Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 11.djvu/155

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l’extrait, & le corps doux. Voyez Extrait, Chimie, & Doux, Chimie.

2°. Etre assurés qu’il existe évidemment deux especes de nitre naturel ; savoir, le nitre parfait à base alcaline-tartareuse, ou salpêtre proprement dit, & le nitre à base terreuse, qui se retrouve dans l’eau mere des salpêtreries, sans compter le nitre cubique qui existe aussi naturellement dans quelques plantes. Tirer de cette vérité, comme un corollaire manifeste, l’anéantissement de cette belle théorie, reçue de tous les chimistes modernes sur l’usage des cendres qu’ils supposent fournir une base saline, sans laquelle nul nitre parfait, & qui auroient bien dû, au moins, être employées en assez grande quantité, pour qu’il ne restât point d’eau-mere : car, pour rapprocher de cette conséquence les vérités d’où nous la déduisons, puisque les plantes dont les sucs, les matieres solubles par l’eau, putrescibles, soit par elles-mêmes, soit par le secours du ferment animal, & abondamment répandues dans les matrices communes du nitre ; puisque ces plantes, dis-je, contiennent un nitre parfait, puisque le nitre de Houssage est un nitre parfait ; enfin, puisque dans tout le bas Languedoc, & peut-être ailleurs, & peut-être à Paris même, (car la cendre du bois neuf qu’on brûle à Paris pourroit bien être peu alkaline) on fait du salpêtre parfait tout étant d’ailleurs égal, sans employer dans la fabrique un atome d’alkali ; il se trouve que les Chimistes qui ont admis de la chaux dans le nitre, parce qu’on employoit la chaux à sa préparation dans les fabriques qu’ils connoissoient ; & que ceux qui y admettroient du blanc d’œuf, d’après la manœuvre de l’arsenal de Paris, où on en emploie à la clarification d’une des lessives ; que les uns & les autres, dis je, diroient une chose aussi raisonnable que ceux qui connoissant les faits allégués, soutiendroient encore la prétendue imperfection du nitre crud, & son changement de base dans la fabrique. Ce n’est pas qu’il ne puisse y avoir du nitre crud, qui, en passant à-travers des cendres alkalines soit précipité, & prenne une base saline ; mais il n’est pas prouvé que cela soit ; il n’est pas sûr que les Salpétriers de Montpellier aient plus d’eau-mere que les Salpétriers de Paris.

3°. On peut encore conclure de tout ceci, & lorsqu’on saura que indépendamment des Chimistes qui ont tiré le nitre de l’air, & de ceux qui l’ont regardé comme une substance propre au regne minéral, & de premiere création ; de célebres Chimistes, un Sthal, se sont livrés à des spéculations embarrassées pour composer le nitre dans les matieres pourrissantes par la combinaison de l’acide universel soit répandu dans la terre, soit attiré de l’air avec les matieres phlogistiques, sulphureo-pingues, existant en abondance dans les matieres putrescibles & dévelopées, attenuées, evolutæ, tenerius subactæ, par l’action même de la putréfaction, actu ipso putrefactorio, Stahl, opusculum. fragmenta quædam ad. hist. nat. nitri, cap. iij. on pourra, dis-je, conclure des faits ci-dessus exposés, & de cet énoncé de la théorie de de Stahl, qui est la dominante aujourd’hui, que c’est véritablement ici où ces hommes, d’ailleurs très-habiles, se sont embarrassés dans les entraves qu’ils se sont eux-mêmes forgées. Et quand on saura encore que Glauber, antérieur à cette théorie imaginaire, a écrit clairement & positivement, contre son ordinaire, tout ce qui est vrai, tout ce qui est démontrable sur cette matiere, ou du moins qu’il ne reste, d’après la doctrine de cet auteur sur le nitre, qu’à étendre & perfectionner, on sera très-étonné que l’endroit saillant, le morceau le plus sublime, le plus philosophique de Glauber chimiste, en général très-célebre, ait été si parfaitement oublié, que lorsque les chimistes les plus instruits, M. Baron, par exem-


