Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 14.djvu/234

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les nombres que l’on a amenés. Par exemple, lorsque du premier coup l’on fait sonné, on n’en peut jouer qu’un, par la raison que l’on ne peut mettre sur les lames du côté de son tas de bois qu’une seule dame, & que l’on ne peut jouer tout d’une dame, à cause que le passage se trouve fermé par le tas de bois de celui contre qui l’on joue ; l’on est quelquefois aussi obligé de passer ses dames de son côté, lorsqu’après avoir joué un ou deux coups, on fait un gros doublet que l’on ne sauroit jouer du côté où est son bois & pile de dames : c’est ce qu’il faut éviter avec soin, & donner, autant qu’on pourra, tous les grands doublets, comme terne, carme, quine ou sonné, afin de pouvoir, sans gâter son jeu, les jouer, s’ils viennent. Quoiqu’on ait dit qu’on ne peut mettre qu’une seule dame sur les lames ou fleches du côté de son tas, il y a cependant une fleche sur laquelle on en peut mettre tant que l’on veut. Voyez Tête.

Quand on a mené de la gauche de son homme à sa droite une partie de ses dames, & que votre tête est bien garnie, il faut alors caser du côté de la pile de bois de celui contre qui l’on joue, ou surcaser, quand on ne peut point caser, ou bien passer toujours des dames de votre tas à votre tête. Voyez Surcaser.

Quand un joueur a plus de dames à rentrer qu’il n’en a de rentrées par les passages, il perd la partie double ; & quand on joue le double, celui qui est double, perd le double de ce qu’on a joué.

REVESTIAIRE, s. m. (terme d’église.) c’est le lieu où les ecclésiastiques vont prendre leurs habits sacerdotaux, leurs chappes, & les autres ornemens avec lesquels ils célebrent l’office divin. Le mot revestiaire se dit aussi d’une certaine somme que chaque religieux prend dans certaines communautés pour son entretien d’habits, de linges, &c. On estime généralement le revestiaire à cent, ou cent vingt livres par an. (D. J.)

REVÊTEMENT le, (Fortific.) est une espece de mur de mâçonnerie ou de gazon, qui soutient les terres du rempart du côté de la campagne. Voyez Rempart. On dit que le rempart d’une place est revêtu de mâçonnerie, lorsque le revêtement est de mâçonnerie ; & l’on dit qu’il est gazonné, lorsque le revêtement est de gazon. Voyez Gazon. Pour que le revêtement soutienne plus aisément la poussée des terres du rempart vers le fossé, on le fait en talud. Voyez Talud. Le talud forme une espece d’escarpement, qui fait donner au côté extérieur du revêtement, le nom d’escarpe. Voyez Escarpe. L’épaisseur du revêtement de mâçonnerie au cordon est ordinairement de cinq piés. On lui donne pour talud la cinquieme ou la sixieme partie de sa hauteur, à compter depuis le cordon jusqu’au fond du fossé : Lorsque le revêtement est de gazon, le talud est les deux tiers de sa hauteur. M. le maréchal de Vauban a donné une table qu’on trouve dans la science des Ingénieurs de M. Bélidor, dans laquelle il détermine l’épaisseur du revêtement & ses différens taluds, depuis la hauteur de 10 piés jusqu’à celle de 80. Mais quoiqu’elle ait été éprouvée sur plus de 500000 toises cubes de mâçonnerie, bâties à 150 places fortifiées par les ordres de Louis le grand ; comme les mesures qu’elle contient ne sont établies sur aucun principe de théorie, elles ont depuis été examinées par messieurs Couplet & Belidor. Le premier a traité cette matiere dans les mémoires de l’académie royale des Sciences, années 1726, 1727, & 1728, & il y a joint des tables dans lesquelles ces mesures se trouvent exactement déterminées, suivant les différens taluds que les terres peuvent prendre ; & le second, (M. Belidor) a donné dans le livre de la science des Ingénieurs, des tables que ceux qui sont chargés de la construction effective des fortifications, doivent consulter : toutes ces tables fixent aussi les différentes dimensions des contre-


forts. Voyez Contrefort. Le rempart n’est quelquefois revêtu de mâçonnerie que depuis le fond du fossé jusqu’au niveau de la campagne ; alors on dit qu’il est à demi-revêtement. Voyez Demi-revêtement.

