Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/568

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Prêtres. Il dit qu’Acca Laurentia, nourrice de Romulus, avoit coutume de faire tous les ans un sacrifice pour les champs ; qu’elle avoit douze fils qu’elle faisoit marcher devant elle dans ce sacrifice ; que l’un des douze étant mort, Romulus en faveur de sa nourrice, promit de prendre la place & le nom de Frère. Il cite sur cela Rutilius Geminus dans ses livres Pontificaux. Pline indique la même chose, en disant que Romulus institua les Prêtres des Champs, à l’exemple d’Acca Laurentia sa nourrice. Il semble que l’analogie de la langue demanderoit que nous dissions Arvaux au pluriel ; mais dans ces mots latins, sur lesquels l’usage n’a rien prononcé, nos Auteurs retiennent la forme latine.

ARUBOTH. Contrée qui étoit du royaume de Salomon, & où il avoit un gouverneur. Aruboth. Ce gouvernement comprenoit encore Secho & la terre d’Epher ou d’Orpher. Ainsi il faut qu’Aruboth fût une contrée voisine de ces deux lieux. S. Jérôme dit que c’étoient les campagnes de Moab, dont la tribu de Ruben fut mise en possession. Ce mot est hébreu, & signifie embûches, ou cavernes, grottes. C’étoit donc sans doute une contrée pleine de grottes & d’antres, propre à tendre des embûches, & à être une retraite de voleurs.

ARVE. Rivière de Savoie. Arva. Elle sort de la montagne appelée Maudite, l’une des glaciales, qui sont toujours couvertes de neige. Elle arrose Cluse & Boncouville, & se décharge dans le Rhône, à un lieu appelé la Queue d’Arva, un peu au-dessous de Genève. On dit que l’on trouvoit autrefois de l’or dans l’Arve.

ARUERIS. s. m. Selon la tradition Egyptienne, étoit fils d’Isis & d’Ofiris, mais d’une façon fort singulière ; car son père & sa mère, qui avoient été conçus dans le même sein, s’étoient mariés dans le ventre de leur mère, & Isis, en naissant, étoit déjà grosse d’Arueris. Cet Arueris fut, dit Plutarque, le modèle de l’Apollon des Grecs.

ARVERNE, ou ARVERNIEN, ENNE. Voyez Auvergne & Auvergnat.

ARVERT. Bourg de Saintonge, en France. Arverta. Il est près de la côte vis-à-vis de l’île d’Oléron, dans la forêt d’Arvert, qui est une petite presqu’île, formée par la rivière de Savion ou de Seudre, & la Gironne.

ARVICITO. Bourg de la Calabre ultérieure, au royaume de Naples. Arvicitum. Il est sur la côte orientale, entre le cap de Stilo & la ville de Castel Vetere.

ARUM. s. m. Plante. Sa tige s’élève peu. Ses feuilles ressemblent à la serpentine, dont elle a les propriétés. Sa graine est aussi jaune que le safran. Le R. P. Plumier, dans ses Plantes de l’Amérique, p. 40 & suiv. distingue six espèces d’arum.

