Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 11.djvu/321

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les ; d’autres pour rassembler un plus grand nombre de faits, les ont tronqués, & ont prétendu nous donner des observations en deux ou trois lignes ; quelques uns pour les plier à leurs opinions, sont allés jusqu’à les défigurer. Les principaux auteurs qui nous ont transmis des collections générales, sont Schenkius, Tulpius, Benivenius, Zacutus & Amatus Lusitanius, Forestus, Riviere, Manget, Sthalpart Van-der wiel, Hoffman, Bonet, Chesneau, Albert qui a fait une espece de lexicon d’observations, Cherli auteur italien. On trouve beaucoup d’observations semblables dans les mémoires des différentes académies, dans les acta natur. curiosor. les essais & observations de médecine de la société d’Edimbourg ; dans les miscellanea di medicina, che contiene dissertazioni lettere, é osservazioni di alcuni celebri professori, &c. dans les medical observations and inquiries, by a society of physcians in London ; dans les ouvrages de Freind ; dans les transactions philosophiques & leurs différens extraits & abregés. Nous avons ensuite des observations sur des maladies particulieres. Hippocrate en a donné sur les maladies épidémiques, de même que Sydenham, Huxham, Baillou, Ramazzini, Cleghorn on the epidemical discases in minorca from the year 1744, to 1749. Bianchi, sur les maladies du foie ; Morton, sur la phthysie ; Senac, sur les maladies du cœur, dans l’immortel traité qu’il a fait sur cette matiere, &c. On travaille à présent à un recueil d’observations de médecine, sous forme de journal. Le projet en étoit beau, louable ; il étoit dirigé par un célebre médecin, tout sembloit devoir promettre une heureuse exécution, mais l’événement n’y a pas répondu. Nous sommes bien éloignés d’en attribuer la faute à l’auteur ; nous savons que la jalousie peut faire échouer les desseins les plus utiles & les mieux concertés. La plûpart des observations sont très-mal faites, remplies de raisonnemens à perte de vûe, de théorie, de conjectures, & ces défauts ne sont pas pour le journaliste un motif d’exclusion : elles sont inserées sans choix, & l’on y reçoit également l’observation d’un chirurgien, qui dit avoir guéri une maladie interne, que celle d’un apoticaire qui raconteroit une amputation qu’il auroit faite. Quoique ce défaut n’en soit pas un rigoureusement, on ne peut cependant s’empêcher d’être surpris qu’un chirurgien se vante d’avoir exercé une profession qu’il n’entend pas, & dont l’exercice lui est défendu par les lois & les arrêts les plus formels ; & qu’un médecin publie bonnement ce fait, quoiqu’il ne soit ni rare, ni curieux, ni en aucune maniere intéressant, & qu’il n’ait d’extraordinaire que la qualité de l’auteur.

Observations météorologiques. L’état de l’air, les différens changemens qui arrivent dans l’atmosphere, les météores, la température & la constitution des saisons, sont en général le sujet de ces observations. Le physicien y trouve un objet intéressant de curiosité, de recherches & d’instruction, & elles sont ou peuvent être pour le médecin attentif une source féconde de lumiere dans la connoissance & même la curation de bien des maladies, & surtout des épidémiques. Ce n’est point notre but ni notre dessein de faire voir combien la Physique doit à ces observations, de combien de faits précieux & satisfaisans elle s’est enrichie par-là ; plusieurs physiciens ont écrit sur cette matiere. On trouve d’excellens mémoires là-dessus dans la collection de ceux de l’académie royale des Sciences. Voyez d’ailleurs dans ce Dictionnaire les articles Air, Atmosphere, Aurore boréale, Chaleur, Froid, Météore, Pluie, Tonnerre, Vent, &c. Physique.

