Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/62

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lement. Mais Mathiole dit que les abricots retiennent le nom que les Grecs leur ont donné, qui les appellent Bericocia. On dit que les abricots en Perse sont un poison, & même qu’ils sont si dangereux en Piémont, qu’un seul a quelquefois donné la fièvre : & néanmoins la Framboisière soutient qu’ils valent mieux que les pêches ; car ils ne se corrompent ni ne s’aigrissent dans l’estomac : & d’habiles gens prétendent que les abricots ne sont pas plus pernicieux en Piémont qu’en France, & qu’ils ne sont fiévreux que lorsqu’ils sont verts, de même que la plûpart des autres fruits. Il y a une espèce d’abricot qui est tout blanc dehors & dedans, qui s’ouvre net, & qui est de bon goût. Il y en a un autre qui est jaune, & plus rouge que les autres, dont le noyau tient à la chair, dont le goût est exquis, musqué & extraordinaire ; son amande est douce comme celle de l’amandier. Les abricots verts sont les premiers fruits qui se confisent. On les prend tendres, avant que le bois du noyau commence à se durcir. On les passe dans l’eau claire, avec un peu de bon tartre pour détacher la bourre qui est dessus ; puis on les essuie chacun à part, pour ôter cette bourre, & on les confit, mettant une livre de sucre pour chaque livre de fruit : si c’est pour manger en compote, il suffit de demi-livre de sucre sur une livre de fruit. Les abricots, en leur parfaite grosseur, se confisent pelés & sans peler. Voyez dans Chomel la manière de faire les compotes, les marmelades, les pâtes, & les confitures d’abricots. On dit non-seulement, Une marmelade d’abricots, Une compote d’abricots ; mais encore, Des abricots en compote, Une assiette d’abricots en marmelade, Des abricots confits.

Blanchir ou faire blanchir des abricots. Terme de Confiseur. C’est la première façon qu’on leur donne pour les confire. Elle consiste à les jeter dans l’eau bouillante ; après leur avoir ôté le noyau. Il faut prendre garde qu’ils ne se lâchent trop dans l’eau. Ensuite on les tire proprement avec une écumoire, & on les met égoutter sur un tamis.

Peler des abricots verts. Terme de Confiseur. C’est leur ôter la bourre, ou la première peau, pour les mettre en confiture ou en compote. Cela se peut faire en deux manières. La première est de mettre les abricots verts dans une serviette, & suivant la quantité que l’on en a, broyer du sel à proportion le plus menu que l’on pourra, & le jeter sur les abricots, que l’on arrose ensuite avec une cuillerée d’eau & de vinaigre. On peut les laisser ainsi dans la serviette, ou les sasser bien d’un bout à l’autre de la serviette, jusqu’à ce que la bourre soit tombée. Il faut ensuite faire tomber le sel, les jeter dans l’eau fraîche, & les bien laver. L’autre manière est de faire une lessive avec de la cendre de bois neuf, & lorsque la cendre aura bouilli, jeter les abricots dans cette lessive parmi la cendre, & la faire bouillir, jusqu’à ce qu’ils se débourent & quittent la première peau, en les frottant doucement avec les mains. Si l’on n’a point de bonnes cendres, on peut faire une lessive de cendres gravelées. Enfin, on les lave comme dans l’autre préparation.

Abricot hâtif. Petite espèce d’abricot. La chair en est fort blanche, & la feuille plus ronde, & plus verte qu’aux autres ; mais pour cela il n’est pas meilleur. Id.

Les abricots ordinaires sont bien plus gros, & ont la chair jaune, & ne mûrissent que vers la mi-Juillet. Il en faut mettre aux quatre expositions pour en sauver, quand il vient des gelées pendant la fleur. Id.

En Angoumois il y a un petit abricot à amande si douce, qu’on la prendroit presque pour des avelines. On laisse souvent les noyaux pour la manger. Cet abricot a la chair blanche, & est très-bon en ce pays-là.

