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bataille donnée en ce lieu par Henri IV, au Duc de Mayenne, qui y fut défait, quoiqu’il y eût plus de trente mille hommes avec lui, & que Henri n’en eût pas la moitié.

La rivière d’Arques, est une petite rivière de Normandie, qui se jette dans la Manche, près de Dieppe.

Arques, ou Arc, est encore un bourg du duché de Bar, en France. Arca. Il est près de la Meuse : c’est à ce qu’on dit, la patrie de la Pucelle d’Orléans, qui s’appela pour cela Jeanne d’Arc. D’autres disent Jeanne Darc, Joanna Darcia.

☞ Quoique la Pucelle portât le nom de Jeanne d’Arques, ou d’Arc, elle n’étoit point de ce lieu-là, ni de Vaucouleurs qui en est éloigné. Sa véritable patrie étoit Dam-Remy, village alors, aujourd’hui petite ville ou bourg qui en a pris le surnom de Dam-Remy-la-Pucelle. La Pucelle étoit une Paysanne ; on a cru qu’elle portoit le nom de son village. Le Commandant de Vaucouleurs l’envoya au Roi : delà on a cru qu’elle étoit de Vaucouleurs. Mais dans l’acte d’anoblissement de la Pucelle & de la famille, où il étoit important que son nom fût écrit exactement, on lit Jeanne Day, & non pas Jeanne d’Arc, ou d’Arques. Une preuve convaincante que Dam-Remy, ou Domp-Remy étoit sa patrie, c’est qu’en faveur de la Pucelle, aussi-tôt après le sacre de Charles VII, en 1429, il fut exempté de toutes tailles, aides, subvention : privilége confirmée en 1459 par le même Prince, & en 1610 par Louis XIII. Ce n’est pas qu’il n’y ait Arc, ou Arques en Barrois ; mais ce lieu n’est ni auprès de Vaucouleurs, ni la patrie de la Pucelle. Voyez Longuerue, Daniel, &c.

ARQUET. s. m. Terme d’ourdissage. Petit fil de fer attaché le long de la brochette ou du pointicelle qui retient les tuyaux dans les époulins ou espolins, où il forme une espèce de ressort. Encyc.

ARQUICO, ou ERCOCCO. Ville de l’Ethiopie supérieure. Arquicum, Erquicum, Adalis, Adulitum. Elle est sur la côte d’Abex, près de l’île de Macua.

Le Golfe d’Arquico, Sinus adulius, est la partie de la mer rouge, qui s’étendoit depuis le détroit de Babelmandel jusqu’à la ville d’Arquico.

ARQUOI. s. m. Vieux mot. Parure, ajustement.

Quand ils voyent ces pucelettes
En admenez & en arquoi.

ARR.

ARR. Voyez Aar.

ARRACAN. s. m. Ville de l’Inde, de-là le Gange. Arracænum. Elle est sur la rivière de Martaban ou Chaberis, à quinze lieues du golfe de Bengale. Elle est capitale du royaume d’Arracan.

Ce royaume a le golfe de Bengale au couchant, celui de Tipoura au nord, ceux de Canarane & de Brama au levant, & celui du Pégu au midi.

ARRACHEMENT. s. m. Action de la personne qui arrache quelque chose, de quelque nature qu’elle soit. Avulsio, evulsio. Arrachement de dents. Arrachement de clous. Ce mot se dit peu.

Arrachement, est aussi un terme d’Architecture. On appelle les arrachemens d’une voûte, les endroits par où elle commence à se former en cintre ; ce qui est au-dessus de l’imposte. On le dit aussi des pierres qu’on arrache d’un mur, pour y en mettre d’autres en saillie, qui puissent servir de liaison avec un mur qu’on veut y joindre.

Arrache-persil. s. m. On nomme ainsi sur la rivière de Loire, les mariniers qui tirent les équipes ou trains de bateaux qui la remontent jusqu’à Roanne. On les nomme communément des Halleurs. On appelle aussi par injure ces gens qui remontent des bateaux avec une corde attachée au cou, & qui sont obligés de se courber jusqu’à terre, des arrache-persil.

