Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 12.djvu/520

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parle Plutarque dans son dialogue sur la musique, outre qu’il y a trois Thrasylles fameux chez les Grecs par leurs talens. Le premier étoît de Phlionte ; le second est un philosophe cynique, contemporain du vieil Antigonus, l’un des successeurs d’Alexandre le Grand ; le troisieme étoit de Mendès, ville d’Egypte.

M. l’abbé Sévin dans les Mém. des Inscript. tom. X. pag. 89. prend ce dernier Thrasylle, homme versé dans presque toutes les sciences, pour le Thrasylle de Phlionte ; mais ce savant est vraisemblablement dans l’erreur. Le Thrasylle de Mendès étoit à la vérité musicien, mais un simple musicien spéculatif, au lieu que le Thrasylle de Phlionte étoit musicien-praticien, comme Pindare & Simonide, comme Eschyle & Phrynique, comme Pancrate & Tyrtée. Il joignoit comme eux, le mérite de la poésie lyrique à celui de la musique ; c’est-à-dire, qu’il composoit comme eux, des airs & des chants de plus d’une espece, qui s’exécutoient aussi sur les instrumens.

Cette musique des Grecs dans les siecles d’Auguste, de Tibere & de Thrasylle le mindésien, étoit bien déchue de la belle simplicité qui en faisoit autrefois le principal mérite. Mais si Thraylle de Mindès ne se distingua pas dans la musique, il joua un grand rôle auprès de Tibere, par son étude de l’astrologie judiciaire. Ce prince, quoique naturellement très-réservé, l’honora de sa confiance la plus intime, & il sut la conserver jusqu’à sa mort qui ne précéda que d’un an celle de l’empereur. Tous les historiens romains, Suétone, Tacite, Dion Cassius, parlent beaucoup de ce Thrasylle ; il le méritoit par son esprit, par la bonté de son cœur, & par la droiture de ses intentions.

Il ne s’en tint pas là : les mêmes auteurs rapportent que plusieurs illustres romains furent redevables de leur conservation, à la sagesse de Thrasylle. Les défiances de Tibere augmentoient avec l’âge, & le désir d’assurer à sa maison l’autorité souveraine, excita un violent orage contre les membres du sénat les plus distingués, & par la naissance & par le mérite personnel. On les arrêta, & ils auroient péri infailliblement, si Thrasyllen n’eût pas trouvé le secret de persuader à l’empereur, que les astres lui promettoient une vie extrêmement longue. Ce que l’on souhaite avec ardeur, est cru fort aisément : Tibere convaincu de la vérité de cette prédiction, différa toujours d’immoler à ses soupçons, un si grand nombre de victimes. Enfin, attaqué de la maladie qui le conduisit au tombeau, il rejetta les secours de la médecine qu’on lui offrit, & sa mort combla les vœux de tout le monde.

C’est à Phliunte en Sycionie, que naquit Asclépiade, disciple de Stilpon, & le tendre ami de Ménédeme. Tous deux fort pauvres, ils gagnerent leur vie commune à la sueur de leur visage, & devinrent par leur génie & par l’étude, de grands & d’estimables philosophes ; ils le furent encore par les liens d’une amitié rare, & qui dura jusqu’au tombeau. Résolus tous deux de se marier, & de ne se jamais séparer, ils jugerent nécessaire, pour réussir dans ce dessein, de choisir leurs femmes, avec une précaution qui leur pût promettre la concorde domestique ; & ils trouverent ce bonheur dans une famille où il y avoit une femme & une fille, l’une & l’autre en âge d’être mariées. Ménedeme prit la mere, & Asclepiade la fille ; celle-ci étant morte au bout d’un an, Ménédeme céda son épouse à son ami, & se remaria avec une riche & vertueuse héritiere, qui déposa le fonds & l’administration de ses biens entre les mains de sa belle-sœur. Les ames des deux amis & des deux femmes se réunirent encore, & se confondirent avec leur fortune & l’éducation de leurs enfans. (Le Ch. de Jaucourt.)

PHLOGINOS, (Hist. nat.) Pline donne ce nom à une pierre qui se trouvoit en Egypte, dont la couleur étoit d’un jaune vif. Quelques modernes ont cru que cette pierre est la même que les anciens nommoient chrisistris.


