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ques, pithiques, néméens & isthmiques : tels étoient chez les Romains les capitolins, les apollinaires, les céréaux, les martiaux, &c. Les honneurs divins ayant été déférés dans la Grece aux empereurs ; les Grecs firent célébrer en l’honneur de ces princes des jeux sacrés sur le modele de ceux qui avoient été primitivement institués en l’honneur des dieux. (D. J.)

Sacrée année, (Art. numismatiq.) ΕΤΟΥΣ ΙΕΡΟΙ, & année nouvelle sacrée, ΕΤΟΥΣ ΝΕΟΥ ΙΕΡΟΥ, inscriptions qu’on lit sur plusieurs médailles frappées par des villes greques de l’Orient.

Les villes d’Orient offroient des sacrifices, des vœux publics, & donnoient des spectacles magnifiques à l’avénement des empereurs au commencement de leur année civile, & aux jours anniversaires de leur avénement à l’empire.

Ces villes donnoient le nom d’année sacrée à leurs années, à cause de la solemnité des sacrifices & des jeux qui faisoient partie du culte religieux.

Elles appelloient à l’exemple des Romains année nouvelle premiere le jour de l’avénement des princes en quelque mois de l’année qu’il arrivât, comme Séneque l’assûre de l’avénement de Néron, & comme une médaille de la ville d’Anazarbe le prouve pour l’avénement de Trajan Dece.

Elles distinguoient la solemnité du commencement de l’année civile, & la solemnité anniversaire de l’avénement à l’empire par l’inscription de l’année nouvelle sacrée, & par l’inscription de l’année sacrée que l’on gravoit sur les médailles que l’on faisoit frapper pour-lors. (D. J.)

Sacrée chose, (Antiq. rom.) les lois romaines ont divisé les choses en sacrées, religieuses & saintes. Celles qui avoient été consacrées aux dieux solemnellement par les pontifes, ou qui avoient été dédiées au culte des dieux étoient appellées sacrées. Les devoirs rendus aux morts, & tout ce qui concernoit la sépulture, étoient du nombre des choses religieuses. L’on appelloit choses saintes celles qui étoient en quelque maniere sous la protection des dieux, comme les murs & les portes d’une ville. On a indiqué dans cet ouvrage la formule qu’on employoit pour la consécration des choses qu’on dévouoit au service des dieux, & nous avons une infinité d’inscriptions qui sont connoître que les sépulchres rendoient sacré le lieu ou ils étoient élevés. (D. J.)

Sacrée guerre, (Hist. greq.) il y a eu trois guerres sacrées. La premiere éclata contre les Crisséens, qui exigerent de gros droits des pélerins de Delphes, & pillerent le temple d’Apollon ; la guerre leur fut déclarée par ordre de l’oracle & des amphyctions ; ils soutinrent un siege de dix ans dans leur ville, qui fut enfin emportée d’assaut. La seconde guerre sacrée s’éleva contre les Phocéens & les Lacédémoniens ; elle dura neuf ans, & finit par la mort de Philomélus, chef des Phocéens, qui voyant son armée défaite, se précipita du haut d’un rocher. La troisieme guerre sacrée, autrement nommée la guerre des confédérés, se renouvella entre les mêmes peuples ; les Phocéens soutenus d’Athènes & de Lacédémone, s’unirent contre les Thébains & les Thessaliens ; & ces derniers appellerent à leur secours Philippe de Macédoine, qui, par son génie & son habileté, devint maître de toute la Grece. Diodore de Sicile & Pausanias ont eu l’art de nous intéresser à leurs descriptions de toutes ces guerres, comme si elles se faisoient de nos jours. (D. J.)

