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sion de fonctions, & que l’on est moins éloigné du redoublement de la fievre qui doit survenir.

Dans celle qui est continue, toujours avec la même intensité, sans diminution, ni augmentation, la nourriture doit être donnée après le sommeil, & par conséquent le matin de préférence, parce que les forces sont alors réparées, ou qu’elles sont moins affaissées dans ce tems-là, tout étant égal.

Mais en général, selon le conseil de Celse qui propose les préceptes les plus sages à cet égard, de re medicâ, lib. III. cap. v. il n’est point de tems dans les maladies où l’on ne doive donner de la nourriture, lorsqu’il s’agit de soutenir les forces & d’en prévenir l’épuisement ; cependant on doit observer dans tous les tems de ne faire prendre des alimens qu’à proportion de ce qu’il reste de forces dans les visceres, pour que la digestion s’en fasse le moins imparfaitement qu’il est possible, & que le travail de la digestion n’augmente pas le défaut de forces, au lieu de le réparer.

Ainsi non-seulement on ne doit donner aux malades que des alimens d’autant plus légers, plus faciles à digérer, qu’il y a plus de lésion de fonction, & à proportion de forces qui restent, mais encore en plus petite quantité à-la-fois, & d’autant plus répétée, que la digestion en est faite : car il faut toujours laisser le tems à une digestion de se finir avant de donner matiere à une nouvelle, ensorte que dans les maladies les plus aiguës, où il se fait une grande dissipation des forces, il vaut mieux donner toutes les heures de la nourriture la plus légere, que d’en donner moins souvent d’une nature plus forte.

Pour ce qui est de l’espece d’alimens que l’on doit donner aux malades, elle est déterminée par la nature de la maladie & par l’usage : dans les maladies aiguës, les anciens médecins ne permettoient pas les bouillons de viande qui sont dans ces tems-ci d’un usage presque général contre le gré de tous les Médecins éclairés, qui sentent combien cette pratique est vicieuse, & souvent contraire à la guerison des maladies, parce que c’est une sorte d’aliment qui tend beaucoup à la corruption : on doit au-moins éviter de le donner bien chargé de jus, & l’on doit corriger sa disposition sceptique, en y faisant cuire des plantes acides, comme l’oseille, ou en y délayant du jus de citron, d’orange ou de grenade ; ou lorsque la maladie permet de rendre la nourriture un peu plus forte, on peut y faire bouillir du pain qui est acescent de sa nature ; ce qui peut se répéter dans ce cas deux ou trois fois par jour, en donnant, dans les intervalles, des crêmes de grains farineux, comme le ris, l’orge ou l’avoine, faites à l’eau ou au bouillon bien léger, ensorte que les malades n’usent de ces différentes nourritures tout-au-plus que de quatre en quatre heures, dans les tems éloignés de la force de la maladie qui ne comporte point une nourriture de si grande consistance, & qui ne permet, dans les maladies aiguës, que les bouillons les plus légers, comme ceux de poulet ou viande de mouton, avec du veau, en petite quantité & en grand lavage ; & mieux encore, de simples décoctions en tisanes ou en crêmes des grains mentionnés sans viande.

Les Médecins doivent toujours préférer ce dernier parti ; lorsqu’ils ont le bonheur de trouver dans leurs malades assez de docilité pour se soumettre au régime le plus convenable, & qu’ils n’ont pas affaire avec gens qui soient dans l’idée commune & très pernicieuse, que plus la maladie est considérable, plus on doit rendre le bouillons nourrissans ; ce qui est précisément le contraire de ce qui doit se pratiquer. Voyez Alimens.

En général, la quantité & la force de la nourriture doivent être réglées par le plus ou le moins d’éloignement de l’état naturel que présente la maladie : toujours, eû égard au tempéramment, à l’âge, au


climat, à la saison & à l’habitude, comme il a déja été établi ci-devant, & avec attention de consulter aussi l’appétit du malade, qui doit contribuer ou concourir à régler l’indication en ce genre, excepté lorsqu’il peut être regardé comme un symptome de la maladie.

Ainsi, après que les évacuations critiques se sont faites, & que l’on a purgé les malades, s’il en restoit l’indication, la maladie tendant à sa fin d’une maniere marquée, les malades commençant alors ordinairement à desirer une nourriture plus solide, on leur accorde des bouillons plus forts, des soupes de pain, de grains ; & lorsque la convalescence est bien décidée, des œufs frais, des viandes legeres en petite quantité, que l’on augmente à proportion que les forces se rétablissent davantage. V. Convalescence.

A l’égard de la boisson qui convient aux malades, & qui peut aussi leur servir de nourriture ou de remede, selon la matiere dont elle est composée, il est d’usage dans les maladies aiguës, d’employer la ptisane d’orge ou d’avoine, la tisane émulsionnée, les plantes, feuilles, bois ou racines ; on y ajoute souvent la crême de tartre ou le nitre, le cristal minéral, le sucre ou le miel, selon les différentes indications à remplir. Voyez Ptisane. On rend ces préparations plus ou moins chargées & nourrissantes, ou médicamenteuses, selon que l’état de la maladie & celui des forces le comportent ou l’exigent.

Pour ce qui est de la quantité, on doit engager les malades à boire plus abondamment, à proportion que la maladie est plus violente, que la chaleur animale ou celle de la saison est plus considérable ; on ne sauroit trop recommander aux malades une boisson copieuse, sur-tout dans le commencement des maladies, pour détremper les mauvais levains des premieres voyes & en préparer l’évacuation, pour délayer la masse des humeurs, en adoucir l’acrimonie, favoriser les sécrétions, les coctions, les crises, & disposer aux purgations, en détendant & relâchant les organes par lesquels elles doivent s’opérer : Corpora quæ purgare volueris, meabilia facias opportet, dit le divin Hippocrate, (aphor. jx. sect. 2.) ainsi la boisson abondante est un des plus grands moyens que l’on puisse employer pour aider la nature dans le traitement des maladies en général, & sur-tout des maladies aiguës.

Il n’est pas moins important de déterminer les attentions que l’on doit avoir à l’égard de l’air dans lequel vivent les malades ; d’abord il est très-nécessaire que celui qui les environne, dans lequel ils respirent, soit souvent renouvellé, pour ne pas lui laisser contracter la corruption inévitable par toutes les matieres qui y sont disposées, dont il se fait une exhalaison continuelle dans le logement des malades, d’où il résulte d’autant plus de mauvais effets, qu’il est moins spatieux, moins exposé à un bon air, qu’il a moins d’ouvertures pour lui donner un libre accès ; que l’on laisse davantage cette habitation se remplir de la fumée des chandelles, des lampes à l’huile de noix, des charbons, &c. de l’exhalaison des matieres fécales du malade même, sur-tout lorsqu’il sue ou qu’il transpire beaucoup, & des personnes qui le servent, qui sont auprès de lui ; ce qui rend l’air extrêmement mal-sain pour tous ceux qui sont obligés d’y rester, & sur-tout pour les malades dont la respiration devient par là de plus en plus gênée, laborieuse, sur-tout si la chaleur de l’air est trop considérable & qu’elle excede le quinzieme degré, environ, du thermometre de Reaumur ; si les malades sont retenus dans leur lit bien fermés, excessivement chargés de couvertures jusqu’à la sueur forcée qui ne peut être que très-nuisible dans ce cas : ainsi on ne peut prendre trop de soin pour empêcher que les malades ne soient placés dans une habitation trop petite, dans un air trop peu renouvellé, corrompu & trop chaud ;