Page:Diderot - Œuvres complètes, éd. Assézat, XIX.djvu/160

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LXXXVI


À Paris, le 20 mai 1765.


Demain, bonne et tendre amie, entre huit et neuf heures, vous aurez un carrosse à votre porte, dont vous, madame votre mère et Mme Le Gendre, pourrez disposer toute la matinée. J’espère que Mme Le Gendre ne me refusera pas à dîner. Après dîner, qu’il fasse beau ou laid, nous irons nous promener à Saint-Cloud, où je vous quitterai pour un quart d’heure. À ce moment-là près, que je regretterai encore, j’aurai le plaisir de passer toute la journée avec celle que j’aime, ce qui n’est pas surprenant, car qui ne l’aimerait pas ? mais que j’aime, après huit ou neuf ans, avec la même passion qu’elle m’inspira le premier jour que je la vis. Nous étions seuls ce jour-là, tous deux appuyés sur la petite table verte. Je me souviens de ce que je vous disais, de ce que vous me répondîtes. Oh ! l’heureux temps que celui de cette table verte ! Bonsoir, bonne amie, mille amitiés et autant de respects.


LXXXVII


21 juillet 1765.


Ils ont bien dit que c’était un songe. Mais pourquoi n’ont-ils pas dit tout d’une voix que c’était un mauvais songe ? Y en avait-il parmi eux quelques-uns à qui la nature eût accordé un meilleur esprit, une âme plus douce, une santé plus continue, plus d’amis sûrs qu’à moi, une meilleure amie que la mienne ? Non. C’est que cette nature est une folle qui gâte d’une main ce qu’elle fait bien de l’autre, c’est qu’elle s’est amusée à mêler de chicotin le peu de bonbons qu’elle donne à ses enfants ; c’est