L’Arum montant, à grandes feuilles percées. Arum hederaceum amplis foliis perforatis, s’attache contre le tronc des arbres, de la même façon que nos lierres. Sa tige, qui monte en serpentant, a un peu plus d’un pouce de grosseur, & paroit comme écaillée, à cause des marques des feuilles qui en sont tombées : elle est un peu ridée ; son fond est de couleur de cendre, & les marques des feuilles sont vertes & picotées de quantité de petits points plus foncés : elle jette de part & d’autre quantité de racines, qui s’attachent aux troncs des arbres. La plupart de ces racines sont fort menues & courtes : quelques autres sont fort longues, & un peu plus épaisses qu’une plume à écrire : elles sont rousses, fort souples, & fort adhérentes aux troncs des arbres. La substance intérieure de cette tige est fort blanche, charnue, & mêlée de fibres. Elle pousse des feuilles alternativement fort proches les unes des autres, sur-tout vers le haut, d’environ un pied & demi de longueur, & de neuf à dix pouces de largeur ; elles sont presque pointues au bout, & arrondies vers le pédicule, qui a environ un pied de long, & qui est gros comme le petit doigt, cannelé depuis le milieu jusqu’au bas, mais arrondi dans le reste, & un peu tuméfié dans l’endroit où il s’insère dans la feuille. Ces feuilles sont lisses & membraneuses, tendres, d’un vert fort agréable, plus clair par-dessus que par-dessous. Dans le dessous de la feuille on remarque plusieurs côtes obliques & élevées. Il y a une grande fente dans l’espace compris entre deux de ces côtes, qui ressemble en quelque façon à une plaie ouverte, & rebordée en dedans ; & toute la feuille a quelque apparence d’un masque assez grotesque. Il sort du sein des feuilles supérieures une espèce d’enveloppe, qui est une feuille un peu plus épaisse que les autres, & semblable à celle qui renferme le fruit du pied de veau commun, ou Arum vulgare. Elle a plus de demi pied de long : sa substance est membraneuse, verte par dehors, jaune, luisante, & fort unie en dedans : quand elle s’ouvre, on découvre un fruit fait à peu-près comme un épi de blé de turquie, de forme cylindrique, mais arrondi par le bout : il a environ cinq pouces de long sur un pouce de diamètre ; il est fort tendre, fort poli, de couleur d’or, & comme buriné par carreaux à six pans de la grandeur d’une lentille, disposés comme les cellules d’une ruche de mouches à miel : au milieu de chaque carreau, il y a une petite bossette un peu plus longue que large, de couleur d’azur, de façon qu’il semble que ce soit un saphir, enchâssé dans un chaton doré. Quelques Auteurs ont remarqué que cette plante est un remède souverain contre la morsure des bêtes venimeuses. On en trouve en plusieurs endroits de l’Amérique. C’est le bois des couleuvres du Père du Tertre, Histoire des Antilles, Tr. III. C. 4. §. 13, le Clematis Malabarensis foliis latis colore dracunculi de G. B. le lignum colubrinum primum Acosta Lugd. Lib. XVIII. c. 140. P. Plum.

Arum montant en trèfle, & à oreillons. Arum hederaceum, triphylum & auritum. Cette plante diffère de la précédente, en ce que sa tige est d’un vert cendré, lisse, & qu’elle a plusieurs nœuds annulaires fort près les uns des autres, de chacun desquels il sort une racine fort longue, d’environ une ligne d’épaisseur. Le pédicule des feuilles a presque deux pieds de long ; il est fort large au commencement, & embrasse la tige ; il est creusé en canal jusqu’environ le tiers, puis long d’environ deux lignes d’épaisseur. La feuille qui est lisse, a presque la figure d’un fer de pique, neuf à dix pouces de long, & près d’un demi-pied de large. Elle est accompagnée de chaque côté d’une feuille encore plus petite, & chacune de ces feuilles a une oreillette placée du côté du pédicule. Les fruits naissent parmi les pédicules de ces feuilles, semblables à ceux de nos pieds de veau. Leur enveloppe, qui a neuf ou dix pouces de long, est étranglée vers le tiers de la hauteur, lisse en dedans & en dehors, d’un vert tout-à-fait beau ; mais la moitié d’en-bas du dedans est d’une couleur de feu très-agréable ; le reste vert-pâle. Elle enferme comme deux pilons joints ensemble par un col fort étroit de couleur vermeille, cylindriques & longs de sept à huit pouces, sur plus d’un demi pouce d’épaisseur ; celui d’en-haut est une fois plus long que celui d’en bas. Il est comme doré, & tout buriné par deux lignes spirales, qui montant l’une à droite, & l’autre à gauche, composent un ruisseau, dont les carreaux sont comme joints par une espèce de suture. Ils ont chacun en leur milieu un petit trou fort enfoncé. La partie d’en bas est divisée en carreaux hexagones barlongs de couleur vert gai, dont les extrémités s’emboîtent l’une dans l’autre. Il y a dans le fond de chacun une petite demi-boule blanche, de sorte qu’il semble qu’on ait enfoncé une perle dans une émeraude. P. Plum.

Arum montant, à feuilles fermes, froncées & fendues. Arum hederaceum, soliis bisectis & fulcatis. Outre ses différences marquées dans son nom, parmi les pédicules des feuilles qu’il porte vers le bout, au nombre de sept ou huit, il sort quelques fruits qui penchent en bas, attachés à des pédicules de plus d’un demi-pied de long, sur trois ou quatre lignes d’épaisseur, articulés en deux ou trois endroits, & garnis en chaque articulation d’une feuille creuse, longue, étroite, & grisatre. Ces feuilles enveloppent le fruit dans sa naissance ; il est cylindrique, long d’environ quatre pouces, sur un de diamètre, émoussé par le bout, tout couvert, lorsqu’il sort de ces enveloppes, de quantité de filamens longs & menus comme des cheveux, d’un tanné fort obscur, & entortillés presque comme ceux

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