Page:Diderot - Œuvres complètes, éd. Assézat, IV.djvu/308

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bouche ouverte pour me répondre, lorsque je me suis réveillée en sursaut. »

— Cela est cruel, dit Mangogul ; cette femme vous aurait développé bien des mystères. Mais à son défaut je serais d’avis que nous nous adressassions à mon joueur de gobelet Bloculocus.

— Qui ? reprit la favorite, ce nigaud à qui vous avez accordé le privilège exclusif de montrer la lanterne magique dans votre cour !

— Lui-même, répondit le sultan ; il nous interprétera votre songe, ou personne.

« Qu’on appelle Bloculocus », dit Mangogul.



CHAPITRE XLI.


vingt-unième et vingt-deuxième essais de l’anneau.


fricamone et callipiga.


L’auteur africain ne nous dit point ce que devint Mangogul, en attendant Bloculocus. Il y a toute apparence qu’il sortit, qu’il alla consulter quelques bijoux, et que, satisfait de ce qu’il en avait appris, il rentra chez la favorite, en poussant les cris de joie qui commencent ce chapitre.

« Victoire ! victoire ! s’écria-t-il. Vous triomphez, madame ; et le château, les porcelaines et le petit sapajou sont à vous.

— C’est Églé, sans doute ? reprit la favorite…

— Non, madame, non, ce n’est point Églé, interrompit le sultan. C’est une autre.

— Ah ! prince, dit la favorite, ne m’enviez pas plus longtemps l’avantage de connaître ce phénix…

— Eh bien ! c’est… : qui l’aurait jamais cru ?

— C’est ?… dit la favorite.

— Fricamone, répondit Mangogul.

— Fricamone ! reprit Mirzoza : je ne vois rien d’impossible à cela. Cette femme a passé en couvent la plus grande partie de sa jeunesse ; et depuis qu’elle en est sortie, elle a mené la vie la plus édifiante et la plus retirée. Aucun homme n’a mis le pied chez elle ; et elle s’est rendue comme l’abbesse d’un trou-