Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/562

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nom déterminé & défini ; car alors on met l’article défini ; ainsi quoiqu’on dise, à un soldat, de deux Philosophes, on doit dire aux douze Apôtres, &c. L’adverbe beaucoup veut un article indéfini ; mais il faut un article défini avec l’adverbe bien pris pour beaucoup. Exemple, beaucoup de peine, d’argent, &c. bien de la peine, bien de l’argent, &c. On met l’article indéfini devant un nom pris en un temps indéfini, & régi au génitif par un nom, ou par un verbe, comme user de finesse, vivre d’industrie, joueur de luth, &c. Mais les verbes qui marquent quelque mouvement du corps sur un instrument matériel, veulent après eux l’article défini ; par exemple, Frapper de l’épée, jouer du luth, &c.

L’article partitif s’emploie pour marquer une partie de la chose exprimée par le mot ; par exemple, des savans ont crû, c’est-à-dire, quelques savans, il me faut de la lumière, c’est-à-dire, quelque lumière, &c.

Quelquefois on peut employer indifféremment un article pour l’autre ; par exemple, les gens d’esprit, ou des gens d’esprit font toujours plaisir : mais l’usage a mis une grande différence entre les articles en quelques occasions, comme on le voit dans ces phrases, les gens d’esprit se rendent malheureux, des gens d’esprit se rendent malheureux.

☞ Mais il est évident que dans ces phrases un article n’est pas employé pour l’autre. Les gens d’esprit, c’est-à-dire, la totalité des gens d’esprit, parce que l’article simple est destiné à déterminer le sens individuel spécifique, ou à individualiser les espèces. Des gens d’esprit, c’est-à-dire, quelques-uns des gens d’esprit, parce que cet autre article détermine le sens partitif, ou individualise quelque partie d’une espèce.

Quelquefois enfin, on ne met aucun article aux noms ; l’usage l’a ainsi établi, & cela donne de la force au discours. Par exemple, intérêt, honneur, conscience, tout est sacrifié.

☞ Il est encore évident que ces mots ne se trouvent là sans articles, que parce qu’ils ne doivent pas en avoir, étant employés dans un sens vague & indéterminé.

Le mot un, une, est souvent employé comme un article ; par Exemple un livre ennuyeux est bon pour endormir. J’ai vu ce matin un homme. On voit par ces exemples qu’il a quelquefois la signification de l’article défini, & quelquefois celle de l’article indéfini, Ces observations sont tirées de la Grammaire françoise du P. Buffier, qui a traité cette matière avec plus d’étendue, de justesse & de netteté, qu’aucun de ceux qui ont écrit sur cette matière. On les trouve aussi expliquées dans la Grammaire de M. Restaut.

On peut ajouter encore la remarque de M. de Vaugelas, qui veut que de, qui est le génitif de l’article du, soit toujours immédiatement uni à son nom, sans qu’il y ait rien d’étranger qui les sépare. C’est pourquoi il condamne cette construction : j’ai suivi l’avis de presque tous les Jurisconsultes. Il fait observer que le mot presque, ne devoit point être placé là entre le de & le nom auquel il se rapporte. On dit cependant fort bien : la perte fut d’environ mille hommes. Environ sépare le de de son substantif. Il est bon de remarquer encore, que le pronom relatif ne se peut rapporter à un nom qui n’a point d’article ; parce que les noms indéfinis, ou indéterminés, c’est-à-dire, qui n’ont point d’article, n’ont aucun régime, ni aucune relation. Par exemple, le Roi lui a fait grâce, qu’il a reçue allant au supplice. Ce n’est point écrire purement : car, qu’il ne se peut rapporter à grâce, qui est indéterminée, & qui n’a point d’article. Vaug. Bouh.

☞ Les nouveaux Grammairiens, depuis le célèbre du Marsais, nous donnent une notion bien plus claire de l’article ; & cette division des articles en définis & indéfinis, imaginés par les Anciens n’est plus qu’une source d’erreurs grammaticales. L’article, disent-ils avec raison, est un mot qui ne signifie rien de physique, mais qui fait prendre dans une acception particulière, ceux devant lesquels on les place.

