Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 12.djvu/277

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doient les qualités propres à faire les grands peintres, mais non pas qu’ils fussent de cette classe. Il n’est guere possible qu’il y ait en Angleterre des peintres d’histoire vraiment habiles, parce qu’ils y manquent d’émulation ; leur religion ne fait chez eux aucun usage des secours de la Peinture pour inspirer la dévotion ; leurs églises n’y sont décorées d’aucuns tableaux, tandis que par une raison contraire ils réussissent parfaitement dans le paysage & les marines. Enfin les peintres anglois ont un obstacle à surmonter, qui arrête les progrès de leurs talens, ce sont ces gens dont la profession est de vendre des tableaux, & qui ne pouvant faire commerce des tableaux des peintres vivans de la nation, prennent le parti de les décrier, & trouvent en cela l’approbation du pays même.

A l’égard de la peinture des habitans du nord, on sait assez ce qu’il en faut penser. Il paroît que cet art ne s’est pas approché du pole plus près que la hauteur de la Hollande. Je dois encore moins m’arrêter sur la peinture chinoise ; elle n’offre qu’un certain goût d’imitation servile, où l’on ne trouve ni génie, ni dessein, ni invention, ni correction.

Après ce que nous venons d’exposer sur l’état actuel & les vicissitudes que la Peinture a essuyées chez les divers peuples de l’Europe depuis la renaissance des arts, il est clair que tous les siecles & que tous les pays ne sont point également fertiles en beaux ouvrages de ce genre, & qu’ils le sont plus ou moins en divers tems. Il y a des siecles où les arts languissent, il en est d’autres où ils donnent des fleurs & des fruits en abondance. La Peinture n’étoit point la même dans les deux siecles qui précéderent le siecle de Léon X. que dans le siecle de ce pontife. Cette supériorité de certains siecles sur les autres est si connue, & se sent si bien par les gens d’esprit dans le même siecle où ils vivent, qu’il est inutile de le prouver. Les annales du genre humain font mention de trois siecles dont les productions en Peinture ont été admirées par tous les siecles suivans. Ces siecles heureux sont celui de Philippe & d’Alexandre le Grand, celui de Jules César & celui d’Auguste, celui de Jules II. & de Léon X. Ce sont ces trois siecles qui ont formé la distinction de la peinture moderne, dont je viens de donner l’histoire ; d’avec la peinture antique, dont je tâcherai de décrire le mérite & le caractere dans l’article suivant.

Personne n’ignore qu’il y a plusieurs sortes de Peinture en usage ; sçavoir à détrempe, en émail, à fresque, à huile, en miniature, à la mosaïque, au pastel, sur le verre, sur la porcelaine, une peinture mixte, des camayeux, &c. Voyez chacun de ces mots.

On a aussi essayé de tracer des peintures sur du marbre blanc, avec des teintures particulieres & propres à le pénétrer. On fait encore des peintures avec des laines & des soies, qui sont des broderies en tapisserie travaillées à l’aiguille ou au métier. Ne peut-on pas mettre parmi les différentes especes de peintures celle qui se fait sur des étoffes de soie blanche, ou sur des toiles de coton blanc, en y employant seulement des teintures qui pénetrent ces étoffes & ces toiles ? En un mot, l’industrie des hommes a trouvé le secret de représenter les images visibles par divers moyens, sur quantité de corps très-différens, verre, pierre, terre, plâtre, cuivre rouge, bois, toile, &c. On n’a point craint de multiplier les merveilles d’un art enchanteur, & de les répéter à la vûe de toutes sortes de manieres. On a connu que plus on étendroit les prestiges de sa magie, plus cette variété frapperoit nos sens avec plaisir ; & de telles conjectures sont rarement trompées.

Enfin un moderne, le sieur Picaut, a trouvé le secret de transporter sur une nouvelle toile les ouvrages de peinture qui dépérissent sur une vieille toile,


ou sur le bois. Les preuves qu’a données cet homme industrieux de cette découverte, ne permettent pas de douter du fait. Le fameux tableau qui représente S. Michel foudroyant les anges rébelles, étoit peint sur le bois. Ce tableau que Raphaël peignit en 1518 pour François premier, a été transporté sur toile dans sa beauté en 1752 par le sieur Picaut ; & le 18 Octobre de la même année, il a été exposé aux yeux du public dans le palais du Luxembourg à Paris. En conséquence l’académie de Peinture ayant jugé que le sieur Picaut avoit exécuté son opération avec un grand succès, lui a donné des témoignages autentiques de son approbation. Je voudrois bien oser ajoûter que cette découverte peut assûrer à la postérité la conservation des ouvrages des peintres célebres, & les garantir de l’outrage des tems. Article de M. le chevalier de Jaucourt.

Peinture arabesque ancienne, (Peint. anc.) c’est une peinture qui consistoit à représenter à fresque sur les murailles des figures de caprice, ou des compositions d’architecture, pour servir d’ornement & de décoration.

Il y a quelques morceaux de cette peinture dans des tombeaux auprès de Naples ; mais c’est peu de chose en comparaison de ce qu’on peut voir de ce genre dans les desseins recueillis par Pietro-sonto ; Bartoli, Jean d’Udine, Raphaël & quelques-uns de ses éleves ont imité ces anciennes grotesques ; & on les a gravées d’après les études qu’ils en avoient faites.

Ces ornemens fantastiques inventés avec génie, paroissent à bien des gens n’exiger que peu ou point de parties de la perspective, puisque les figures seules enlacées & liées à des ornemens légers & délicats, sont ordinairement peintes sur le fond de la muraille, ou sur une couleur qui la suppose. Cependant il y a plusieurs de ces grotesques ou l’on voit des compositions d’architecture dans lesquelles il entre par conséquent des colonnes, des entablemens & d’autres membres d’architecture ; toutes ces parties tendent à un point de vue donné avec autant d’exactitude que pourroit faire le peintre le plus au fait de la perspective : ainsi l’on doit en conclure que si dans des sujets où le désordre semble permis, les anciens ont été si réguliers observateurs de la perspective, on ne peut sans injustice leur refuser la même connoissance & la même attention dans des ouvrages plus réfléchis.

Les peintures arabesques ont été mises en usage par les anciens pour couvrir à peu de frais & cependant avec goût des murailles nues, telles qu’on les voyoit dans l’intérieur de leurs maisons, car leurs logemens particuliers ne nous laissent pas une grande idée de leurs ameublemens. Pline cite à peine ces meubles dans la description de ses maisons, preuve qu’ils ne méritoient pas une grande considération. Les Romains faisoient consister la magnificence de leurs meubles dans des ornemens plus solides, & considérablement plus coûteux que nos étoffes & nos tapisseries. Leurs lits de festins, leurs vases, leurs coupes, leurs buffets, leurs planchers étoient d’un prix beaucoup plus considérable que tout ce que nous employons aujourd’hui. Les maisons particulieres des Grecs étoient encore moins riches à la ville & à la campagne, en ce que nous entendons par le terme de meuble, que celles des Romains. La décoration des édifices publics étoit le seul objet des soins & de la dépense des Grecs, & cet objet étoit bien plus noble que le nôtre. Mém. de l’ac. des Insc.

Pour ce qui regarde la peinture arabesque moderne, voyez Grotesques, (beaux arts.) (D. J.)

Peinture a détrempe, (Peint.) voyez Guache.

Peinture a huile, (Peint. mod.) dans le treizieme siecle de l’ére chrétienne, la Peinture fut rétablie, & ce fut au commencement du quatorzieme qu’un Flamand nommé Jean de Bruges, employa des