Sacrée colline, (Géog. anc.) sacer collis ; colline d’Italie, au bord du Teverone. Elle étoit, selon Tite-Live, l. II. c. xxxij. à 3 milles de Rome, & à l’autre bord du Teverone. Il l’appelle sacer mons, & il penche plus pour ceux qui croient que le peuple romain s’y retira, lorsqu’il se brouilla avec ses magistrats,


que pour ceux qui disent que ce fut sur le mont Aventin. Valere Maxime, l. VIII. c. ix. nomme aussi la colline sacrée en parlant de cette sédition du peuple. Il dit : Regibus exactis, plebs dissidens à patribus, juxtà ripam Anienis, in colle qui sacer appellatur, armata consedit. (D. J.)

SACREMENT, s. m. (Théologie.) en général est un signe d’une chose sainte ou sacrée. Voyez Signe.

Ce mot vient du latin sacramentum, qui signifie un serment, & singulierement celui que chez les anciens les soldats prêtoient entre les mains de leurs généraux, & dont Polybe nous a conservé cette formule. Obtemperaturus sum & facturus quidquid mandabitur ab imperatoribus juxta vires. J’obéirai à mes généraux, j’exécuterai leurs ordres en tout ce qui sera en mon pouvoir.

Dans un sens général, on peut dire avec S. Augustin que nulle religion, soit vraie, soit fausse, n’a pu s’attacher les hommes sans employer des signes sensibles ou des sacremens. Ainsi la loi de nature a eu les siens, telle que l’offrande du pain & du vin, pratiquée par Melchisédech ; & l’on trouve dans celle de Moise la circoncision, l’agneau paschal, les purifications, la consécration des pontifes. Le paganisme pourra mettre aussi au nombre de ses sacremens les lustrations, les expiations, les cérémonies des mysteres d’Eleusine & de Samothrace, car tout cela étoit symbolique & significatif.

Mais dans la loi nouvelle, le mot sacrement signifie une signe sensible d’une grace spirituelle, institué par notre Seigneur Jesus-Christ pour la sanctification des hommes.

Socin & ses disciples enseignent que les sacremens ne sont que de pures cérémonies, qui ne servent tout-au-plus qu’à unir extérieurement les fideles ensemble, & à les distinguer des juifs & des gentils.

Les Protestans n’en disent guere davantage, en prétendant que les sacremens ne sont que de pures cérémonies instituées de Dieu, pour sceller & confirmer les promesses de la grace, pour soutenir notre foi & pour nous exciter à la piété. Ils n’en admettent communément que deux, le baptême & l’eucharistie, ou, comme ils l’appellent, la sainte cène ; les Anglicans y ajoutent la confirmation.

Les Catholiques au contraire, qui pensent que les sacremens produisent par eux-mêmes la grace sanctifiante, en admettent sept après toute la tradition, savoir le baptême, la confirmation, l’eucharistie, la pénitence, l’extrème onction, l’ordre, & le mariage ; nous avons traité de chacun en particulier sous leur article. Voyez Baptême, &c.

Les sacremens sont des êtres moraux qui sont essentiellement composés de deux parties, de quelque chose de sensible, & de quelques paroles. C’est de l’union de ces deux parties que résulte le sacrement ; audit verbum ad elementum, dit S. Augustin, tract. 8. in Joan. & fit sacramentum. Les théologiens scholastiques ont donné le nom de matiere aux choses sensibles, & le nom de forme aux paroles. Voyez Matiere & Forme.

Les Protestans soutiennent que les paroles qui entrent essentiellement dans la composition des sacremens, doivent renfermer une instruction ou contenir une promesse. Mais l’une & l’autre prétention n’ont nul fondement dans l’Ecriture ou dans la tradition, & d’ailleurs la fin prochaine des sacremens n’est pas d’instruire les hommes, ou de leur promettre la grace, mais de la leur conférer ; ainsi ces paroles sont proprement consécratoires, soit en retirant de l’usage profane la chose sensible qui forme la matiere, soit en initiant aux mysteres divins, celui qui reçoit les sacremens.

Mais outre l’application de la forme & de la matiere, on exige encore dans le ministre qui confere