☞ Il y a deux sortes d’articles, les simples et les composés. Les simples, sont le, la, les. Le pour les noms masculins au singulier : la pour les noms féminins de même au singulier : les pour les noms pluriels des deux genres. Les hommes, les femmes.

☞ Les articles composés sont formés des articles simples & des prépositions à & de. Il y en a quatre. Au, aux, du, des.

☞ L’article composé se met au singulier devant les noms qui commencent par une consonne. Au père, du père, c’est-a-dire, à le père, de le père. Devant les noms masculins qui commencent par une voyelle, l’article redevient simple, à l’objet, de l’objet.

L’article est toujours simple au singulier des noms féminins. A la fille, de la fille. Mais il est composé au pluriel des deux genres. Aux pères, aux filles, des pères, des filles, c’est-à-dire, à les pères, à les filles, de les pères, de les filles.

☞ Il est si vrai que au, aux, du, des s’emploient pour à le, à les, de le, de les, que si je dis, cette Actrice plaisoit à tout le parterre, à tous les spectateurs, étoit applaudie de tout le parterre, de tous les spectateurs, & que je supprime tout & tous de ces phrases, il restera après cette suppression, à le parterre, à les spectateurs, de le parterre, de les spectateurs : mais l’usage qui n’autorise point ces façons de parler, fait dire après la suppression, cette Actrice plaisoit au parterre, aux spectateurs, étoit applaudie du parterre, des spectateurs. Il est donc évident que les mots au, aux, du & des, ne sont autre chose que les prépositions à & de combinées avec les articles simples le & les.

☞ Les noms communs ou appellatifs sont précédés d’articles, quand ils expriment toute une espèce de chose. Les arts & les sciences ont-ils rendu les hommes plus sages ? J’entends tous les arts & toutes les sciences, & toute l’espèce humaine. C’est la même chose quand ils expriment une ou plusieurs choses déterminées. Par exemple, les flottes angloises avoient passé près du détroit de Gibraltar, j’entends des flottes déterminées, & un détroit déterminé.

☞ Les noms communs pris dans un sens individuel partitif sont aussi précédés d’articles. Ainsi on dit qu’un homme a du mérite, de la réputation, c’est-à-dire, une portion de ce qu’on appelle mérite, réputation.

☞ Mais le nom commun pris dans un sens individuel & partitif ne prend point d’article, s’il est précédé d’un adjectif qui ne soit pas qualificatif, ou des mots beaucoup, peu, pas, point, rien, sortes, espèces, tout, plus, moins, & que, quand il signifie combien. Voila de beaux fruits. Il a beaucoup, peu de biens, &c. Il est aisé de suppléer les exemples.

☞ Si l’adjectif & le substantif forment ensemble une idée individuelle, alors l’article précède l’adjectif. Avez-vous vu les magnifiques présens que le Roi a faits à un tel ? II est évident que l’adjectif magnifiques, n’est pas simplement qualificatif dans cet exemple, mais qu’il forme un sens individuel avec présens. Mais on dit par une raison contraire, le Roi a fait de magnifiques présens à un tel, parce que cet adjectif n’est pas individualisé avec le substantif, dont il marque simplement la qualification.

☞ Les noms communs ne sont point précédés d’articles, au vocatif. Rois, soyez attentifs ; peuples, prêtez l’oreille. Excepté pourtant quand on adresse la parole à quelque personne du peuple. L’homme, la femme, approchez. C’est par ellipse, dit M. du Marsais, qu’on s’énonce ainsi, & l’on supprime, ô vous, qui êtes homme, femme.

☞ Ils ne prennent point d’articles quand leur signification est déterminée par un de ces mots que M. du Marsais appelle adjectifs métaphysiques, parce qu’ils les font prendre dans une acception individuelle & personnelle, sans marquer aucune qualité physique, mais une simple vue de l’esprit : comme ce, cet, notre, votre, leur, nul, aucun, quelque, chaque, tout, mis pour chaque, certain, plusieurs, tel, mon, ton, son, leurs féminins & leurs pluriels.

☞ Les noms communs ne prennent point d’articles, quand ils sont pris dans un sens vague & indétermi-