Page:Diderot - Œuvres complètes, éd. Assézat, XIX.djvu/282

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Attendez-vous que vous serez punie : tôt ou tard les parents sont châtiés pour leurs enfants gâtés. Faites-moi dire au moins que vous vous portez bien, et que vous êtes légère comme un cerf et droite comme un jonc, et je les dispense du reste. Cela n’est pas vrai ; mais un mot d’elles-mêmes, et je les tiens quittes.

Mademoiselle, songez-y bien ; je ne vous écrirai plus : j’écrirai à maman, j’écrirai à ma sœur aînée qui m’aime et que j’aime mieux que vous ; et je leur enjoindrai bien de ne vous pas souffler un mot de moi, ni à moi un mot de vous.

Voilà l’Académie française déshonorée derechef, et l’Académie de peinture dans la boue : je vous raconterai cela une autre fois.

Enfin, la fille du marquis a changé de nom. Le père en est fou. De sa vie, il n’a été si délicieux à voir et à entendre.

Aimez-moi toujours, ce sera fort bien fait : mais dites-le-moi quelquefois.


CXII


Paris, le 10 septembre 1768.


Je ne fais rien, mais rien du tout, pas même ce Salon dont j’espère que ni Grimm ni moi ne verrons la fin. Ce n’est pas que le soir, quand je me couche, je n’aie la tête remplie des plus beaux projets pour le lendemain. Mais le matin, quand je me lève, c’est un dégoût, un engourdissement, une aversion pour l’encre, les plumes et les livres, qui marque ou bien de la paresse, ou bien de la caducité. J’aime mieux me tenir les jambes et les bras croisés dans l’appartement de madame et de mademoiselle, et perdre gaiement deux ou trois heures à les plaisanter sur tout ce qu’elles disent et qu’elles font. Quand je les ai bien impatientées, je trouve qu’il est tard pour se mettre à l’ouvrage ; je m’habille et je m’en vais. Où ? ma foi, je n’en sais rien : quelquefois chez Naigeon, ou chez Damilaville ; un autre jour chez Mlle Bayon, qui se met à son clavecin pour moi, et qui me joue tout ce que je veux. Le quai des bouquins est ma dernière ressource. Ce qui me fâche de ce temps-là, c’est ce que