit, s’il y en a ; car quoique M. Roëmer ait aussi cru trouver ce mouvement par les observations qu’il a faites à Stockholm, néanmoins les plus habiles & les plus exacts astronômes, ayant fait en France les mêmes observations sur les mêmes étoiles que Roëmer, ont à la vérité souvent trouvé quelque chose qui sembloit favoriser cette opinion ; mais plus souvent encore, ou pour le moins aussi souvent, ils n’ont trouvé aucune différence dans la situation de ces étoiles pendant le cours d’une année. D’ailleurs, l’orbite annuelle apparente d’une étoile est si petite, qu’il est impossible de déterminer si c’est une ellipse, ou un cercle, ou quelqu’autre courbe. Voyez Bradley dans les Transactions philosophiques, N°. 406, M. Horrebow dans sa Clavis Astronomiæ, vel Copernicus triumphans. Hawniæ, 1727.

M. Bradley ne prétend pas que ce mouvement apparent des étoiles vienne du mouvement seul de la terre dans son orbite, mais du mouvement de la terre & du mouvement de la lumière que l’étoile lance, combinés l’un avec l’autre. Ce second mouvement s’appelle aberration de lumière. Ces deux mouvemens combinés ensemble sont ce qu’on appelle aberration des étoiles fixes.

Ce terme signifie donc l’éloignement d’une étoile du lieu effectif où elle est. Les étoiles paroissent faire un circuit en ellipse autour du point qu’elles occupent réellement ; c’est ce qu’on appelle aberration. La parallaxe nous fait voir les astres, où ils ne sont pas, & tous les astronômes y ont égard dans leurs observations & leurs calculs ; mais en outre les étoiles ont encore d’autres aberrations. M. Bradley, qui est le premier, je crois, qui se soit apperçu de l’aberration des étoiles, après avoir conclu qu’elle se faisoit par le mouvement progressif de la lumière, donna des règles pour trouver l’aberration en ascension droite. En l’année 1737, M. Claitaut présenta un Mémoire à l’Académie des Sciences sur l’aberration des étoiles, où il donne des méthodes plus sûres & plus exactes pour calculer cette aberration, que tout ce qu’avoient dit MM. Bradley & Manfrédy, en comparant le mouvement progressif de la lumière avec le mouvement de la terre. Quoique M. Bradley prétende avoir observé l’aberration dans le lieu des fixes, néanmoins parce que cette théorie n’est pas encore adoptée de tout le monde, nous ne croyons pas qu’il faille trop se hâter de recevoir une découverte qui n’est encore attestée que par un seul auteur, qui ne s’accorde point avec les observations faites par les astronômes François, & qui est fondée sur le mouvement successif de la lumière, dont les plus habiles astronômes doutent encore. Voici cependant la réflexion d’un célèbre astronôme. Si la France a produit dans le dernier siècle les deux plus grandes découvertes de l’astronomie physique, savoir, l’accourcissement du Pendule sous l’Equateur, dont Richer s’apperçut en 1672, & la Propagation ou le mouvement successif de la lumière, démontré dans l’Académie des Sciences par Roëmer, l’Angleterre peut bien se flatter aujourd’hui d’avoir annoncé la plus grande découverte de ce dix-huitième siècle. Institutions Astronomiques de M. Le Monnier, p. 94.

ABERTIVI. Voyez Taff.

☞ ABESKOUN, ABUSKOW, ou ABKOUN. Île de la Mer Caspienne, éloignée seulement de trois parasangues de la ville d’Esterabad. Il y a dans cette Île une ville & une rivière du même nom.

ABET. Voyez Goza.

ABÉTI, IE, part. & adj. Hebes.

ABÉTIR. v. a. Hebetem, stupidum reddere. Rendre un homme stupide & semblable à une bête. Vous abétirez votre enfant. L’excès du vin abétit. Ce verbe est quelquefois neutre, & signifie devenir bête. Hebescere. On dit, Cet enfant abétit tous les jours. Il n’est guère d’usage ni à l’actif, ni au neutre.

