Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/77

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débrouillé les différens sentimens, ou plutôt les différentes méthodes de traiter la Philosophie, dont se servoient ceux qu’on appelait de son temps les partisans de la nouvelle, & de l’ancienne Académie. L’ancienne Académie doutoit absolument de tout, & alloit même jusqu’à douter s’il falloit douter, se faisant une espèce de principe de ne jamais rien assurer, & de ne jamais rien nier, de ne tenir rien ni pour vrai, ni pour faux. La nouvelle Académie étoit un peu plus raisonnable : elle reconnoissoit plusieurs vérités, mais sans s’y attacher avec assurance. Ces Philosophes s’appercevoient bien que le commerce même de la vie & de la société est incompatible avec ce doute absolu & général de l’ancienne Académie ; mais cependant ils regardoient les choses comme probables, plutôt que comme vraies & certaines ; & par ce tempéramment ils croyoient se tirer des absurdités dans lesquelles tomboit l’ancienne Académie. Voyez encore Vossius, de Sect. Philos. c. 12, 13 14, 15, & Georges Hornius, Hist. Philos. L. 3. C. 20.

Académie. s. f. Assemblée de gens de Lettres, où l’on cultive les Sciences & les beaux Arts. Academia. Le premier Instituteur des Académies, & qui le premier leur a donné des règlemens, est Antonio Panormita, sous le règne d’Alphonse I. d’Arragon roi de Naples, qui favorisa beaucoup cette institution. Voyez Bernardino Tafuri, Dell’invenzioni uscite dal regno di Napoli, dans le Racc. d’Opusc. XII. p. 380 & suiv.

Jovianus Pontanus succéda au zèle & au soin qu’avoit eu Panormita de cette Académie. Une partie des Académiciens qui s’y firent recevoir, furent André-Matthieu Acquaviva Duc d’Acri, Alphonse Janvier, Alphonse Gianuario, Alexander ab Alexandro, Antoine de Ferrariis, Antoine Giarlone Seigneur d’Alifé, Antoine Tebaldo, Belisaire Acquaviva Duc de Nardo, Elie Matchèse, Ferdinand d’Avalos Marquis de Pescara, François Puderico, Jean de Sangro, le Cardinal Jérôme Séripando Archevêque de Salerno, Jérôme Carbone, Junianus Maggius Maître de Sannazaro, Jean Aniso, Jérôme Angeriano, Jérôme Borgia, Gabi-Altilio, Jean Eliseo d’Anfratta, dans l’Apouille, Jacques Sannazareo, Luc Grasso, Maxime Cruino, Pierre-Jacques Gianuario, Pierre Compare, Pierre Summonte, Rutilio Zenone, Trojano Cabaniglia Comte de Troja & de Montella, Tristan Carraciolo Thomas Fusco, &c. Les étrangers furent M. Anton. Flaminius de Sicile, M. Ant. Michele Vénitien, Barthélemi Scala de Florence, Basile Zanchi de Lucques, Cariteo Espagnol, le Cardinal Gilles de Viterbe, de l’ordre des Ermites de saint Augustin, Jean Cotta de Vérone, Pierre Valérien François, Jacques Latomus de Flandre, Jean Pardo Arragonois, le Cardinal Jacques Sadoleri de Modène, Louis Montalte de Syracuse, Matthieu Albino de Venise, Michel Marulle de Constantinople, Nicolas Grudius, Pierre Gravina de Catane, le Cardinal Pierre Bembe & autres : tous gens célèbres par leur capacité & leurs ouvrages. Cette Académie fut établie en 1470. La seconde qui fut établie en Italie, fut celle de Florence, que la libéralité de Laurent de Médicis fit naître. La troisième fut érigée par le Duc d’Urbin. Le Cardinal Bembe & Castiglione en parlent avec éloge. La quatrième est celle de Sienne. Voyez M. Tafuri, Racc. d’Opusc. XII. pag. 380. 420.

L’Abbé Piazza a donné le catalogue de toutes les Académies d’Italie, avec leurs noms bizarres, après en avoir fait une recherche exacte. P. Helyot T. VIII. p. 444.

En France il a toutes sortes d’Académies établies par Lettres Patentes dans Paris : l’Académie Royale des Sciences, pour cultiver la Physique, la Chimie, & les Mathématiques : l’Académie Françoise pour la pureté de la Langue : l’Académie des Médailles & des Inscriptions : l’Académie d’Architecture, pour les bâtimens. L’Académie de Peinture est une école de Peintres & de Sculpteurs ; & l’Académie de Musique est établie pour les Opéra. Il y en a même d’établies dans les villes particulières, comme Arles, à Soissons, à Nismes, &c. Il y a à Toulouse l’Académie des Lanternistes.