D’ARRACHE-PIED. adv. D’une manière continuë, constante, opiniâtre. Continuò. Un Basque fait volontiers dix lieues d’arrache-pied sans se reposer. Cet homme est si studieux, qu’il travaille tous les matins six heures d’arrache-pied sans intermission. Cela n’est bon que dans le style bas & familier. Lorsque quelqu’un travaille avec tant d’assiduité, qu’on dit de lui, qu’il travaille d’arrache-pied, on veut dire par là ce que les latins expriment par labor improbus, assiduus.

ARRACHER. v. a. Déraciner un arbre, une plante, la tirer avec force. Avellere, evellere, revellere, divellere. Les Mahométans ont fait arracher la plupart des vignes de l’Asie. On donne des terres en Canada à ceux qui veulent les défricher, en arracher les arbres & les racines. Il faut arracher les mauvaises herbes d’un jardin.

Ménage dérive ce mot de abradicare, latin ; les autres de ausreissen, mot allemand, qui signifie la même chose.

Arracher, se dit aussi de tout ce qu’on tire avec effort, qu’on ôte avec force ou violence du lieu où il est attaché, soit qu’il ait des racines, ou non. Les harangères qui se battent, s’arrachent les cheveux, s’arrachent les yeux. On arrache la langue aux blasphémateurs, les mamelles aux homicides des Rois. Ce Médecin lui a fait arracher une loupe. Il a fallu arracher son enfant du ventre pour l’accoucher.

On dit en ce sens, arracher les dents. Arracher les clous, les gonds d’une porte. Arracher un cahier d’un livre. Arracher les plumes d’un oiseau.

Arracher, signifie dans le sens figuré, détacher, séparer, éloigner. On ne peut arracher ce jeune homme d’auprès de sa maîtresse. On ne le peut arracher de l’étude, du jeu, du cabaret. On ne le sauroit arracher de Paris. Il fut arraché de sa patrie. Je l’ai arraché à ses délices.

Arracher de l’argent de quelqu’un. C’est en tirer avec peine de celui à qui on a droit d’en demander. On ne sauroit arracher de l’argent de cet homme-là. On arrache ce qu’on peut d’un mauvais payeur.

Arracher, se dit encore figurément de tout ce qu’on ne peut obtenir qu’avec beaucoup de peine & de travail. Extorquere. C’est un homme fort serré & fort discret, il lui faut arracher les paroles l’une après l’autre. La question a été inventée pour arracher la vérité par la force des tourmens. On dit aussi, arracher un secret à quelqu’un. Ablanc. Pour dire, obliger, ou forcer quelqu’un à révéler une chose qu’il ne vouloit pas dire.

Vous seul, vous m’avez arrachée.
A cette obéissance où j’étais attachée. Rac

Les vraies louanges ne sont pas celles qui s’offrent à nous ; ce sont celles que nous arrachons. Fonten. Combien de gens font des aumônes, que l’importunité des pauvres arrache de leur main, & non pas de leur cœur ? Fléch. Les hommes ne souffrent point qu’on leur arrache leurs sentimens sans résistance. Arn. S. Hilaire arrache le consentement, & enlève l’esprit par la force de ses expressions. Du Pin.

L’estime & le respect sont de justes tribus,
Qu’aux plus fiers ennemis arrachent les vertus.

Corn.

Arracher, se dit dans le même sens, des idées, des opinions auxquelles ont est attaché. On ne pourra jamais lui arracher cette opinion de l’esprit, de la tête ; c’est-à-dire, on ne pourra jamais l’en détacher entièrement, la lui faire perdre. Peux-tu de mes malheurs m’arracher la mémoire ? S. Evr. Eradere penitùs corde, ex animo.

Heureuse, si tu peux m’en croire par avance,
Et si dès aujourd’hui faisant quelques efforts,
Un sentiment si salutaire
T’arrache des plaisirs qui ne dureront guère,
Pour t’épargner mille remords. Pavill.

☞ Dans cette acception il s’emploie aussi avec le pronom, s’arracher à les plaisirs.

Arracher sa vie, signifie, être pauvre, travailler pour

vivre.