Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, II.djvu/672

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couvre la tête, comme d’un bonnet ordinaire. Il est composé de plusieurs remèdes cephaliques qu’on mêle avec du cotton, & qu’on pique entre deux taffetas, ou entre deux toiles fine, comme un matelas. On s’en sert dans quelques maladies du cerveau. Cucupha.

Coeffe, en termes de Botanique, se dit de l’enveloppe déliée & légère de quelques fleurs, & de quelques semences. Calyptra. ☞ C’est une enveloppe mince, membraneuse, souvent conique, qui embrasse la partie de la fructification, comme dans le blé de Turquie. Voyez les différentes espèces de Calice au mot Calice.

Ce mot, selon Ménage, vient de cufa, ou de gufa, qui signifie un vêtement velu ; & les Grecs ont dit aussi κουφία, en la même signification de coëffe. Ou bien il vient de l’Hébreu cupha, qui signifie un vêtement qu’une femme met sur sa tête. Du Cange dit qu’on a dit dans la basse Latinité cuphia, cofea, coëffa, & cucupha, en la même signification. A l’égard des femmes, ce sont des couvertures de taffetas, de gaze, de crêpe, qu’elles mettent quand elles sortent, ou quand elles n’ont pas ajusté leurs cheveux. Calentica, Reticulum. On appelle aussi des coëffes à dentelle, des coëffes de cornette, celles qu’elles portent dans le lit, ou quand elles sont en déshabillé.

Coëffe signifie quelquefois femme, comme chapeau signifie homme. Nous étions dix coëffes & autant de chapeaux. Expression populaire.

On dit bassement, cela est triste comme un bonnet de nuit sans coëffe. Les femmes disent aussi d’une marchandise dont elles n’ont point d’envie, je n’y porterois pas mes coëffes.

☞ COËFFER, ou avec l’Académie, coiffer, v. a. couvrir la tête. Operire caput, tegere. Les François se coëffent d’un chapeau, les Turcs d’un turban, les Moines d’un froc, quelques nations avec un simple bonnet.

Coëffer signifie, par extension, parer sa tête de ce qui sert à la couvrir, ou de ses propres cheveux. Se coëffer en cheveux, avec ses cheveux, avec un bonnet. L’art de coëffer ; ouvrage intéressant, divisé en quatre parties. Tout y est traité avec l’étendue & la méthode que demande l’importance de la matière. L’auteur traite de toutes les manières de se coëffer, afin que les femmes puissent choisir celles qui vont mieux à l’air du visage. Tèrence dit des femmes qu’elles sont des années entières à se coëffer, à s’attifer. Dùm pectuntur, dùm comantur, annus est.

☞ On dit d’une femme qu’elle se coëffe bien ; pour dire, qu’elle entend bien l’art d’orner sa tête, de l’ajuster : & d’une coëffeuse qu’elle coëffe bien, qu’elle coëffe à merveille ; pour dire, qu’elle donne un bon air, de la grace à toutes les coëffures des femmes dont elle se mêle.

☞ On dit qu’un Perruquier coëffe bien ; pour dire, que les perruques qu’il fait, sont de bon air : & qu’une perruque, un chapeau coëffe bien ; pour dire, qu’ils vont bien à l’air du visage.

On disoit autrefois à Paris de N. qu’il se chaussoit comme les autres se coëffent, & qu’il se coëffoit comme les autres se chaussent ; parce qu’il portoit des souliers de Castor, & des calottes de satin étant les seules qui fussent d’usage, celles de cuir n’étant devenues à la mode que depuis. Vign. Marv.

Coëffer, en termes de Marine, on dit que des voiles se coëffent, lorsqu’elles sont détachées & qu’elles s’aplatissent les unes contre les autres, ou contre les vergues ou les mats, de manière qu’elles ne servent plus à la conduite du vaisseau. Il me lâcha sa bordée qui me hacha toutes mes voiles d’avant, qui se trouvant dénuées de bras, de boulines, & d’escoutes, se coëfferent sur les mats, & firent prendre à mon vaisseau vent d’avant malgré son gouvernail. Du Gué Trouin.