Académie Françoise. Compagnie de gens de lettres, dont l’objet est de travailler à la perfection de la Langue françoise. Academia Gallica. L’Académie Françoise n’a été établie par édit du Roi qu’en l’année 1655 ; mais on peut dire que son origine est de quatre ou cinq ans plus ancienne, & qu’elle doit en quelque sorte son institution au hasard. Environ 1629, quelques particuliers logés en divers endroits de Paris, ne trouvant rien de plus incommode dans cette grande ville, que d’aller fort souvent se chercher les uns les autres sans se trouver, résolurent de se voir un jour de la semaine chez l’un d’eux. Ils étoient tous gens de lettres, & d’un mérite fort au-dessus du commun : M. Godeau, depuis Evêque de Grasse, qui n’étoit pas encore Ecclésiastique, M. de Gombault, M. Chapelain, M. Conrart, M. Giry, M. Habert commissaire de l’Artillerie, M. l’Abbé de Cérisy son frère, M. de Serizay & M. de Malleville. Ils s’assembloient chez M. Conrart. Là ils s’entretenoient familièrement de toutes sortes de choses, d’affaires, de nouvelles, de belles lettres. Si quelqu’un de la compagnie avoit fait quelque ouvrage, il le communiquoit volontiers à tous les autres, qui lui en disoient librement leur avis ; & dans la suite, quand ils parloient de ce temps-là, & de ce premier âge de l’Académie, ils en parloient comme d’un âge d’or.

Ils avoient arrêté de ne parler à personne de leurs assemblées, & cela fut observé exactement pendant ce temps-là : mais enfin vers le commencement de l’année 1634, le cardinal de Richelieu en eut connoissance, & leur fit proposer de faire un Corps, de s’assembler régulièrement, & sous l’autorité publique. Ils l’acceptèrent, malgré les oppositions de deux d’entre eux ; & pour donner quelque forme & quelque ordre à leurs assemblées, ils résolurent de créer d’abord trois Officiers : un Directeur & un Chancelier, qui seroient changés de temps en temps, & un Secrétaire qui seroit perpétuel. Outre ces trois Officiers on créa un Libraire de l’Académie, lequel devoit aussi lui servir comme d’Huissier. On donna à la Compagnie le nom d’Académie Françoise, qui avoit été approuvé par le Cardinal. Quelques-uns l’ont nommée depuis l’Académie des beaux esprits. D’autres l’Académie de l’éloquence. Plusieurs ont cru qu’elle s’appeloit l’Académie éminente, par allusion à la qualité du Cardinal son protecteur ; mais elle ne s’est jamais appelée elle-même que l’Académie Françoise.

Par une lettre du 22 Mars 1634, elle supplia le Cardinal d’être son protecteur. Les lettres patentes de l’établissement furent expédiées au mois de Janvier 1635, & elles furent apportées à la compagnie le 29 Janvier de la même année. Les statuts qu’on avoit faits, furent approuvés par le Cardinal ; mais les lettres patentes ne furent enregistrées au Parlement, qu’après bien des difficultés, & le furent enfin le 10 Juillet 1637, avec cette restriction : A la charge que ceux de ladite assemblée & Académie ne connoîtront que de l’ornement & embellissement & augmentation de la Langue Françoise, & des livres qui seront par eux faits, & par autres personnes qui le désireront & voudront.

L’Académie prit un contre-sceau, où doit être représentée une couronne de laurier, avec ces mots : A l’Immortalité.

Le nombre des Académiciens est de quarante, d’où vient qu’on les a souvent appelés les Quarante de l’Académie Françoise. Pour élire ou destituer un Académicien, il faut que les Académiciens soient assemblés au nombre de vingt au moins. Ces élections & destitutions se font par ballotes blanches & noires. Pour élire, il faut que le nombre des blanches passe de quatre celui des noires. Pour destituer, il faut que celui des noires passe de quatre celui des blanches. L’Académie ne s’est assemblée d’abord qu’une fois par semaine. Ce fut d’abord le lundi ; puis le mardi, ensuite le samedi, après quoi l’on revint au mardi. Enfin, à raison de son travail pour un Dictionnaire, elle s’assembla deux fois chaque semaine, le mer-