Quant à leur utilité en Medecine, il sera facile de s’en appercevoir, si l’on fait attention que nous vivons dans l’air, que ce fluide pénetre par bien des endroits toutes les parties du corps ; qu’il est un prin-


cipe de vie & de santé lorsqu’il est bien constitué, & qu’il doit en conséquence devenir nécessairement un principe de maladie lorsqu’il y a quelque changement subit dans sa température, ou qu’il éprouve une altération considérable. Combien de maladies n’observe-t-on pas tous les jours qui doivent évidemment leur origine à un air vicieux, trop chaud, trop froid, sec ou pluvieux (voyez Air, Chaleur, Froid, &c.), combien qui dépendent d’un vice inconnu, indéterminé de l’atmosphere ? J’ai démontré par un grand nombre d’observations, que l’état particulier de l’air dans les voisinages de la mer, des étangs, des marais, étoit la principale & presque l’unique cause des fievres intermittentes, Mémoire lu à la société royale des Sciences année 1759. Les maladies épidémiques sont évidemment dûes à quelque vice de l’air. On ne peut, dit Hippocrate, recourir qu’à des causes générales communes à tout le monde (& par conséquent qu’à l’air), pour la production des maladies qui attaquent indifféremment tous les sexes, tous les âges & toutes les conditions, quoique la façon de vivre soit aussi variée qu’il y a d’états différens. C’est aussi dans ces maladies que les Medecins se sont particulierement attachés à ces observations : nous en trouvons le premier exemple dans Hippocrate, qui, avant d’entrer dans le détail des maladies qui ont regné pendant la constitution qu’il va décrire, donne une idée exacte, souvent très étendue, de l’état de l’air, des saisons, des vents, des pluies, des chaleurs ou des froids qui ont regné. Il a été suivi en cela par Sydenham & les autres auteurs qui ont écrit des maladies épidémiques. Il est très important de remarquer la température des faisons : on ne sauroit croire jusqu’à quel point elles influent sur les maladies, sur leur genie & sur leur curation. Les maladies qui viendront à la suite d’un été très-chaud, demanderont souvent une autre méthode curative que ces mêmes maladies précédées d’un été tempéré ou pluvieux. J’ai fait principalement cette observation sur les diarrhées & les dyssenteries, qui sont pour l’ordinaire assez fréquentes sur la fin de l’été. Lorsque les chaleurs avoient été douces, modérées par les pluies, & les fruits d’été en conséquence peu mûrs, aqueux ou glaireux, l’hypécacuana donné dans les dyssenteries les dissipoit avec une extrème promptitude, & comme par enchantement ; lorsqu’au contraire l’été avoit été sec & brûlant, & les fruits mûrs, vifs & spiritueux, tous les dyssenteriques auxquels on ordonnoit inconsidérément l’hypécacuana, mouroient en peu de tems, victimes de cette aveugle & dangereuse routine. Les rafraîchissemens mucilagineux, anti-phlogistiques étoient beaucoup plus efficaces. Voyez Saisons. Hippocrate ne se contente pas de décrire les maladies propres à chaque saison, il a pousse ses observations assez loin pour pouvoir déterminer les accidens qui sont à craindre lorsque deux ou trois saisons ont été de telle ou telle température. Destitué des instrumens de physique imaginés & exécutés depuis peu, qui sont extrèmement propres à mesurer les différentes altérations de l’atmosphere, il n’y employoit que l’usage de ses sens, & il les appliquoit bien sans se perdre dans les questions inutiles à la Médecine, savoir si l’ascension du mercure dans le barometre est dûe à la gravité ou à l’élasticité de l’air, si elle présage de la pluie ou du vent ; il se contentoit d’observer ces effets & de les décrire. Cependant on ne sauroit disconvenir qu’avec l’aide de ces instrumens, ces observations ne soient devenues plus faciles & moins équivoques : nous connoissons même plus sûrement avec le thermometre les différens degrés de chaleur ; l’hygrometre sert à marquer l’humidité de l’air ; le barometre est une mesure qui me paroît assez suspecte & très-peu nécessaire, car la