Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/61

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Abreuvoir. Défaut des arbres. C’est la même chose que la gélivure. Voyez ce mot.

On dit proverbialement d’une plaie large & sanglante, que c’est un abreuvoir à mouches. Il lui a porté un coup à la tête, & lui a fait un grand abreuvoir à mouches. Ablanc. On dit aussi, qu’un bon cheval va bien tout seul à l’abreuvoir, quand on se leve de table pour prendre soi-même à boire au buffet. Ces phrases sont du style burlesque.

ABRÉVIATEUR. s. m. Celui qui abrége l’ouvrage d’un autre, Auteur d’un abrégé. Qui epitome conficit. M. de Sponde Evêque de Pamiers, est l’abréviateur de Baronius. M. Bernier a rendu un grand service au public ; il est l’abréviateur de Gassendi. Les abréviateurs sont cause qu’on se peut passer des originaux. Il faut du goût & de l’intelligence pour être un excellent abréviateur.

Abréviateur, se dit encore de deux sortes d’Officiers de la Chancellerie Romaine. Les abréviateurs, qu’on appelle de parco majori, sont des Prélats à qui le Régent de la Chancellerie, distribue les suppliques, & qui ont des substituts pour dresser la minute des Bulles. Et les abréviateurs de parco minori ont le soin de dresser les dispenses de mariage.

Ils sont nommés Officiers de Parco, parce qu’ils s’assemblent au Parquet de la Chancellerie, & Abréviateur, parce qu’ils dressent les minutes & les bréviatures des lettres apostoliques.

ABRÉVIATION. s. f. Retranchement de quelques lettres dans un mot, quand on veut écrire vîte, ou en moins d’espace. C’est ainsi que nous écrivons, M. Monsieur ; Chlet. pour Châtelet. Il y a ordinairement quelques marques ou traits de plume sur les mots Abrégés. Scribendi compendium. Les signatures de la Cour de Rome sont pleines d’abréviations. L’écriture Gothique étoit incommode à cause de ses abréviations. On ne sauroit lire les Ecrits des Rabbins, qu’on n’ait une explication des abréviations Hébraïques. Les Copistes, ou les Ecrivains Juifs ne se contentent pas de faire des abréviations, comme les Grecs & les Latins, en retranchant quelques lettres ou syllabes dans un mot. Ils ne mettent d’un mot que la première lettre ; ר signifie Rabbi : א signifie אל, ארוגו, ou אמר, &c. selon l’endroit où il se trouve. Souvent même ils prennent ces premières lettres de plusieurs mots de suite, les joignent ensemble ; & en y ajoutant des voyelles, ils font un nom barbare qu’ils donnent à la personne qui porte les noms qu’ils ont abrégés de la sorte. Ainsi Rabbi Schelomoh Jarhhi, en jargon d’abréviations Hébraïques s’appelle Rasi ; Rabbi Moyse ben Maïemon, Rambam ; & de même en d’autres dictions que les noms propres. נבוא, par exemple, est mis pour מתז בםפר יבשהאף, Donum in abdito avertit iram. Mercerus, David de Pomis, Schindler, Buxtorf, & d’autres, ont fait des explications de ces espèces de chiffres, sans lesquelles on ne peut aborder les Rabbins, sur-tout en commençant. Les abréviations de l’écriture s’appeloient Notes dans l’Antiquité. On les appelle encore ainsi dans les anciennes inscriptions Latines. Plusieurs ont fait des collections & des explications des abréviations Romaines. Une des plus amples est celle de Sertorius Ursatus, qui se trouve à la fin des Marbres d’Oxford. Sertorii Ursati Equitis, de notis Romanorum Commentarius. Tous ces mots viennent du Latin Abbreviare, dont l’origine est brevis, bref, court, qui vient du Grec Βραχὺϛ.

Abréviations, chez les Négocians, Banquiers & teneurs de livres, sont des lettres initiales ou des caractères dont ils se servent pour abréger certains termes de Négoce, & rendre leurs écritures plus courtes.

ABRÉVIATURE. s. f. Ce mot est la même chose qu’abréviation, mais il est moins usité. M. le Clerc se sert ordinairement d’abréviature au lieu d’abréviation. M. Gale, dans l’édition de quelques auteurs Grecs qu’il a procurée, en a banni toutes les abréviatures. Le Clerc.

