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d’intercaler ; au lieu d’ajoûter vingt-trois jours à chaque huitieme année, on n’en ajoûta que quinze ; & on chargea les grands Pontifes de veiller au soin du calendrier. Mais les grands Pontifes ne s’acquittant point de ce devoir, laisserent tout retomber dans la plus grande confusion. Telle fut l’année romaine jusqu’au tems de la réformation de Jules César. Voyez les articles Calendes, Nones & Ides, sur la maniere de compter les jours du mois chez les Romains.

L’année Julienne est une année solaire, contenant communément 365 jours, mais qui de quatre ans en quatre ans, c’est-à-dire, dans les années bissextiles, est de 366 jours.

Les mois de l’année Julienne étoient disposés ainsi : 1°. Janvier 31 jours, 2°. Février 28, 3°. Mars 31, 4°. Avril 30, 5°. Mai 31, 6°. Juin 30, 7°. Juillet 31, 8°. Août 31, 9°. Septembre 30, 10°. Octobre 31, 11°. Novembre 30, 12°. Decembre 31 ; & dans toutes les années bissextiles le mois de Février avoit comme à présent 29 jours. Suivant cet établissement la grandeur astronomique de l’année Julienne étoit de 365 jours 6 heures ; & elle surpassoit par conséquent la vraie année solaire d’environ 11 minutes, ce qui en 131 ans produisoit un jour d’erreur. L’année romaine étoit encore dans cet état d’imperfection, lorsque le Pape Grégoire XIII. y fit une réformation, dont nous parlerons un peu plus bas.

Jules César à qui l’on est redevable de la forme de l’année Julienne, avoit fait venir d’Egypte Sosigènes fameux Mathématicien, tant pour fixer la longueur de l’année, que pour en rétablir le commencement, qui avoit été entierement dérangé de 67 jours, par la négligence des Pontifes.

Afin donc de le remettre au solstice d’hyver, Sosigènes fut obligé de prolonger la premiere année jusqu’à quinze mois ou 445 jours ; & cette année s’appella en conséquence l’année de confusion, annus confusionis.

L’année établie par Jules César a été suivie par toutes les nations chrétiennes jusqu’au milieu du seizieme siecle, & continue même encore de l’être par l’Angleterre. Les Astronomes & les Chronologistes de cette nation comptent de la même maniere que le peuple, & cela sans aucun danger, parce qu’une erreur qui est connue n’en est plus une.

L’année Grégorienne n’est autre que l’année Julienne corrigée par cette regle, qu’au lieu que la derniere de chaque siecle étoit toûjours bissextile, les dernieres années de trois siecles consécutifs doivent être communes ; & la derniere du quatrieme siecle seulement est comptée pour bissextile.

La raison de cette correction, fut que l’année Julienne avoit été supposée de 365 jours 6 heures, au lieu que la véritable année solaire est de 365 jours 5 heures 49 minutes, ce qui fait 11 minutes de différence, comme nous l’avons déja remarqué.

Or quoique cette erreur de 11 minutes qui se trouve dans l’année Julienne soit fort petite, cependant elle étoit devenue si considérable en s’accumulant depuis le tems de Jules Cesar, qu’elle avoit monté à 10 jours, ce qui avoit considérablement dérangé l’équinoxe. Car du tems du Concile de Nicée, lorsqu’il fut question de fixer les termes du tems auquel on doit célébrer la Pâque, l’équinoxe du Printems se trouvoit au 21 de Mars. Mais cet équinoxe ayant continuellement anticipé, on s’est apperçû l’an 1582. lorsqu’on proposa de réformer le calendrier de Jules Cesar, que le soleil entroit déjà dans l’équateur dès le 11 Mars ; c’est-à-dire, 10 jours plûtôt que du tems du Concile de Nicée. Pour remédier à cet inconvénient, qui pouvoit aller encore plus loin, le Pape Grégoire XIII. fit venir les plus habiles Astronomes de son tems, & concerta avec eux la correction qu’il


falloit faire, afin que l’équinoxe tombât au même jour que dans le tems du Concile de Nicée ; & comme il s’étoit glissé une erreur de dix jours depuis ce tems-là, on retrancha ces dix jours de l’année 1582, dans laquelle on fit cette correction ; & au lieu du 5 d’Octobre de cette année, on compta tout de suite le 15.