Abricot. s. m. Est aussi un fruit de l’Amérique, & principalement de S. Domingue, que les Espagnols appellent Mamet, & que les François nomment Abricot, quoique ce nom ne lui convienne que par la couleur de sa chair. Il est presque rond, & quelquefois de la figure d’un cœur, dont la pointe est émoussée. Il a depuis trois jusqu’à sept pouces de diamètre : il est couvert d’une écorce grisâtre, de l’épaisseur de plus d’un écu, forte & souple comme du cuir. Sous cette écorce on trouve une seconde peau jaunâtre, mince, mais forte & adhérente à sa chair. Après qu’on l’a enlevée, on trouve la chair du fruit, qui est jaune & ferme comme celle d’une citrouille, & d’une odeur aromatique. Quand on le mange cru, il laisse une bonne odeur dans la bouche, mais un peu amère & gommeuse. La manière ordinaire de le manger, est de le mettre par tranches dans un plat avec du vin & du sucre : cela lui ôte son amertume & sa gomme. On en fait aussi des marmelades & des pâtes qui sont astringentes, pectorales & de bon goût. Voyez le P. Labat, tome I. de ses Voyages. On trouve dans son milieu un, deux ou trois noyaux fort durs. Voyez Abricotier.

ABRICOTÉ. s. m. Dragée faite d’un petit morceau du fruit de l’abricot entouré de sucre. Prunum armeniacum saccharo conditum.

ABRICOTIER. s. m. Armeniaca Malus, ou Prunus armeniaca. Arbre d’une moyenne grandeur, dont les feuilles sont posées le long des branches alternativement, semblables à celles du tilleul, mais plus arrondies. Ses fleurs sont composées de cinq pistils disposés en roses dans les échancrures du calice, qui est un godet découpé en cinq parties. Le pistil devient un fruit charnu, presque sphérique, d’un côté sillonné de sa base à sa pointe, & qui renferme dans sa chair un noyau osseux, un peu aplati, & ne contenant qu’une amande, douce en quelques espèces, amère en d’autres. Les espèces d’abricotiers se distinguent sur-tout par la variété de leurs fruits.

La place la plus convenable aux abricotiers, est le plain-vent. Le fruit est d’un goût bien plus relevé. Toutes les expositions en espalier leur sont bonnes. Les fruits de ceux-ci sont plus gros, mais inférieurs aux autres pour le goût. Ils mûrissent dès le commencement de Juillet, sur-tout la petite espèce qu’on appelle abricot hâtif.

Les abricotiers aiment mieux une terre légère & sablonneuse qu’une terre grasse.

On greffe l’abricotier sur prunier & sur amandier. Il faut observer de ne pas prendre les écussons sur une branche qui ne vient que d’être coupée. Il est important de ne greffer que le lendemain. Les greffes en réussiront plus sûrement.

Les abricotiers qui n’ont qu’un an de greffe, pourvû que le jet soit beau, valent mieux pour planter que ceux qui en ont deux ou davantage.

Abricotier. s. m. Arbre de l’île de S. Dominique. Il est grand, & un des plus beaux arbres qui se puissent voir. Son bois est blanchâtre, ses fibres assez grosses ; son écorce est grise & assez unie ; ses feuilles sont longues de six à sept pouces, en manière d’ellipse, un peu pointues par un bout, d’un très-beau vert, & un peu plus épaisses qu’une pièce de douze sous. Ses branches sont grandes & fort garnies de feuilles ; de manière qu’il fait un ombrage charmant. Cet arbre est mâle & femelle ; le mâle ne porte que des fleurs, le femelle rapporte beaucoup. Quand on ne trouve qu’un noyau dans un fruit, on est sûr qu’en le plantant il produira un arbre femelle.

ABRIER. v. a. Vieux mot qui signifioit, Protéger, défendre, mettre à l’abri, couvrir. Defendere, operire. Mézerai l’a employé. Je dis au Comte qu’il n’oubliât de rejeter ma robe sur son lit, en manière qu’elle les abriât tous deux. Montagne. Il seroit à souhaiter que ce mot pût revivre. Les Jardiniers s’en servent, pour dire Mettre une couche, une fleur à l’abri du vent. Abri est encore en usage. Pourquoi perdre Abrier, qui en vient naturellement, & dont le son est très-agréable ? M. Coste, note 10, sur le premier liv. des Essais de Montaigne. On emploie plus communément le mot abriter.

☞ ABRIÉ. Terme de marine, qui est à l’abri du vent. Ainsi on dit, Que le petit hunier est abrié par le grand hunier, parce que celui-ci empêche le vent de passer jusqu’à lui.