ABRI. s. m. Lieu à couvert du soleil, du vent & du froid, Locus ab aeris injuria defensus. Ces espaliers sont à l’abri du mauvais vent. Ce lieu est à l’abri du soleil. On se met à l’abri quand il pleut. Ce mot vient de apricus, quoiqu’il signifie tout le contraire. Ménage veut qu’il vienne d’opericus, inusité, qu’on a fait d’operio, je couvre.

Je veux une coëffure, en dépit de la mode,
Sous qui toute ma tête ait un abri commode. Mol.

On le dit fort souvent en terme de Marine. Mouillage, ou encrage à couvert du vent. Cette rade est à l’abri des vens du nord. Ces montagnes mettent ce port, ce mouillage, à l’abri. C’est un bon abri.

Abri, se dit figurément en Morale d’un lieu où l’on est en sûreté, de tout ce qui nous met hors de danger. Perfugium tutum à, &c. L’étude des cas de conscience n’est point un art de s’aveugler, pour pécher à l’abri des Loix. La Plac. On s’en sert particulièrement pour exprimer un lieu de refuge & de sûreté contre les inconstances du sort, & contre les revers. La solitude est un bon abri contre les coups de la fortune. Il est entré au service du premier Ministre ; c’est un bon abri contre ses ennemis. Son amitié me doit servir d’abri & de consolation dans mes disgraces.

A l’abri. Façon de parler adverbiale, qui signifie à couvert. Se mettre à l’abri du vent, de la pluie, du mauvais temps.

On le dit aussi de ce qui met à couvert. On se met à l’abri d’un mur, d’un arbre, contre un mur, contre un arbre. Un vaisseau est à l’abri d’une île. On le dit au figuré dans ces deux acceptions. On est à l’abri de la persécution : on est à l’abri de la faveur. Dans ce dernier sens de équivaut à par le moyen de. Si, dans la pauvreté, on est à l’abri des inquiétudes des richesses, l’on n’y est pas exempt des soins rongeans de la misère. S. Evr. Sa vertu est maintenant sans tache à l’abri de son peu de mérite.

A l’abri d’une longue & sûre indifférence
Je jouis d’une paix plus douce qu’on ne pense.

Deshoul.

On dit aussi adverbialement, se mettre à l’abri de l’orage. Etre à l’abri des coups. Ce criminel ayant eu avis qu’on le vouloit prendre, s’est mis à l’abri, & s’est sauvé en quelque asyle. On dit aussi d’un prisonnier, qu’on l’a mis à l’abri, qu’on s’en est assuré, qu’on l’a mis en prison.

On dit proverbialement : Un homme sans abri, c’est un oiseau sans nid.

ABRIC. s. m. Quelques Chimistes Anglois nomment ainsi le soufre. Harris, Boyer.

ABRICON. Vieux s. m. plus communément Bricon. Charlatan, trompeur, séducteur.

ABRICORNER. v. a. Inducere. Borel dit que ce mot vouloit dire autrefois Charlater ; c’est-à-dire, Engager comme font les Charlatans ; gagner, obtenir ce qu’on veut. Il cite une vieille traduction d’Ovide, où il est parlé de ce que fit Ulysse pour obtenir qu’Iphigénie fût sacrifiée.

Bientôt la mere abricorner.

ABRICOT. s. m. Prunum, ou Malum armeniacum. Fruit participant de la pêche & de la prune. Il est doux & agréable au goût. Il est un peu rouge & jaune en mûrissant, & pour cela on l’a appelé à Rome Chrysomèle, comme qui diroit, Pomme d’or. Il mûrit en Juin avant les autres fruits, & pour cela on a appelé chez les Médecins ces fruits, Mala præcoqua ; c’est-à-dire, hâtifs. Il y a trois sortes d’abricots. Les abricots ordinaires, qui ne mûrissent qu’à la mi-Juillet ; les abricots hâtifs, qui se mangent dès le commencement du même mois ; & ceux qu’on nomme le petit abricot, qui vient à la mi-Juillet. Chomel. Ménage fait dériver ce mot de mala præcoqua, ou præcocia ; d’autres du grec αϐριν qui signifie Mou & délicat, ou du latin aperitium, parce qu’il s’ouvre faci-