La France, l’Espagne, les pays Catholiques d’Allemagne, & l’Italie, en un mot, tous les pays qui sont sous l’obéissance du Pape, reçûrent cette réforme dès son origine : mais les Protestans la rejetterent d’abord.

En l’an 1700, l’erreur des dix jours avoit augmenté encore & étoit devenue de onze ; c’est ce qui détermina les protestans d’Allemagne à accepter la réformation Grégorienne, aussi-bien que les Danois & les Hollandois. Mais les peuples de la Grande-Bretagne & la plûpart de ceux du Nord de l’Europe, ont conservé jusqu’ici l’ancienne forme du calendrier Julien. Voyez Calendrier, Style. Inst. Astr.

Au reste il ne faut pas croire que l’année Grégorienne soit parfaite ; car dans quatre siecles l’année Julienne avance de trois jours, une heure & 22 minutes. Or comme dans le calendrier Grégorien on ne compte que les trois jours, & qu’on néglige la fraction d’une heure & 22 minutes, cette erreur au bout de 72 siecles produira un jour de mécompte.

L’année Egyptienne appellée aussi l’année de Nabonassar, est l’année solaire de 365 jours divisée en douze mois de trente jours, auxquels sont ajoûtés cinq jours intercalaires à la fin : les noms de ces mois sont ceux-ci. 1°. Thot, 2°. Paophi, 3°. Athyr, 4°. Chojac, 5°. Tybi, 6°. Mecheir, 7°. Phatmenoth, 8°. Pharmuthi, 9°. Pachon, 10°. Pauni, 11°. Epiphi, 12°. Mesori ; & de plus ἡμέραι ἐπαγομέναι, ou les cinq jours intercalaires.

La connoissance de l’année Egyptienne, dont nous venons de parler, est de toute nécessité en Astronomie, à cause que c’est celle suivant laquelle sont dressées les observations de Ptolomée dans son Almageste.

Les anciens Egyptiens, suivant Diodore de Sicile, liv. I. Plutarque dans la vie de Numa, Pline, liv. VII. c. 48. mesuroient les années par le cours de la lune. Dans le commencement une lunaison, c. à. d. un mois lunaire faisoit l’année ; ensuite trois, puis quatre, à la maniere des Arcadiens. De-là les Egyptiens allerent à six, ainsi que les peuples de l’Acarnanie. Enfin ils vinrent à faire l’année de 360 jours, & de douze mois ; & Aseth, 32e Roi des Egyptiens, ajoûta à la fin de l’année les 5 jours intercalaires. Cette briéveté des premieres années Egyptiennes, est ce qui fait, suivant les mêmes Auteurs, que les Egyptiens supposoient le monde si ancien, & que dans l’Histoire de leurs Rois, on en trouve qui ont vécu jusqu’à mille & douze cens ans. Quant à Herodote, il garde un profond silence sur ce point ; il dit seulement que les années Egyptiennes étoient de douze mois, ainsi que nous l’avons déja remarqué. D’ailleurs l’Ecriture nous apprend que dès le tems du déluge l’année étoit composée de douze mois. Par conséquent Cham, & son fils Misraim, fondateur de la Monarchie Egyptienne, ont dû avoir gardé cet usage, & il n’est pas probable que leurs descendans y ayent dérogé. Ajoûtez à cela, que Plutarque ne parle sur cette matiere qu’avec une sorte d’incertitude, & qu’il n’avance le fait dont il s’agit, que sur le rapport d’autrui. Pour Diodore de Sicile, il n’en parle que comme d’une conjecture de quelques auteurs, dont il ne dit pas le nom, & qui probablement avoient crû par-là concilier la chronologie Egyptienne avec celle des autres nations.

Quoi qu’il en soit, le Pere Kircher prétend qu’outre l’année solaire, quelques provinces d’Egypte avoient des années lunaires, & que dans les tems les plus re-