ple, parlent de la préexistence d’un nitre tout formé dans les plantes, ils appellent ce dogme le système de M. Lemery le fils, au-lieu de la doctrine de Glaubert ; & qu’au contraire la partie honteuse de la chimie de Stahl, sa doctrine sur l’origine du nitre, & celle sur l’origine de l’alkali fixe, qui dans la bonne doctrine est essentiellement liée à la précédente, (Voyez Tartre, sel de, & Sel fixe), aient été généralement accueillies : car on peut assurer que ce très-grand Stalh a vraiment sommeillé sur ces deux objets, lui qui en a dévelopé avec tant de sagacité & de génie de bien plus cachés ; & son autorité d’ailleurs si respectable, a tellement arrêté les progrès de la vérité, & masqué même celle que Glauber, de Ressons, Lemery le fils, M. Bourdelin, &c. Voyez Mém. de l’ac. des Scienc. avoient dévoilée, que les dogmes des chimistes modernes sur l’origine du nitre sont devenus depuis quelque tems de plus en plus superficiels, vains, gratuits, &c. que sans contredit ce qui est contenu à ce sujet dans les nouvelles vérités de M. Justi, est marqué à ce coin, & plus encore la dissertation de M. le D. Pietsch, qui a remporté le prix de l’académie de Berlin, en 1749, & les pensées du même auteur sur la multiplication du nitre. J’ose assurer au contraire qu’un très-grand nombre d’expériences que j’ai faites dans le laboratoire de feu M. le duc d’Orléans, la plupart d’après les vues de Glauber, ont toutes concouru à établir la doctrine de ce chimiste ; & promettre avec confiance d’après ce travail, que j’acheverai peut-être un jour, un systême complet & démontré sur toutes les sources du nitre, sur sa formation ou son abord, accessus, adventus, dans ses matrices ordinaires, & enfin sur les diverses manœuvres employées dans sa fabrication. sur le prétendu amendement ou réanimation des terres déja lessivées, &c. protestant hautement que toutes ces manœuvres sont la plupart vaines, mal entendues, ou au moins imparfaites ; & que de touts les arts chimiques nul ne peut recevoir plus immédiatement que la fabrique du salpetre. des corrections & des perfectionemens prompts & utiles de la science.

4°. Enfin, il doit paroître singulier que les chimistes qui ont méconnu l’origine du nitre, & qui ont enfanté des hypothèses pour expliquer sa génération dans l’atmosphere, ou dans la terre, aient parfaitement négligé de s’occuper en même tems de la formation du sel commun, qui accompagne le nitre presque toujours. Cette société est toute simple dans le vrai système ; les végétaux contiennent ces deux sels à peu-près dans la même proportion que celle dans laquelle on les retrouve dans les cuites.

Le salpetre le plus rafiné, le salpetre de la troisieme cuite, le salpetre le plus pur que fournissent les atteliers, n’est encore assez pur ni pour pouvoir en faire une analyse exacte, ni pour les travaux chimiques réguliers, ou pour les usages pharmaceutiques. On le purifie donc dans les laboratoires des chimistes, & dans les boutiques des apoticaires, dans la vue d’en séparer un peu de sel marin, & un reste d’eau-mere, qu’on y trouve toujours mêlés. Pour cet effet, on dissout le nitre dans de l’eau commune, ou dans de l’eau distillée, si, pour certaines expériences très délicates on se propose l’exactitude la plus sévere ; mais ordinairement dans de l’eau de riviere, ou de fontaine ; on filtre la dissolution, & on la fait crystalliser, selon l’art, voyez Crystallisation. Par cette opération, le salpetre se sépare exactement du sel marin, parce que ces deux sels ne crystallisent pas dans le même tems ; le nitre se présente seul dans les premieres crystallisations, parce qu’il est très dominant. On peut, lorsqu’après avoir séparé beaucoup de nitre, le sel marin & le nitre restant sont dans une proportion bien différente, faire bouillir