ABEX. Contrée de la haute Éthiopie, en Afrique. Abaxia ora. La côte d’Abex s’étend le long de la mer Rouge, qui la borne au levant. Elle a l’Abissinie & la Nubie au couchant, l’Egypte au nord, & la côte d’Ajan au midi. On la divise en deux parties, la supérieure qui est au nord, & régie par le Béglierbey d’Habeleth ; ses villes principales sont Ercoco & Suaquem. Celle-ci est la capitale & le siége du Gouverneur. L’inférieure est le royaume de Dancala, dont les villes principales sont Dégibelcora & Dégibeldara. La première appartient aux Turcs, & la seconde aux Mores. La côte d’Abex est une partie de l’ancienne Troglodyte.

ABEYANCE. s. f. Abbeyantia, abeyantia. Terme de Droit. Littleton le définit ainsi : Le droit de fée simple est en Abeyance, c’est-à-dire, il est tant seulement en la remembrance, entendement & considération de la ley. Car moi semble que tiel chose & tiel droit que est en divers livres être en Abeyance, est à tant à dire en Latine : Talis res vel tale rectum, quæ vel quod non est in homine ad tunc superstite, sed tantummodo est & consistit in consideratione & intelligentiâ legis, & quod alii dixerunt, talem rem, aut tale rectum fore in nubibus. Edoüard Cok dit que selon les Jurisconsultes, les choses sont en abeyance, Quæ nondum sunt définitæ, aut sententiâ comprobatæ, sed sunt adhuc in expectatione ; c’est, ajoute-t-il, en donnant l’étymologie du mot abeyance, que beer chez les François & les Flamands, signifie, Attendre avec empressement quelque chose. Ce mot abeyance est ancien.

☞ ABGARES. Les Abgares d’Edesse, en Mésopotamie, étoient de petits Rois qu’on voit souvent sur des Médailles, avec des thiares d’une forme assez semblable à celles que portoient certains Rois Parthes. Antiq. du Pere Montfaucon, T. III.

ABHAL. s. m. Fruit de couleur rousse, tirant sur le noir, très-connu dans l’Orient, qui est à-peu-près de la grosseur de celui du cyprès, & que l’on recueille sur un arbre de l’espèce de ce dernier. On le regarde comme un puissant emménagogue ; l’on s’en sert aussi pour hâter l’expulsion des fœtus qui sont morts dans la matrice. Dict. de Med.

☞ ABHER ou ABHERAH. Ville d’Asie, dans la Province de Gebal ou Iraque Persienne, située au quatrième climat à 84 d. 30’de long. & à 36 d. de lat. sept.

AB HOC ET AB HAC. Mots empruntés du Latin dont on se sert dans le style familier, pour dire, Confusément, sans ordre, sans raison, à tort & à travers. Temerè, inconsideratè, inconsultè. Discourir ab hoc & ab hac.

 Ici gît Monsieur de Clézac
Qui baisoit ab hoc & ab hac.Mén.

ABHORRER. v. a. Avoir un sentiment d’aversion qui est l’effet du goût naturel, ou du penchant du cœur ; Abhorrere. On le dit également des personnes & des choses. Suivant la remarque de M. l’Abbé Girard, ce mot n’est guère d’usage qu’au présent. On ne doit pas le confondre avec détester, qui marque également un sentiment d’aversion ; mais ce dernier est l’effet de la raison ou du jugement. On abhorre ce qu’on ne peut souffrir, tout ce qui est l’objet de l’antipathie. Le malade abhorre les remèdes ; une ame bien placée abhorre tout ce qui est bassesse & lâcheté. On déteste ce qu’on désapprouve, & tout ce que l’on condamne. Une personne vertueuse déteste tout ce qui est crime & injustice. On dit aussi, s’abhorrer soi-même dans l’agitation & dans les remords d’un crime.

 Objet infortuné des veangeances célestes,

Je m’abhorre encor plus que tu ne me détestes.
Racine.