On fait quelquefois des especes de revêtemens de saucisses & de fascines ; lorsqu’ils sont bien faits, ils peuvent durer trois ou quatre ans. On s’en sert ordinairement pour réparer les breches d’une place après un siége, en attendant qu’on ait le tems ou la commodité de rétablir les parties détruites dans leur premier état. (Q)

Revêtement des terres, (Archit.) appui de mâçonnerie qu’on donne à des terres pour les empêcher de s’ébouler.

Si l’on éleve des terres, comme pour faire une chaussée, une digue, un rempart, ces terres que je suppose qui auront la figure d’un parallélepipede, ne se soutiendront point en cet état, mais s’ébouleront ; de sorte que leur quatre côtés verticaux posés sur le plan horisontal, & qui étoient des parallélogrammes, deviendront de figure triangulaire, ou à-peu-près, parce que la pesanteur des terres, jointe à la facilité qu’avoient leurs parties à rouler les unes sur les autres, les a obligées à se faire une base plus large que celle du parallélepipede primitif ; pour empêcher cet effet, on les soutient par des revêtemens qui sont ordinairement de mâçonnerie.

Comme c’est par une certaine force que les terres élevées en parallélepipede élargissent leur base, il faut que cette force qu’on appelle leur poussée, soit combattue & réprimée par celle du revêtement, qui par conséquent, doit être du-moins égale. Pour procéder par regle à la construction d’un revêtement, il faudroit avoir terminé cette égalité, ou cet équilibre ; mais jusqu’ici, on n’a point eu cette connoissance dans la pratique de l’Architecture, & l’on s’est conduit assez au hasard.

Nous avons trois auteurs françois qui ont écrit sur cette matiere ; M. Bullet, membre de l’académie d’Architecture ; M. Gautier architecte, & finalement M. Couplet. Ce dernier a démontré par la Géométrie les regles qu’il faut observer dans les épaisseurs & les taluds qu’on doit donner aux revêtemens, pour qu’ils puissent résister à la poussée des terres qu’ils ont à soutenir. Voyez les savans mémoires qu’il a donnés à ce sujet dans le recueil de l’académie des Sciences, années 1726, 1727, & 1728 ; ils ne sont pas susceptibles d’être extraits dans cet ouvrage.

Aux démonstrations géométriques de ce savant académicien, M. de Réaumur a joint dans le même recueil de l’académie des Sciences, année 1730, une considération physique sur la nature des terres qui tendent à s’ébouler malgré les revêtemens les plus ingénieux.

Des terres coupées à plomb s’éboulent si peu, qu’à peine s’en détache-t-il quelques hottées en tout un an ; & même cette petite quantité seroit encore plus petite, si les premieres parcelles avoient été soutenues, & ne fussent pas tombées ; car ce n’est ordinairement que leur chûte qui a entraîné celle des secondes. Un mur n’a donc pas beaucoup de peine à soutenir ces terres, si on n’y considere que l’effort qu’elles font pour s’ébouler ; mais elles en ont un beaucoup plus grand, & très-violent ; c’est celui qu’elles font pour s’étendre, lorsqu’elles sont bien imbibées d’eau, & c’est à quoi le mur de revêtement doit s’opposer.

Il est vrai que cette tendance des terres à s’étendre, doit agir en tous sens, verticalement aussi-bien qu’horisontalement, & que le mur ne s’oppose qu’à l’action horisontale ; mais il faut observer que la tendance verticale n’ayant pas la liberté d’agir, du-moins dans toutes les couches inférieures de terre pressées