Coëffer un Livre, terme de Relieur, c’est en arranger les tranchefile, & la couvrir à demi de la peau de la reliure.

Coëffer une liqueur, c’est la mêler avec une autre. Coëffer du vin, de la bière. Miscere. Coëffer une bouteille, c’est la boucher d’un bouchon de liége, couvert d’un enduit de cire ou de mastic, le tout recouvert d’un parchemin ou autre chose, de peur que la liqueur ne s’évente. Obturare.

Coëffer le sanglier, terme de chasse, se dit de deux chiens qui ont pris le sanglier par les oreilles. Ces deux chiens ont coëffé le sanglier.

Se coëffer, se dit figurément, & signifie, s’entêter, se préoccuper en faveur d’une opinion, d’une personne. Imbibere opinionem aliquam, imbuere. Les jeunes gens se coëffent volontiers des nouvelles opinions. Je ne puis souffrir que vous soyez coëffée d’un petit Chevalier joueur, qui va mettre à la réjouissance les dépouilles du Traitant. Le Sage, dans la comédie de Turcaret.

Chaque mortel coëffé de sa chimère,
Croit à part soi que mieux on ne peut faire :
Opinion chez les hommes fait tout. Des-H.

Fille se coëffe volontiers
D’amoureux à la longue crinière. La Font.

Mais quoi ! si votre pere est un bourru fieffé,
Qui s’est de son Tartuffe entierement coëffé,
La faute à votre Amant doit-elle être imputée ? Mol

☞ On dit aussi activement coëffer quelqu’un d’une opinion, d’un sentiment. Je ne sai qui l’a coëffé d’une opinion si extravagante. Dans cette acception il n’est que du style familier.

☞ On dit aussi figurément & familièrement coëffer quelqu’un, le faire trop boire. Cet homme n’est pas accoutumé à boire, il ne faut qu’un verre de vin pour le coëffer. Gardez-vous de ces vins d’Orléans, ils sont fumeux, & sujets à coëffer. Cet homme est sujet à se coëffer.

☞ COËFFÉ, ou COIFFÉ, ÉE. Part. & adj. Il a les significations du verbe. Femme coëffée en paysanne, en demoiselle.

☞ On dit qu’en enfant est né coëffé, quand il vient au monde avec cette espèce de membrane qu’on appelle coëffe, que le peuple superstitieux regarde comme un présage de bonheur. C’est pour cela qu’on dit proverbialement d’un homme qui est fort heureux, qu’il est né coëffé. Cette superstition est très-ancienne. Lampridius en parle dans la vie d’Antonin. Cet Empereur étoit né avec une espèce de bandeau sur le front, en forme de diadème ; c’est pour cela qu’il se fit appeler Diadumène. Comme il jouit d’une constante prospérité pendant tout le cours de son règne, son bonheur confirma l’opinion de ceux qui s’imaginent que les gens nés coëffés sont heureux. Depuis on se servoit de cette coëffe pour des sortiléges, & pour des maléfices ; en sorte que les Conciles furent obligés de condamner ce ridicule abus. Voyez les notes de Balsamon sur les Conciles, & Casaubon sur l’Histoire d’Auguste. Les Italiens disent Nascer vestito. ☞ Un homme bien coëffé est un homme qui a une belle tête, des cheveux bien arrangés, un chapeau, une perruque qui lui vont bien.

☞ En termes de vénerie, un chien est bien coëffé, quand il a des oreilles longues & pendantes. bene auritus canis.

☞ En termes de manège, un cheval bien coëffé, qui a les oreilles petites, bien placées au haut de la tête.

Drap bien coëffé, terme de Manufacture de lainage. Il se dit des draps dont les lisieres sont bien faites, & bien unies, d’une largeur proportionnée à l’étoffe, & d’une couleur agréable à la vue.

COËFFEUR, EUSE. Celui ou celle qui ☞ fait métier de coëffer les dames. Coëffeur n’est plus guère en usage depuis que les coëffeuses sont devenues à la mode. Qui vel quæ feminas comit, pectit.

COËFFICIENT, s. m. ☞ ou plutôt adj. pris substantivement. On sousentend terme. Terme d’algèbre,