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vers le nord. On le nommoit anciennement Palicorum lacus, & l’on voit sur ses bords, les ruines de l’ancienne Palica. (D. J.)

NAGAM, s. m. (Hist. nat.) nom malais d’un grand arbre qui porte des siliques, & qui est fort commun dans les îles des Indes orientales ; le suc de ses fécules mêlé avec l’huile de noix d’Inde, & employé en onguent, chasse les enflures de ventre périodiques.

NAGARA, (Géog. anc.) ville métropole dans l’Arabie heureuse, selon Ptolomée liv. VI. ch. cvij. c’est aussi une ville des Indes en-deçà du Gange, autrement nommée Dionysopolis. (D. J.)

NAGE, s. f. terme de Batelier ; c’est un morceau de bois du bachot où l’on pose la platine, l’aviron, quand son anneau est au touret.

Nage à bord, commandement aux gens de la chaloupe de venir au vaisseau.

Nage à faire abattre, commandement aux gens de la chaloupe qui tanent un vaisseau de nager du côté où l’on veut que le vaisseau s’abbatte.

Nage au vent, commandement aux gens de l’équipage qui touent un vaisseau, de nager du côté où le vent vient.

Nage de force, commandement aux gens de l’équipage de redoubler leurs efforts.

Nage qui est paré, commandement de nager à qui est prêt ; ce qui se fait lorsqu’il n’est pas d’une nécessité absolue que les gens de l’équipage de la chaloupe nagent tous ensemble.

Nage sec, commandement à l’équipage de la chaloupe de tremper dans l’eau l’aviron, en nageant de telle sorte qu’il ne la fasse pas sauter, & qu’on ne mouille pas ceux qui y sont.

Nage stribord & serre bas bord, ou nage bas bord & serre stribord : commandement à l’équipage d’une chaloupe de la faire naviger & gouverner en moins d’espace.

Nager, ramer, & voguer, c’est se servir des avirons pour faire siller un bâtiment.

Nager à sec ; c’est toucher la terre avec les avirons.

Nager en arriere, c’est faire arrêter ou reculer un petit vaisseau avec des avirons : cela se pratique sur tous les bâtimens à rames afin d’éviter le revirement, & de présenter toujours la proue. (Z)

NAGEANT, adj. terme de Blazon, dont on se sert pour représenter dans les armoiries un poisson couché horisontalement, ou en-travers de l’écusson. Voyez Poisson.

NAGEOIRES, s. f. pl. (Ichtiolog.) c’est une partie du poisson qui est faite comme une plume. Voyez l’article Poisson.

Il faut ajouter un mot de l’usage des nageoires. Comme en tous les corps qui flottent dans l’eau, la partie la plus lourde tend toujours en bas, selon les loix de l’hydrostatique, ne s’ensuivroit-il pas de là que, puisque le dos du poisson est la partie la plus pesante de son corps, il devroit être toujours dans l’eau le ventre en haut, comme il arrive communément dans le poisson mort, puisqu’alors l’air qu’il contient venant à se dilater, le poisson est obligé de surnager, & de tourner le ventre en haut, tant à cause que le dos est plus pesant que le reste, que parce que le ventre, par la dilatation de l’air de la petite vessie, se trouve alors plus leger que lorsque le poisson est vivant. Mais la sagesse du créateur y a pourvu en formant les poissons, auxquels il a donné la faculté de nager, le ventre toujours tourné en bas avec deux nageoires posées sous le ventre. Cette matiere est parfaitement traitée dans Borelli, qui, ayant jetté dans l’eau un poisson auquel il avoit coupé les nageoires, observa qu’il alloit toujours sur un côté ou sur l’autre, sans pouvoir se soutenir dans la


situation ordinaire & naturelle des autres poissons. Enfin, comme ces animaux devoient pouvoir s’arrêter commodément, se tourner à droite ou à gauche dans leur route, la nature les a pourvus de deux nageoires aux côtés, avec lesquelles ils s’arrêtent lorsqu’ils les étendent toutes les deux ; & s’ils n’en étendent qu’une, ils peuvent se tourner du même côté de la nageoire étendue. Nous voyons précisément la même chose dans un bateau, qui tourne du côté où l’on tient l’aviron dans l’eau pour l’arrêter. (D. J.)

Nageoire, morceau de bois mince, rond & plat que les porteurs d’eau mettent sur leurs seaux lorsqu’ils sont pleins. Il contient l’eau, & l’empêche de se répandre facilement. On appelle aussi cet instrument tailloir.

NAGER, v. n. l’art ou l’action de nager consiste à soutenir le corps vers la surface de l’eau, & à s’avancer ou faire du chemin dans l’eau par le mouvement des bras & des jambes, &c. Voyez Animal.

L’homme est le seul des animaux qui apprenne à nager ; beaucoup d’autres animaux nagent naturellement ; mais un grand nombre d’animaux ne nagent point du tout.

Chez les anciens Grecs & Romains, l’art de nager faisoit une partie si essentielle de l’éducation de la jeunesse, qu’en parlant d’un homme ignorant, grossier, & mal élevé, ils avoient coutume de dire proverbialement, qu’il n’avoit appris ni à lire ni à nager.

A l’égard des poissons, c’est leur queue qui contribue le plus à les faire nager, & non pas leurs nageoires, comme on se l’imagine assez généralement ; c’est pour cette raison que la nature leur a donné plus de force & plus de muscles dans cette partie que dans toutes les autres, tandis que nous remarquons le contraire dans tous les autres animaux, dont les parties motrices sont toujours les plus fortes, comme les cuisses dans l’homme, pour le faire marcher ; les muscles pectoraux dans les oiseaux pour les faire voler, &c. Voyez Marche, Vol, &c.

La maniere dont les poissons s’avancent dans l’eau est parfaitement bien expliquée dans Borelli, de motu animal. part. I. chap. xxiij. ils ne se servent de leurs nageoires que pour tenir leurs corps en balance & en équilibre, & pour empêcher qu’il ne vacille en nageant. Voyez & Queue.

M. Thevenot a publié un livre curieux intitulé, l’art de nager, démontré par figures. Et avant lui Everard Digby, anglois, & Nicolas Winman, allemand, avoient deja donné les regles de cet art. Thevenot n’a fait, pour ainsi dire, que copier ces deux auteurs ; mais s’il se fût donné la peine de lire le traité de Borelli, avec la moitié de l’application qu’il a lu les deux autres, il n’auroit pas soutenu, comme il l’a fait, que l’homme nageroit naturellement, comme les autres animaux, s’il n’en étoit empêché par la peur qui augmente le danger.

Nous avons plusieurs expériences qui détruisent ce sentiment : en effet, que l’on jette dans l’eau quelque bête qui vient de naître, elle nagera ; que l’on y jette un enfant qui ne puisse point encore être susceptible de peur, il ne nagera point ; & il ira droit au fond. La raison en est que la structure & la configuration de la machine du corps humain sont très-différentes de celles des bêtes brutes, & sur-tout, ce qui est fort extraordinaire, par rapport à la situation du centre de sa gravité. Dans l’homme c’est la tête qui est d’une pesanteur excessive, eu égard à la pesanteur du reste de son corps, ce qui vient de ce que sa tête est garnie d’une quantité considérable de cervelle, & que toute sa masse est composée d’os, & de parties charnues, sans qu’il y ait des cavités remplies de la seule substance de l’air : de sorte que