PHLOGISTIQUE, s. m. (Chimie.) c’est la même chose que le feu élémentaire. Voyez l’article Feu.

PHLOGITES, (Hist. nat.) Les naturalistes ne sont point décidés sur la nature de la pierre que les anciens ont désignée sous ce nom. Les uns croient que c’est l’opale, à cause du feu qu’elle semble jetter. Pline met cette pierre au rang des pierres précieuses.

D’autres croyent que ce nom doit être appliqué à une espece de spath strié, & d’une couleur rouge qui ressemble assez à une flamme, & que quelques-uns ont ridiculement regardé comme une flamme pétrifiée. Il s’est trouvé en Allemagne, des pierres qui avoient cette figure.

PHLOGOSE en Médecine, accident qui dénote quelquefois une menace d’inflammation.

Quand l’inflammation de l’œil est legere, & modérée, on l’appelle phlogose ; quand elle est violente, c’est une chemose.

La phlogose est la disposition à l’inflammation en général. Voyez Inflammation.

PHLOGUS, s. m. (Botan. anc.) nom donné par quelques-uns des anciens naturalistes, à différentes especes de glayeuls, ou d’iris bulbeux, & par quelques autres, à la flammula-jovis, espece de clématite, ainsi nommée à cause de son goût acre & brûlant ; mais il semble que cette plante a reçu le dernier nom de flammula-jovis, d’une méprise de Pline, qui copiant Théophraste, & trouvant que cet auteur parle en même tems du phlogus, & d’une autre plante nommée diosanthos, c’est-à-dire fleur de Jupiter, a confondu les deux noms qui étoient réunis, pour mettre entr’eux le mot flammula-jovis. Il y a plus d’une erreur semblable dans les écrits de Pline. (D. J.)

PHLOMIS, s. f. (Hist. nat. Bot.) genre de plante à fleur monopétale & labiée ; la levre supérieure est en forme de casque, & tombe sur la levre inférieure qui est un peu renflée, & divisée en trois parties. Le pistil sort du calice ; il est attaché comme un clou à la partie postérieure de la fleur, & entouré de quatre embryons, qui deviennent dans la suite autant de sémences oblongues, renfermées dans une capsule, ou tuyau à cinq angles qui a servi de calice à la fleur. Tournefort, Instit. rei herb. Voyez Plante.

Tournefort compte huit especes de ce genre de plante ; la principale phlomis fructicosa, salviæ folio latiore & rotundiore, I. R. H. 177. se cultive dans les jardins, & fleurit au mois de Juin. On lui donne les vertus de la sauge, d’être astringente & vulnéraire. (D. J.)

PHLYA, (Géog. anc.) bourgade de l’Attique : elle étoit de la tribu de Ptolémaïde, selon le marbre des treize tribus, rapporté par M. Spon ; & selon Hésychius, cette ancienne bourgade qui est dans le Mesoia, entre Rasti & le Cap-Colonne, conserve encore son nom. C’étoit la patrie du poëte Eurypide ; mais il y a eu trois poëtes célébres de ce nom là Pausanias fait mention de plusieurs temples & autels qui étoient à Phlya, entr’autres de ceux d’Apollon, de Diane, de Bacchus & des Euménides. A Athenes, ajoute M. Spon, dans l’église Agivi Apostoli, on lit cette inscription : ΣΕΔΕΥΡΟΣ ΞΕΝΟΝΝΟΣ, ΦΛΥΣΥΜ. (D. J.)

PHLIACOGRAPHIE, s. m. (Littérat.) nom que donnoient les anciens à une imitation gaie & burlesque de quelque piece grave & sérieuse, & particulierement d’une tragédie tournée sur le ton d’une piece comique. Voyez Parodie.

Ce mot est grec, formé de φλυάξειν, badiner, ou de φλύαξ, folâtre, dérivés de φλύω, je badine, joint avec γράφω, j’écris, c’est-à-dire piece ou composition badine.

La Phliacographie paroît avoir été la même chose que l’hilarodie ou l’hilarotragédie. voyez Hilarodie, &c.

On distinguoit cependant plusieurs especes de Phliacographie, dont on peut voir les noms dans le livre de Saumaise, intitulé Exercitationes in Solmum.